Bo Xilai condamné à la prison à vie

Reconnu coupable de corruption et d'abus de pouvoir, l'ancien haut dignitaire du Parti communiste chinois Bo Xilai a été condamné à la prison à vie dimanche par un tribunal de Jinan, à l'est du pays.

22 sept. 2013, 08:29
Bo Xilai condamné à la prison à vie ce dimanche.

Bo Xilai a été condamné dimanche à la prison à vie. Cet ex-dirigeant chinois est à l'origine du plus vaste scandale politico-criminel qu'ait connu le régime depuis la fin de la révolution culturelle.

"La cour prononce une peine de prison à vie avec privation permanente des droits politiques", indique l'énoncé du jugement rendu public sur Sina Weibo, un équivalent chinois de Twitter, par le tribunal de Jinan, la capitale de la province du Shandong (est), où son procès délocalisé s'était tenu le mois dernier.

Bo Xilai a été condamné pour corruption, détournement de fonds et abus de pouvoir, notamment dans l'affaire de l'assassinat par son épouse Gu Kailai de l'homme d'affaires britannique Neil Heywood.

La cour "condamne Bo à 15 ans d'emprisonnement pour détournement de fonds et à 7 ans pour abus de pouvoir", détaille encore la sentence, ajoutant que "tous ses biens sont confisqués".

La sévérité du verdict est aussi une sanction de son comportement défiant, selon les analystes. Car à la barre, Bo Xilai n'est pas l'humble "repenti" habituel des procès chinois. Il confirme son fort tempérament en tenant tête à ses juges et ses accusateurs, nie en bloc la quasi-totalité des faits de corruption reprochés, traite sa femme de "folle" et de "menteuse" - elle témoigne contre lui dans une vidéo - et Wang Lijun, son ex-bras droit, de personnage "vil".

Surprise encore, le procès s'éternise: cinq jours d'affilée, loin des 24 à 48 heures habituelles. En outre, la justice, toujours sous contrôle étroit du Parti, innove en "tweetant" les débats, suivis par des millions d'internautes.

Carrière terminée

Le verdict particulièrement sévère tire un trait définitif sur la carrière du plus haut responsable politique (il était membre jusqu'à l'an dernier du Bureau politique du Parti communiste chinois (PCC)) traduit en justice depuis la condamnation en 1998 de l'ex-maire de Pékin, Chen Xitong, et celle du maire de Shanghai, Chen Liangyu, en 2008, tous deux pour corruption.

Lors de son procès en août, Bo Xilai avait été accusé d'avoir empoché pour plus de 2,6 millions d'euros de pots-de-vin et détourné des fonds publics d'une valeur de plus de 600'000 euros. Il avait notamment acquis en 2001 une villa à Cannes, sur la Côte d'Azur française, gérée par Neil Heywood et un homme d'affaires français, Patrick Devillers.

Ambitieux et charismatique, un temps perçu comme un rival de l'actuel président Xi Jinping, cet ancien ministre du Commerce avait pris la tête en 2007 de l'immense métropole de Chongqing (sud-ouest) dont il est parvenu à faire un pôle économique majeur.

Direction politique renouvelée

Sa chute l'an dernier, véritable coup de théâtre, avait été provoquée par la défection de son bras droit, le chef de la police de Chongqing, Wang Lijun. Brouillé avec son patron, ce "superpolicier" avait demandé, en vain, l'asile politique au consulat américain de Chengdu, la capitale du Sichuan.

Il avait alors révélé, entre autres, que l'homme d'affaires britannique avait été assassiné par la propre épouse de Bo Xilai, Gu Kailai. Cette brillante avocate, qui aurait agi pour des motifs financiers et pour "protéger" le fils du couple, a été condamnée l'an dernier à la perpétuité.

Le choc est tel au sein du parti et dans l'opinion que le congrès du PCC, qui doit renouveler en octobre toute la direction en place depuis 10 ans - Xi Jinping y succède à Hu Jintao - en est retardé d'un mois.

Dégâts d'image

Depuis le début de l'affaire, la seule version disponible des faits est la version officielle. On apprendra néanmoins de la bouche de Bo Xilai que le super-policier Wang Lijun était épris de son épouse meurtrière. Ou que leur fils Bo Guagua, caricature de "jeunesse dorée" chinoise, menait grande vie à travers le monde.

Le verdict de dimanche clôt le scandale, mais, pour l'image de la nomenklatura chinoise, déjà très dégradée dans l'opinion, les dégâts restent.