Votre hiver
 24.11.2019, 08:00

Patrouille des Glaciers. "J'ai presque failli la terminer.."

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Bien essayé! La 22e Patrouille des Glaciers (PdG) se déroulera du 27 avril au 3 mai. Notre journaliste et deux amis s’étaient frottés à la précédente édition et… s’y étaient piqués. Récit de l’intérieur pour ne pas subir pareille mésaventure.

Pour que la Patrouille des Glaciers (PdG) s’apparente à une promenade de santé, il faudrait avoir, dans l’idéal, 100000mètres de dénivelé positif d’entraînement dans les «cannes». Début 2018, quatre mois avant la course, le Bagnard Florent Troillet, ancien champion du monde de ski-alpinisme, m’avait prévenu avec sa gentillesse coutumière.

Mais, entre nos obligations professionnelles et surtout familiales, mes coéquipiers et moi ne pouvions malheureusement nous permettre ce «luxe» par trop chronophage.

Nous nous sommes donc présentés sur la ligne de départ avec à peine un quart de cet astronomique dénivelé derrière nous mais aussi avec un «super Trophée du Muveran» qui nous poussait à l’optimisme.

Nos «beaux restes» de fringants quadras, adeptes des sports d’endurance, et une bonne dose de volonté feraient le reste. Nous en étions certains. Ce ne fut pas le cas.

La course déchiffrée

La 22e PDG se déroulera entre Zermatt et Verbier ou entre Arolla et Verbier. Le grand parcours représentera 57,5 km, D+ 4386m, soit 110km-effort et le «petit» 29,6km, D+2200m, 53km-effort. Le point culminant de la course est à Tête Blanche (3421m). Une fois-là, on a quasiment parcouru la moitié du dénivelé positif total. Pas moins de 1400 patrouilles de trois se mesureront à l’épreuve cette année mais seules deux battront peut-être les records établis en 2018: 5h35 chez les hommes et 7h15 chez les dames. Pour y parvenir, se lever de bonne heure ne suffira donc pas!

Après une nuit blanche, dans tous les sens du terme, et plus de 7 heures d’efforts, s’apparentant à une interminable «bavante», les cerbères de l’armée nous stoppèrent à mi-parcours à Arolla. Dans leur bouche un inflexible «Vous êtes hors-délais!» contrecarrait nos velléités de continuer malgré tout têtes baissées.

Le jour venait de se lever sur les glaciers et nous avait fait l’effet d’une bonne grosse piqûre d’EPO dans la fesse. Mais, pour une poignée de minutes, nous devions donc nous arrêter là et rallier Verbier dans un fort peu glorieux bus-balais dont nous aurions aimé continuer à ignorer l’existence. Frustration.

D’autant que la beauté de la montagne se révélait enfin à nous et que nous allions enfin pouvoir en profiter plutôt qu’enchaîner les pas dans la semi-obscurité en mode automatique et avec un plaisir relatif.

Avec des «si»

Si c’était à refaire, nous nous serions entraînés un peu plus mais surtout beaucoup mieux.

Si c’était à refaire, nous aurions surestimé notre chrono au moment de l’inscription afin de partir dans un groupe de départ précédent et de bénéficier ainsi de délais un peu plus larges.

Si c’était à refaire, je ne prendrais pas une lampe frontale flambant neuve qui me lâche en pleine nuit.

Si c’était à refaire, nous serions partis un peu moins vite de Zermatt ce qui nous aurait évité un dispensable coup de mou avant Tête Blanche.

Si c’était à refaire, nous aurions chaussé nos couteaux et emprunté la file raide et glissante réservée aux rapides dans l’ascension du glacier du Stöckji, ce qui nous aurait fait gagner vingt bonnes minutes.

Si c’était à refaire, nous aurions pris le temps de davantage skier encordés avant la course ce qui nous aurait évité les chutes à répétition dans la longue descente glacière menant au col de Bertol.

Si c’était à refaire enfin, nous aurions aussi fait l’impasse sur les pauses photographiques…

Une magistrale leçon d’humilité 

Mais «avec des “si”, on mettrait Paris en bouteille», dit-on, et la PdG à son palmarès avec! L’édition 2020 partira sans nous mais notre expérience de la précédente restera tout de même un bon souvenir. Paradoxalement, plus que notre demi-course ellemême et notre demi-échec, c’est surtout le chemin y menant qui fut jouissif.

Il fut jalonné de quelques magnifiques sorties en montagne (notamment l’incroyable voie dite du «Grand-Ferrand par les chourums olympiques» dans le massif du Dévoluy) que la PdG nous avait donné un prétexte idéal d’aller découvrir.

Alors, au final, si la gloriole s’est refusée à nos égo, ce n’est pas bien grave. D’autant qu’en retour, nous avons reçu un cadeau plus grand: une magistrale leçon d’humilité de celles que seule Dame Nature peut vous infliger telle une mère aimante mais ferme…

Retrouvez cet article dans notre magazine «votre hiver» en cliquant sur la couverture 

Pour bien voir la course

Pour jouir de l’ambiance PdG sans trop se faire suer, plusieurs possibilités existent. Les couche-tard, ne craignant pas le froid, pourront assister à l’un des départs, donnés de nuit, sur la place du village de Zermatt ou aux pieds des pistes d’Arolla.

Les audacieux pourront se glisser incognito dans l’église de Zermatt quelques heures auparavant afin d’assister au briefing d’avant course et goûter ainsi à une enivrante ambiance de «calme avant la tempête».

Les amateurs d’émotions fortes se masseront le long de la rue centrale de Verbier pour applaudir l’arrivée des héros «finishers». Et enfin les sportifs pourront rallier à ski le parcours soit au col de Riedmatten (2919m, 5km et D+900m depuis Arolla) pour assister au portage, soit au ravitaillement de la Rosablanche (3150m, on y accède depuis le sommet du téléphérique du Mont Fort via une jolie descente hors-piste et D+200m de montée), soit au col de la Chaux (2940m, non loin des pistes de Verbier).


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