Brésil: à 12 ans, elle ouvre une bibliothèque dans sa favela de Rio de Janeiro

Lua, de son vrai nom Raissa Luara de Oliveira a ouvert une bibliothèque dans sa favela de Tabajaras. A 12 ans, elle a décidé de faire quelque chose pour les familles qui ne peuvent pas s’acheter de livres.

17 mars 2020, 07:59
Lua reçoit encore aujourd'hui des quantités de livres, environ 1500 par semaine (ILLUSTRATION).

«Les livres, je ne les lis pas, je les dévore!» s’écrie Lua, scrutant avec gourmandise les pages d’un ouvrage sur Nelson Mandela, dans la bibliothèque qu’elle a fondée à seulement 12 ans dans sa favela de Rio de Janeiro.

Cette pièce d’une vingtaine de mètres carrés au simple toit de tôle ondulée, avec 18’000 livres soigneusement rangés sur des étagères et des coussins éparpillés sur le sol, c’est son univers, qu’elle a baptisé «O mundo da Lua» (le monde de la Lune).

De son vrai nom Raíssa Luara de Oliveira, la fillette, radieuse dans sa salopette rose, a choisi un surnom qui évoque l’astre lunaire, mais elle a bien les pieds sur terre.

À 12 ans, j’ai fait plus pour mon quartier que vous durant tout votre mandat
Raissa Luara de Oliveira, fondatrice d’une bibliothèque dans la favela de Tabajaras

«À 12 ans, j’ai fait plus pour mon quartier que vous durant tout votre mandat», a lancé récemment cette métisse aux boucles blondes avec des reflets roses, dans une vidéo adressée au maire de Rio, Marcelo Crivella.

Son quartier, où elle habite depuis l’âge de cinq ans, c’est la favela de Tabajaras, tout en haut d’une colline qui surplombe les zones chics de Copacabana et Botafogo. Du balcon du bâtiment de l’association qui accueille la bibliothèque, on peut voir au loin le Pain de sucre, l’une des principales attractions touristiques de Rio.

En cachette

Lua a eu l’idée de créer ce lieu il y a six mois, après s’être rendue à un salon du livre. «J’ai vu une maman dire à sa fille enfant qu’elle n’avait pas les moyens de lui acheter un livre qui coûtait 3 réais (environ 60 centimes). Je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose», raconte-t-elle.

À peine rentrée du salon, l’adolescente a pris en cachette le téléphone de sa grand-mère et a lancé un appel aux dons de livres sur Facebook.

 

 

En se faisant passer pour sa grand-mère, elle a ensuite envoyé un message à Vania Ribeiro, la vice-présidente de l’association de quartier, pour lui demander de lui céder un local. Mme Ribeiro a tout de suite compris qu’il s’agissait en fait de Lua et lui a répondu: «si tu t’en occupes toi-même, c’est d’accord».

«Quand j’ai appris qu’elle avait fait tout ça dans mon dos, je l’ai un peu grondée, mais après, je l’ai soutenue à fond», dit sa grand-mère Fatima Oliveira, une couturière de 60 ans, que Lua appelle «Maman» parce qu’elle l’élève depuis qu’elle est bébé.

Buzz et plateaux télé

La vidéo de cette préadolescente débordant d’enthousiasme a vite fait le buzz et les dons ont commencé à affluer de toute la ville. Lua a ensuite enchaîné les plateaux télé, donnant encore plus de notoriété à son projet.

Elle reçoit encore aujourd’hui des quantités de livres, environ 1500 par semaine, presque trop pour sa petite bibliothèque. Derrière les étagères, de grands cartons remplis sont prêts à partir vers une autre destination.

«Un jeune du Piaui (Etat pauvre du nord-est) m’a dit qu’il voulait s’inspirer de mon projet pour ouvrir une bibliothèque dans son village. J’ai sélectionné 500 livres pour lui, mais on a besoin d’argent pour lui envoyer, donc je vais faire un appel aux dons sur internet», raconte-t-elle. D’autres envois sont prévus, à Rio et dans quatre Etats du Nord-Est.