Allemagne: le parti anti-euro s'installe dans les parlements régionaux

L'AfD, le nouveau parti anti-euro, est entré dans le paysage politique allemand. Après avoir été élu en Saxe, il s'installe dans les parlements régionaux du Brandebourg et de Thuringe.

14 sept. 2014, 21:54
Bernd Lucke, chef de parti de l'AfD, ne peut que se réjouir des élections régionales de ce dimanche.

"Il y a de la colère dans l'air", a commenté le journal "Frankfurter Allgemeine Zeitung", pour qui cet engouement bouscule "tous les partis" et notamment les conservateurs de la chancelière Angela Merkel (CDU), pourtant en hausse dans ces deux Länder de l'ex-Allemagne de l'Est.

Créé au printemps 2013, l'AfD est crédité d'environ 10% des suffrages en Thuringe et de 12% dans le Brandebourg, dépassant largement la barre de 5% requise pour entrer au parlement, d'après des projections diffusées par la télévision publique allemande sur la base de résultats partiels.

"Je me réjouis de cette énorme preuve de confiance", a réagi Bernd Lucke, le chef d'Alternative für Deutschland (AfD), estimant que son parti "renouvelait" l'offre politique.

Gauche radicale en Thuringe ?

De l'autre côté de l'échiquier, la gauche radicale Die Linke pourrait décrocher un résultat inédit en ravissant la présidence de la Thuringe aux conservateurs, si elle parvient à constituer une majorité avec les sociaux-démocrates (SPD) et les Verts.

Mais ce scénario restait incertain vers 21H00, les trois partis n'étant pas assurés de remporter ensemble la majorité des sièges. Créditée de 28% des voix, Die Linke pouvait espérer détrôner la CDU (34%) en propulsant son leader, le syndicaliste Bodo Ramelow, à la tête d'une alliance avec le SPD (12,5%) et les Verts (5,5%).

Dans tous les cas, la coalition gagnante ne devait pas être connue dimanche soir, les négociations pour former un gouvernement s'écoulant sur plusieurs jours, voire semaines.

SPD dans le Brandebourg

Les tractations s'annoncent plus simples dans le Brandebourg où les sociaux-démocrates, au pouvoir depuis la réunification, sont encore en tête avec 32,5% des suffrages. Ils peuvent indifféremment maintenir leur coalition avec Die Linke ou diriger avec l'appui de la CDU, leur partenaire au niveau fédéral.

Alors que les Verts préservent une représentation dans chacun des Länder, les libéraux du FDP, déjà éjectés du Bundestag à l'automne, poursuivent leur déclin. Ces alliés traditionnels des conservateurs ne sont plus représentés que dans six États-régions sur 16.

Le sillon populiste

Pour sa part l'AfD, prônant une sortie de l'euro et défendant des positions très conservatrices sur l'immigration, l'insécurité et les valeurs familiales, a fait encore mieux dimanche que dans la Saxe (autre Land d'ex-RDA), où elle avait séduit 9,7% des électeurs il y a deux semaines.

Mais ce score sera insuffisant pour que la jeune formation, qui creuse un sillon populiste en plein essor en Europe, se mêle aux tractations afin de diriger le Brandebourg ou la Thuringe.

Fort de trois percées consécutives, le parti s'affirme néanmoins comme un possible rival sur l'aile droite de la CDU, d'autant que cette dernière s'est "social-démocratisée" sous l'influence de son alliance fédérale avec le SPD, relève Werner Patzelt, politologue à l'Université technique de Dresde.

Son irruption sur la scène politique a déjà poussé Angela Merkel à durcir son discours sur les thèmes chers à l'AfD, comme les demandeurs d'asile.

Toutefois l'installation sur la durée de cette formation "en pleine puberté", selon Werner Patzelt, nécessitera des succès électoraux répétés et dépendra de l'action de ses représentants encore inexpérimentés dans les parlements régionaux.