Brésil: les protestataires battent toujours le pavé malgré les promesses de Dilma Rousseff

Les trois quarts de la population brésilienne soutiennent les manifestations pour de meilleurs services publics et contre la corruption. Le mouvement contestataire ne s'essouffle pas malgré les promesses de la présidente Dilma Rousseff.

23 juin 2013, 17:23
Le mouvement contestataire pour de meilleurs services publics et contre la corruption ne s'essouffle pas au Brésil. Il a lancé l'idée d'une grève générale le 1er juillet.

Le mouvement contestataire pour de meilleurs services publics et contre la corruption ne s'essouffle pas au Brésil où il est soutenu par les trois quarts de la population. Il a lancé l'idée d'une grève générale le 1er juillet, ceci malgré la main tendue par la présidente Dilma Rousseff qui a promis vendredi de s'atteler à l'amélioration des services publics, en particulier des transports.

Les promesses de la présidente de gauche ont été accueillies avec scepticisme sur les réseaux sociaux, par les jeunes généralement issus de la classe moyenne qui animent ce mouvement très hostile aux institutions.

Dilma Rousseff a aussi promis vendredi d'entamer un dialogue avec le mouvement de contestation tout en condamnant vigoureusement toute forme de violence.

Sur le plan de la santé, la présidente a répété que des milliers de médecins seraient appelés de l'étranger pour améliorer le système brésilien de santé publique. Ses propositions ne sont pas nouvelles et avaient déjà rencontré une certaine résistance au parlement.

Argent dûment remboursé

Elle a également dit que le Brésil allait réussir "une grande coupe du Monde de football" en 2014.

"Je veux clarifier que l'argent dépensé pour les stades par le gouvernement sera dûment remboursé par les entreprises et les gouvernements des Etats qui les exploiteront", a-t-elle déclaré.

Samedi, des dizaines de milliers de Brésiliens ont de nouveau manifesté dans huit capitales régionales et une centaine de villes.

La plus importante manifestation a eu lieu à Belo Horizonte (capitale du Minas Gerais, sud-est) où 70 000 personnes ont manifesté en marge du match de football Japon-Mexique (1-2) de la Coupe des Confédérations.

Blessés

Quinze personnes ont été blessées, dont cinq policiers et deux manifestants tombés d'un viaduc qui sont dans un état grave, selon la police. Cette dernière a précisé qu'au total 22 personnes ont été arrêtées pour vandalisme.

A Sao Paulo, mégapole et poumon économique du pays, 35 000 personnes ont protesté dans une ambiance familiale, essentiellement contre un projet de réforme constitutionnelle (PEC37) prévoyant de retirer le pouvoir d'enquêter aux parquets, souvent perçus au Brésil comme des acteurs efficaces contre la corruption.

Enfin dans le quartier ultra-chic de Leblon à Rio, une quarantaine de manifestants ont protesté pacifiquement devant le domicile du gouverneur Sergio Cabral. Certains y ont planté des tentes dans l'intention d'y camper, imitant les "Indignés" espagnols.

Plusieurs manifestations étaient également prévues dimanche. Et le mouvement "Passe Livre" ("Libre passage") de Sao Paulo, qui réclame la gratuité des transports publics, a annoncé de "grandes actions" la semaine prochaine. Les Brésiliens sont 75 % à soutenir le mouvement, selon un sondage de l'institut Ibope publié samedi par la revue "Epoca".

Le coeur de Brésiliens balance

Le prix et la piètre qualité des transports en commun arrivent en tête des motifs de mécontentement (77 %), devant la classe politique (47 %) et la corruption (33 %).

Les manifestants sont aussi souvent très critiques envers les sommes colossales dépensées pour l'organisation de la Coupe Fifa des Confédérations - qui se dispute jusqu'au 30 juin - et du Mondial.

Mais le coeur des Brésiliens balance, entre ces critiques et leur amour viscéral pour le football. Ils approuvent à 67 % l'organisation du Mondial au Brésil, que la "Seleçao" a remporté cinq fois dans son histoire, alors que 29 % sont contre.

L'onde de choc des protestations brésiliennes a atteint Hollywood. L'acteur américain Brad Pitt a renoncé à assurer lundi à Rio la promotion de son film en raison des événements en cours, en soutien aux manifestants.