Votations fédérales: le "oui" à la loi sur l'asile consitue une gifle pour l'UDC selon la gauche

Selon la gauche, l'acceptation à une large majorité de la révision de la loi sur l'asile constitue une cuisant revers pour l'UDC. Le parti agrarien estime que le peuple suisse a été dupé et qu'il prouvera bientôt que les nouvelles procédures n'iront pas plus vite.
05 juin 2016, 16:48
/ Màj. le 05 juin 2016 à 17:32
Les Suisses ont accepté le texte à 67%.

Le large oui dimanche à la loi révisée sur l'asile représente à la fois une "gifle pour l'UDC" et une "victoire d'étape" pour les autres partis. Selon les organisations d'aide aux réfugiés et les cantons, il reste notamment beaucoup à faire en matière d'intégration.

L''UDC n'est pas surprise par le peu d'attrait qu'a suscité son référendum. Pour Andreas Glarner (UDC/AG), en charge du dossier migratoire au National et tenant de la ligne dure de son parti sur les questions d'asile, "le Conseil fédéral a créé une machine de propagande et dupé le peuple suisse".

L'UDC prouvera "très bientôt" que les nouvelles procédures ne vont pas plus vite, ne sont pas plus avantageuses et sèment la pagaille à l'échelon communal, a affirmé l'Argovien auprès de l'ats. "Nous confronterons ensuite le Conseil fédéral" à ces conclusions, a ajouté le maire d'Oberwil-Lieli, commune dont les citoyens ont voté début mai pour payer une taxe plutôt que d'accueillir les réfugiés.

"Victoire d'étape"

La gauche pointe elle la défaite de l'UDC. Ce dénouement représente à la fois "une gifle" pour le parti référendaire et "une victoire d'étape" pour le PS et les Verts. "L'UDC n'a même pas réussi à mobiliser son électorat sur son thème-clé", a relevé la conseillère nationale Cesla Amarelle (PS/VD). Dans le même temps, les socialistes fêtent "une large victoire, fruit d'une longue campagne".

Après d'intenses débats, les Verts avaient eux préconisé un "oui critique" à la révision, convaincus notamment par l'argument de l'assistance juridique gratuite. Le conseiller national Balthasar Glättli (Verts/ZH) a rappelé que la loi induit bien des durcissements. C'est malgré tout "un oui pour une politique des solutions", a-t-il souligné. "Les Verts espèrent maintenir le compromis avec le centre-droit" pour mieux faire obstacle à l'UDC.

Du côté du PDC, on espère aussi que le consensus l'emportera dans les prochaines étapes du dossier migratoire. "A présent, la loi révisée doit être mise en oeuvre rapidement" pour permettre aux mesures de déployer leurs effets au plus vite, a indiqué Gerhard Pfister, président du parti, par voie de communiqué.

Le PBD s'est réjoui pour sa part que le peuple ait reconnu l'urgence de la situation et ait choisi d'"anticiper les défis à venir" en matière de politique migratoire. Les citoyens se sont exprimés pour des améliorations concrètes et ne se sont pas laissé tromper par les sirènes populistes, ont fait valoir les Vert'libéraux.

Faire face à une hausse des demandes d'asile

La socialiste Cesla Amarelle rappelle que les gagnants du jour ne doivent pas se reposer sur leurs lauriers. "Il va falloir sans doute gérer une hausse des demandes d'asile au cours des prochains mois et créer un dispositif solide pour y répondre", a-t-elle dit, évoquant également des "questions brûlantes" sur la politique d'intégration, les accords Dublin et le statut des admissions provisoires.

Pour les organismes d'entraide aussi, le travail sur l'asile n'est pas achevé, même si la Suisse profitera dans son ensemble des effets de ce scrutin positif. "Dès demain, il faudra se concentrer sur l'amélioration du système d'intégration", a dit Stefan Frey, porte-parole de l'Organisation d'aide aux réfugiés (OSAR).

"Il existe aujourd'hui nombre de projets intéressants, mais pas de véritable stratégie pour les mettre en valeur", a-t-il noté. D'après Amnesty International, qui se dit satisfaite du scrutin, une meilleure intégration passe entre autres par un renforcement des contacts entre les réfugiés et la société civile, qui ne doit pas rester en retrait vis-à-vis des nouveaux centres fédéraux.

Cantons heureux

La commission Justice et Paix de la Conférence des évêques suisses, qui traite surtout de questions d'éthique sociale, attend elle de voir des résultats concrets. Et pour Opération Libero non plus, ce oui à la loi ne suffit pas: tant que la migration ne reste autorisée qu'exceptionnellement, des gens seront contraints de suivre la voie de l'asile, a écrit le collectif progressiste ouvert à l'immigration.

De leur côté, les cantons étaient en liesse dimanche. "L'accélération des procédures - en moyenne deux fois plus courtes qu'auparavant - dans les centres fédéraux nous déchargera", a expliqué Hans-Jürg Käser, président de la Conférence des directeurs cantonaux de justice et police.

Les cantons n'oublient pas non plus que des progrès importants restent à réaliser en matière d'intégration. "Celle des requérants d'asile mineurs et non accompagnés n'est pas assez efficace", a assuré le conseiller d'Etat bernois. Confédération et cantons planchent actuellement sur une solution, une démarche que M. Käser juge "urgente".