Assad propose un plan "politique" rejeté par l'opposition

Le président syrien Bachar al-Assad a dévoilé dimanche un plan «politique» pour mettre fin à la guerre civile en Syrie, impliquant son maintien au pouvoir. Cette proposition a aussitôt été rejetée par l'opposition qui exige son départ comme préalable à toute solution au conflit qui déchire le pays depuis 21 mois.

06 janv. 2013, 21:24
Le président syrien Bachar al Assad s'est vu refuser son plan politique pour améliorer la situation sur son territoire.

Dans sa première allocution en sept mois, Bachar al-Assad s'est montré inflexible, assurant encore une fois que le conflit, qui a fait selon l'ONU plus de 60'000 tués, n'opposait pas le pouvoir et l'opposition mais «la patrie et ses ennemis» qui souhaitent sa partition.

Devant un auditoire de partisans réunis à la Maison de la culture de Damas, le chef de l'Etat, a invité ses compatriotes à se mobiliser pour une «guerre visant à défendre la nation».

Les pays finançant les «terroristes» doivent «s'engager à arrêter» et «les hommes armés» doivent mettre fin à leurs «opérations terroristes», a-t-il précisé. L'armée cessera ses opérations une fois ces engagements pris, «tout en conservant le droit de répliquer», a-t-il ajouté.

Plan en trois étapes

Et dans ces conditions seulement s'ouvrira «une conférence de dialogue national», a-t-il poursuivi. Cette conférence devra rédiger une «Charte nationale» qui sera soumise à référendum, tandis qu'un nouveau Parlement et un nouveau gouvernement émergeront des urnes.

Mais l'opposition a aussitôt rejeté ce plan en trois étapes, dont aucune échéance n'est précisée, accusant le chef d'Etat de vouloir choisir ses interlocuteurs et de chercher à se maintenir au pouvoir.

Le porte-parole de la Coalition de l'opposition, Walid al-Bounni, a affirmé que l'opposition souhaitait «une solution politique, mais l'objectif pour les Syriens est de sortir (Bachar al-Assad)».

Les Frères musulmans syriens, importante force d'opposition, ont estimé dans un communiqué que le plan de M. Assad ne représentait «rien», qualifiant le dirigeant de «criminel de guerre devant être jugé».

«Au-delà de l'hypocrisie»

Première capitale à réagir, Londres a estimé que le discours de Bachar al-Assad allait «au-delà de l'hypocrisie». Le chef de la diplomatie britannique, William Hague, a estimé sur Twitter que les «vaines promesses de réformes» de M. Assad «ne trompent personne».

Plus tôt, le Premier ministre britannique David Cameron avait lui appelé le président syrien à quitter ses fonctions: «'Partez': voilà mon message à Assad».

A Bruxelles, la porte-parole de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, a fait savoir que les Vingt-Sept allaient «examiner avec soin s'il existe de quelconques éléments nouveaux dans le discours», tout en appelant M. Assad à se retirer pour «permettre une transition politique».

Berlin a regretté que son discours n'exprime «aucune nouvelle prise de conscience», dénonçant un «ton martial». A Ankara, le chef de la diplomatie turque, Ahmet Davutoglu, a lui aussi évoqué une répétition de promesses vides.

Missiles Patriot déployés

Son discours est intervenu au lendemain du déploiement des premiers missiles Patriot sol-air de l'OTAN, près de la frontière turco-syrienne, destinés à protéger la Turquie contre d'éventuelles menaces syriennes.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a de son côté annoncé dimanche qu'Israël allait construire une clôture de sécurité le long de sa ligne de démarcation avec la Syrie, identique à celle en passe d'être achevée le long de sa frontière avec l'Egypte. M. Netanyahu veut protéger l'Etat hébreu «des incursions et du terrorisme».

Près de 90 tués

En Syrie, les combats font toujours rage entre forces loyalistes et rebelles. Au moins 100 personnes ont trouvé la mort ce week-end, selon un bilan provisoire de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), une ONG proche des rebelles. Ces éléments restent impossibles à vérifier de manière indépendante.

L'OSDH a par ailleurs dénoncé la fermeture, à deux reprises en deux mois, par le site de partage YouTube du compte via lequel il mettait en ligne des vidéos montrant des exactions en Syrie, dans un communiqué publié dimanche.