La BNS enregistre une lourde perte sur six mois

29 juil. 2022, 09:17
La Banque nationale suisse a subi une lourde perte de 95,2 milliards de francs au premier semestre 2022.

La Banque nationale suisse (BNS) a subi une perte de 95,2 milliards de francs au premier semestre 2022, après un bénéfice de 43,5 milliards de francs un an plus tôt. C’est davantage qu’anticipé par les économistes d’UBS.

Les positions en monnaies étrangères ont généré une perte totale de 97,4 milliards de francs, indique vendredi la BNS. Le produit des intérêts et celui des dividendes se sont inscrits à respectivement 3,3 et 2,3 milliards de francs. Les titres porteurs d’intérêts et les instruments sur taux d’intérêt ont enregistré une perte de cours de 48,7 milliards tandis qu’elle a atteint 44 milliards pour les titres et les instruments de participation. Quant aux pertes de change, elles ont totalisé 10,3 milliards.

Notre résultat dépend principalement de l’évolution sur les marchés de l’or, des changes et des capitaux.
La BNS, dans un communiqué

Le stock d’or, dont le volume n’a pas changé, a généré une plus-value de 2,4 milliards de francs. Fin juin, le prix du kilo d’or s’établissait à 55’836 francs, contre 53’548 francs fin 2021.

Les positions en francs ont dégagé un bénéfice de 35,1 millions de francs. Les intérêts négatifs prélevés sur les avoirs en comptes de virement ont notamment contrebalancé les pertes de cours sur les titres porteurs d’intérêts et les instruments sur taux d’intérêt.

L’institut d’émission rappelle que son résultat «dépend principalement de l’évolution sur les marchés de l’or, des changes et des capitaux. C’est pourquoi de fortes fluctuations sont la règle, et il n’est que difficilement possible d’en tirer des déductions pour le résultat de l’exercice en cours.»


«Certains cantons devront emprunter»

Photo: SP

La Banque Nationale Suisse (BNS) a enregistré la plus grande perte de son histoire ces six derniers mois: 95 milliards de francs. Si le montant est élevé, il n'est ni surprenant ni inquiétant pour Philippe Bacchetta, professeur en macroéconomie à l’Université de Lausanne.

Comment interpréter cette énorme perte?

Elle n’a rien de surprenant. La BNS avait accumulé beaucoup d’actions et d’obligations en monnaies étrangères afin de stabiliser le franc. Or, ce sont ces actifs qui ont perdu de leur valeur. La plupart des portefeuilles, à l’instar de celui de la BNS, ont subi une perte de 10% à 20%.

Il s’agit de la plus grande perte de l'histoire de la BNS. Est-ce grave?

Je dirais oui et non. Non, parce qu’en réalité, il s’agit uniquement d’une perte comptable. Les actifs sont connus pour être volatiles et vont très probablement remonter à moyen terme. Les actions sont à un taux très bas qui vont réaugmenter, alors que l’appréciation du franc suisse devrait s’arrêter. D’ici une année ou deux, la BNS va se refaire. Cette perte reviendrait à une simple fluctuation financière si elle ne touchait pas les cantons.

Que va-t-il se passer pour eux?

Comme il est pratiquement exclu que la BNS termine l’année sur un bénéfice, ils ne toucheront probablement rien de sa part, ce qui peut perturber leur politique financière. Certains devront emprunter, d’autres revoir leurs dépenses à la baisse. Des complications qui, selon moi, pourraient être évitées en revoyant le système de distribution de la BNS, très conservateur. Avec ses réserves actuelles, elle pourrait tout-à-fait distribuer de l’argent aux cantons chaque année, même en cas de pertes. Et ainsi leur éviter toutes ces incertitudes au fil des ans.

Propos recueillis par Lena Würgler

par Keystone - ATS,Lena Würgler