Brésil: la présidente Dilma Rousseff saisit la Cour suprême pour faire annuler sa destitution

La présidente brésilienne Dilma Rousseff a saisi la Cour suprême pour faire annuler la procédure de destitution, dont elle fait l'objet. Cette annonce intervient à la veille du vote du Sénat qui pourrait sceller le sort de la présidente.

10 mai 2016, 21:19
Le Brésil pourrait bientôt se retrouver avec un nouveau chef d'Etat.

Les services de l'avocat du gouvernement ont annoncé qu'ils allaient demander au Tribunal suprême fédéral (TSF) d'annuler la procédure de destitution de la dirigeante de gauche pour maquillages des comptes publics. Ils allèguent que la procédure contre Mme Rousseff est le résultat d'une "vengeance personnelle" du président du Congrès des députés Eduardo Cunha.

Ce farouche adversaire de la présidente a été suspendu jeudi de ses fonctions par la haute juridiction pour entrave aux enquête judiciaire et parlementaire le visant dans le cadre du scandale de corruption Petrobras. il est notamment accusé d'avoir dissimulé de l'argent sur des comptes en Suisse.

Coup de théâtre

L'avocat du gouvernement, l'ancien ministre de la Justice José Eduardo Cardozo, avait convaincu lundi le président par intérim de la chambre basse Waldir Maranhao d'annuler l'approbation de la procédure par une écrasante majorité de députés le 17 avril.

Mais cette manoeuvre a échoué: le président du Sénat Renan Calheiros a décidé d'ignorer cette "demande intempestive". Pressé de toutes parts, M. Maranhao, lui-même soupçonné de corruption et notoirement peu préparé pour ses nouvelles fonctions, a ensuite annulé sa propre annulation de la procédure, sans explications.

 

Issue du vote attendue

Si le TSF n'interrompt pas le processus, Mme Rousseff devrait être écartée provisoirement du pouvoir dès mercredi soir ou jeudi matin. Les 81 sénateurs brésiliens se réuniront mercredi à 09H00 (14H00 suisses) en séance plénière pour se prononcer sur l'ouverture formelle d'un procès en destitution de Mme Rousseff.

L'issue du vote, à la majorité simple, ne fait pratiquement plus aucun doute: une cinquantaine de sénateurs ont anticipé un revers pour la première femme élue à la tête du plus grand pays d'Amérique latine.

Cette ancienne guerillera torturée sous la dictature serait alors automatiquement écartée du pouvoir pour au maximum six mois, dans l'attente du jugement final des sénateurs. Elle serait remplacée d'ici la fin de la semaine par son ancien allié devenu rival, le vice-président Michel Temer, dirigeant du grand parti centriste PMDB qui a claqué fin mars la porte de la coalition au pouvoir.

M. Temer peaufine en coulisses la formation d'un gouvernement de redressement économique attendu avec impatience par les marchés, avec à la clé un programme de mesures impopulaires: coupes budgétaires, réformes du régime des retraites, du droit du travail.

Manifestations

Lors de la session de mercredi, chaque sénateur disposera de quinze minutes de temps de parole s'il le souhaite. La séance pourrait donc durer une vingtaine d'heures et le vote n'intervenir que jeudi matin. Le président du Sénat souhaite toutefois boucler la séance dès mercredi soir.

Des manifestations de soutien à Dilma Rousseff ont été organisées mardi dans quinze Etats et dans la capitale Brasilia. A Brasilia, les autorités ont érigé devant le Sénat un mur de panneaux métalliques pour séparer les manifestants pro et anti-destitution.

L'opposition accuse Mme Rousseff d'avoir dissimulé l'ampleur des déficits publics en 2014, année de sa réélection, et en 2015, en faisant supporter aux banques publiques des dizaines de milliards de dépenses incombant au gouvernement.

La présidente nie avoir commis un quelconque "crime de responsabilité". Elle fait valoir que tous ses prédécesseurs ont eu recours à ces tours de passe-passe budgétaires. Elle se dit victime d'un "coup d'Etat parlementaire" sans base légale et exclut toute démission.

Environ 60% des Brésiliens souhaitent son départ, selon les derniers sondages. Mais ils sont à peu près aussi nombreux à vouloir celui de Michel Temer, crédité d'à peine 1 à 2% d'intentions de vote en cas de présidentielle, et à souhaiter des élections anticipées.