Birmanie: les deux journalistes Reuters libérés grâce à une amnistie présidentielle

Accusés de s'être procurés des documents classifiés au sujet du massacre des Rohingyas et condamnés à sept ans de prison, les deux journalistes de Reuters ont finalement bénéficié d'une amnisite de la part de la Birmanie.

07 mai 2019, 06:54
Les journalistes Wa Lone et Kyaw Soe Oo sortent de la prison de Rangoun en Birmanie, après plus de 500 jours de détention.

Deux journalistes de Reuters condamnés à sept ans de prison après avoir enquêté sur un massacre de Rohingyas en Birmanie ont bénéficié d'une amnistie présidentielle. Ils ont été libérés mardi, selon une vidéo mise en ligne par leur agence.

Wa Lone et Kyaw Soe Oo ont été assaillis par les médias en sortant de la prison de Rangoun où ils ont passé plus de 500 jours en détention. "Je suis un journaliste et je vais continuer" à exercer ma profession, a déclaré Wa Lone à la presse.

 

 

Accusés d'avoir enfreint la loi sur les secrets d'Etat qui date de l'époque coloniale, les deux hommes avaient été arrêtés en décembre 2017. L'ONU a salué dans un communiqué leur libération comme "un pas vers une plus grande liberté de la presse et un signe de l'engagement du gouvernement en faveur transition démocratique en Birmanie".

La Cour suprême birmane avait rejeté début mai le recours des deux journalistes de Reuters, dont la condamnation avait soulevé un tollé international.

Un coup monté

Leur enquête leur a valu le prix Pulitzer, plus haute récompense du journalisme aux Etats-Unis. Ils ont également été distingués par l'Unesco et désignés, aux côtés de plusieurs confrères, personnalités de l'année 2018 par le magazine Time.

Ils sont accusés de s'être procuré des documents classifiés relatifs aux opérations des forces de sécurité birmanes dans l'Etat Rakhine, région du nord-ouest de la Birmanie et théâtre des exactions à l'encontre de la minorité musulmane rohingya.

Au moment de leur arrestation, en décembre 2017, ils enquêtaient sur un massacre de Rohingyas à Inn Din, un village du nord de l'Etat Rakhine. Depuis, l'armée a reconnu que des exactions avaient bien eu lieu trois mois plus tôt et sept militaires ont été condamnés à dix ans de prison.

 

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Les deux reporters ont toujours assuré avoir été trompés. Et l'un des policiers qui a témoigné dans ce dossier a reconnu que le rendez-vous au cours duquel les documents classifiés leur avaient été remis était un "piège" destiné à les empêcher de poursuivre leur travail.

Très critiquée

De nombreux défenseurs des droits de l'homme avaient exhorté la prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, chef de facto du gouvernement birman, à user de son influence pour que les deux journalistes obtiennent une grâce présidentielle. Mais elle avait jusqu'à présent refusé d'intervenir, invoquant l'indépendance de la justice.

Déjà très critiquée pour ses silences sur le drame rohingya, elle avait même justifié l'emprisonnement des deux hommes non "pas parce que c'étaient des journalistes" mais "parce qu'ils avaient enfreint" la loi.