Affaire Kerviel: Jérôme Kerviel dépose plainte pour subornation de témoin

L'ancien supérieur hiérarchique direct de l'ex-trader Jérôme Kerviel aurait touché un million d'euros pour son témoignage en faveur de la Société Générale lors des deux procès. L'ancien trader porte donc plainte contre la banque
22 avr. 2014, 17:44
L'ex-trader Jérôme Kerviel a déposé plainte mardi contre Société Générale pour subornation de témoin.

Jérôme Kerviel a déposé plainte mardi contre Société Générale pour subornation de témoin, en l'occurence son ancien supérieur hiérarchique direct. Selon l'ex-trader, Eric Cordelle aurait perçu une indemnité d'un million d'euros après avoir témoigné en faveur de la banque lors des deux procès.

Supérieur direct de l'ancien trader durant près d'un an jusqu'à la révélation des faits, Eric Cordelle avait intenté, en avril 2008, une action aux prud'hommes contre Société Générale pour contester les conditions de son propre licenciement par la banque, selon Me David Koubbi, conseil de Jérôme Kerviel.

Chronologie "troublante"

Début février 2013, M. Cordelle s'est désisté de son action aux prud'hommes. Il avait témoigné lors des deux procès et assuré n'avoir rien su des colossales prises de position à risque de Jérôme Kerviel.

Selon le document de la plainte envoyée mardi au procureur de la République de Paris et consultée par l'AFP, Jérôme Kerviel juge cette chronologie "pour le moins troublante".

Plus d'un million d'euros

Selon Me Koubbi, qui s'appuie notamment sur une lettre anonyme, M. Cordelle aurait perçu un peu plus d'un million d'euros de Société Générale quelques jours après que la cour d'appel de Paris a confirmé le jugement de première instance et condamné Jérôme Kerviel, en octobre 2012.

En promettant à M. Cordelle une importante indemnité avant qu'il ne témoigne aux deux procès, Société Générale se serait rendue coupable de subornation de témoin, selon l'avocat.

Le "prix du silence"

"Après avoir versé sept années de salaire fixe à certains responsables hiérarchiques et collègues de Jérôme Kerviel, il est évident, au vu de la chronologie, que la Société Générale a également versé quelque chose à Eric Cordelle, supérieur hiérarchique direct de Jérôme Kerviel", a déclaré Me Koubbi à l'AFP.

"La justice doit vérifier le montant de cette somme et déterminer quelle en est la contrepartie", a-t-il ajouté. "Si elle est victime, comme elle le prétend, il est pour le moins étonnant qu'elle 'indemnise' un supérieur n'ayant rien vu, rien entendu, rien lu et rien compris. De quoi s'agit-il, sinon du prix du silence?", s'est interrogé le conseil.

"Gesticulation médiatique"

De son côté, la banque a qualifié la procédure intentée par Jérôme Kerviel de "gesticulation médiatique supplémentaire".

"Cette tactique, déjà utilisée à maintes reprises, vise a détourner l'attention du fond du dossier qui a pourtant été jugé trois fois, et de façon définitive sur le plan pénal, avec la confirmation de la culpabilité de Jérôme Kerviel", selon un communiqué de la banque transmis à l'AFP.