Architecture ou coopération? La chronique immobilière de l'EPFL

La construction dans un contexte d’urgence humanitaire doit répondre à des besoins matériels, mais aussi architecturaux.

15 mai 2022, 20:00
Riccardo Vannucci, architecte, collaborateur scientifique, chargé de cours au Laboratoire de construction et d’architecture (FAR) de l’EPFL, basé au Smart Living Lab de Fribourg

Le rôle du secteur de la construction dans la coopération internationale, autant dans l’aide humanitaire que celle au développement, investit de façon non négligeable tout type de bâti et pose d’amples questions d’ordre général.

Depuis quelques années, le Laboratoire de construction et d’architecture (FAR) de l’EPFL, basé au Smart Living Lab de Fribourg, enquête sur la possibilité de produire une architecture de qualité dans ces contextes caractérisés par une pénurie structurelle des ressources.

Parmi les instruments de recherche, des ateliers avec des étudiantes et étudiants ont pris place avec un double objectif: raisonner collectivement sur des thèmes qui sont de plus en plus d’actualité et sensibiliser nos futurs architectes à une réflexion critique sur leur rôle, responsabilité et possibilités d’intervention. Dans ce type de projets, l’architecte agit dans un contexte qui pose des défis importants et qui, au-delà de la composante éthique, impose une réflexion critique sur les limites de ses propres instruments, en particulier face à la complexité de réalités lointaines.

L’enjeu est celui de réaliser avec des matériaux et techniques limités non seulement des constructions, mais des architectures, c’est-à-dire des projets qui dépassent l’incontournable satisfaction des besoins matériels. La pénurie de ressources, au lieu d’aller au détriment de la qualité de l’espace, peut stimuler l’ingéniosité et produire des typologies ou des utilisations de matériaux innovantes.

Sensibiliser les interlocuteurs

Dans ce scénario, la difficulté probablement la plus importante est de sensibiliser les interlocuteurs (ONG, Organisations Internationales, partenaires locaux) sur l’opportunité de poursuivre une approche du projet multidimensionnelle, multidisciplinaire, intégrée et complexe, lorsque la tendance dominante est celle de regarder la dimension architecturale comme incompatible avec l’urgence et la rapidité qui caractérisent les interventions sur le terrain.

Les recherches du FAR vont dans cette direction, dans la conviction que la qualité de l’espace n’est pas dépendante de la richesse des matériaux utilisés, mais de la capacité de l’architecte à interpréter les exigences fonctionnelles tout en allant au-delà de ces mêmes besoins, en les intégrant dans des formes appropriées.

Bien fondamental

Il existe une poétique de la synthèse et de l’essentialité. C’est aux architectes de la trouver, de la faire ressortir et de convaincre l’ensemble du système de la coopération que la qualité architecturale est un bien fondamental, car elle influence quotidiennement la vie des gens. Elle peut en promouvoir le développement dans le sens le plus ample du terme, et non pas uniquement du point de vue économique.