Affaire Arafat: les experts français écartent la thèse de l'empoisonnement

Contrairement aux conclusions du CHUV, les experts mandatés par la justice française pour enquêter sur le décès de Yasser Arafat écartent la thèse d'un empoisonnement, annonce mardi une source proche du dossier. La veuve du leader palestinien conteste le rapport français.

03 déc. 2013, 21:12
L'Institut de radiophysique du CHUV à Lausanne sera chargé d'effectuer des prélèvements sur les restes de Yasser Arafat (photo archives), dont les causes de la mort restent inconnues. Le président palestinien Mahmoud Abbas l'a décidé.

"Ce rapport écarte la thèse de l'empoisonnement et va dans le sens d'une mort naturelle", selon la source proche de la procédure française. Selon une autre source, les experts concluent que Yasser Arafat est décédé "de vieillesse à la suite d'une infection généralisée".

Le rapport français ne sera pas publié et a été remis mardi à la veuve de l'ancien président de l'Autorité palestinienne.

Ce document évoque des niveaux de polonium 210 similaires à ceux trouvés par les experts suisses. Mais les experts français l'expliquent par la présence de gaz radon dans la tombe où était enterré Yasser Arafat.

Appel lancé par Souha Arafat

La veuve du défunt dirigeant s'est dite "bouleversée" par les contradictions entre experts suisses et français. "Que faut-il penser ?", a déclaré Souha Arafat lors d'une conférence de presse, ajoutant n'incriminer "personne" dans le décès de son mari.

Son avocat, Pierre-Olivier Sur, a indiqué qu'il demanderait que l'expertise suisse soit versée à la procédure française pour "croiser" les deux versions. Les Suisses "ont écarté l'influence du radon", a relevé la veuve. "Il faut que les experts arrivent à nous donner une conclusion homogène", a souligné l'avocat.

Nous n'avons aucun doute que le rapport le plus exhaustif et minutieux qui a étudié tous les aspect de ce dossier reste le rapport suisse", a déclaré Saad Djebbar, un autre de ses avocats.

Plainte contre X

Souha Arafat avait déposé en juillet 2012 une plainte contre X pour assassinat à Nanterre, après la découverte de polonium, une substance radioactive, sur des effets personnels de son mari. Ce produit lui aurait été, selon elle, administré par un membre de son entourage.

Les juges d'instruction français dans ce dossier avaient alors ordonné l'exhumation de la dépouille du dirigeant, ce qui a été fait en novembre 2012.

Plusieurs rapports récents

Une soixantaine d'échantillons au total avaient été répartis pour analyse entre trois équipes d'enquêteurs suisses, français et russes, chacune effectuant son travail individuellement, sans contact avec les autres.

Début novembre, le directeur du Centre universitaire romand de médecine légale (CURML) Patrice Mangin avait indiqué que le rapport suisse soutenait "raisonnablement" que le décès de Yasser Arafat "a été la conséquence d'un empoisonnement au polonium-210".

Les résultats obtenus sont "plus cohérents" avec cette hypothèse qu'avec l'hypothèse inverse, avait-il encore ajouté. Ils ont mesuré des quantités de polonium jusqu'à 20 fois supérieures à ce qu'ils ont l'habitude de trouver.

L'expertise russe avait elle conclu à l'impossibilité d'établir si le polonium est la cause du décès.

Accusation récemment

Après la divulgation du rapport suisse, un membre de la direction palestinienne, Wassel Abou Youssef, avait demandé la constitution d'une "commission d'enquête internationale sur le meurtre du président Arafat".

"Israël est le premier, le principal et unique suspect", avait affirmé de son côté le président de la commission d'enquête officielle palestinienne sur le décès de Yasser Arafat, Tawfiq Tiraoui. Israël a toujours rejeté toute implication dans cette affaire.

Israël "pas surpris"

Le porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères, Yigal Palmor, a jugé mardi prévisible l'annonce des experts français. "Ceci n'est pas une surprise", a-t-il déclaré. Il avait démenti début novembre "des accusations sans fondement et sans la moindre preuve".

Yasser Arafat est décédé à 75 ans le 11 novembre 2004. Il avait été admis fin octobre 2004 à l'hôpital militaire Percy, près de Paris, après avoir souffert de douleurs abdominales dans son quartier général de Ramallah. Sa veuve Souha n'avait pas demandé d'autopsie.

Le rapport d'hospitalisation français faisait état d'une inflammation intestinale d'"allure infectieuse" et de troubles de la coagulation "sévères", mais n'élucidait pas les causes du décès.