Allégations d'espionnage: l'Europe exige des explications

L'Europe a exigé dimanche des explications sur les allégations d'espionnage de l'Union européenne par les Etats-Unis.

30 juin 2013, 14:14
Des représentants américains sont à Hong Kong pour négocier l'extradition d'Edward Snowden.

Les Européens ont exigé dimanche des explications sur le programme d'espionnage américain qui aurait également visé les institutions de l'UE, selon le magazine allemand "Der Spiegel". Ces dernières révélations pourraient encore compliquer les relations transatlantiques.

Selon l'hebdomadaire, le programme d'espionnage Prism de l'Agence nationale de sécurité américaine (NSA) aurait visé des représentations de l'Union européenne à Washington et à l'ONU, voire à Bruxelles même. Le "Spiegel" fonde ses accusations sur des documents confidentiels dont il a en partie pu avoir connaissance grâce à l'ancien consultant de la NSA Edward Snowden.

"Nous avons pris contact immédiatement avec les autorités américaines à Washington et à Bruxelles et les avons mises face aux informations de presse. Elles nous ont dit qu'elles vérifiaient l'exactitude des informations publiées hier et qu'elles reviendraient vers nous", a annoncé dimanche la Commission européenne dans un communiqué.

"Un immense scandale"

L'Allemagne a également réclamé des comptes. "Il faut que du côté américain, on nous explique immédiatement et en détail si ces informations de presse à propos d'écoutes clandestines totalement disproportionnées par les Etats Unis dans l'Union européenne sont exactes ou non", a déclaré la ministre de la justice Sabine Leutheusser-Schnarrenberger dans un communiqué.

Dès samedi soir, le président du Parlement européen, Martin Schulz, avait estimé que "si cela se confirme, il s'agit d'un immense scandale". "Cela nuirait considérablement aux relations entre l'UE et les Etats-Unis".

A Paris, le Premier secrétaire du Parti socialiste, Harlem Désir, a qualifié d'"inacceptable" un espionnage américain s'il était confirmé. Le responsable du Parti de gauche Jean-Luc Mélenchon et l'eurodéputé vert Daniel Cohn-Bendit ont pour leur part exigé la rupture "immédiate" des négociations sur un traité de libre-échange entre l'UE et les Etats-Unis, qui viennent d'être lancées.

Depuis l'Afrique du Sud, où il accompagne le président Barack Obama, le conseiller adjoint à la Sécurité nationale, Ben Rhodes, s'est refusé à tout commentaire. Il s'est contenté de souligner que les Européens étaient "parmi les alliés les plus proches" des Etats-Unis en matière de renseignements.

Micros et lecture des mails

Selon un document révélé par le "Spiegel", la NSA avait installé des micros dans le bâtiment de la représentation diplomatique de l'UE à Washington. Elle avait aussi infiltré son réseau informatique, ce qui lui permettait de lire les courriers électroniques et les documents internes.

La représentation de l'UE à l'ONU était surveillée de la même manière, selon ces documents. Et les Européens y sont explicitement désignés comme des "cibles à attaquer".

La NSA avait même étendu ses opérations jusqu'à Bruxelles. Il y a "plus de cinq ans", écrit "Der Spiegel", les experts en sécurité de l'UE avaient découvert un système d'écoutes sur le réseau téléphonique et internet du principal siège du Conseil de l'Union européenne. Le système remontait jusqu'au quartier général de l'Otan.

En 2003, l'UE avait confirmé la découverte d'un système d'écoutes téléphoniques des bureaux de plusieurs pays, dont la France, l'Allemagne ou le Royaume-Uni. Ces micros auraient été placés dans des cabines de traducteurs lors de la construction du bâtiment accueillant le Conseil des ministres de l'UE en 1993 et 1994. Il est donc difficile de savoir s'il s'agit de la même affaire.

Quito renvoie la balle à Moscou

Edward Snowden est coincé depuis une semaine à l'aéroport de Moscou, en provenance de Hong Kong, son passeport étant annulé par les Etats-Unis qui réclament son extradition pour espionnage.

Le président équatorien Rafael Correa a révélé samedi que le vice-président américain Joe Biden l'avait appelé pour lui demander de rejeter la demande d'asile de l'ex-consultant de la NSA. Quito a renvoyé samedi à la Russie la responsabilité d'un transfert d'Edward Snowden, qui a sollicité l'asile politique dans ce pays d'Amérique latine.