Votations fédérales du 27 septembre 2020
 24.08.2020, 10:42

Congé paternité: les futurs pères en attente d’un congé de dix jours

chargement
De nombreux pères ne bénéficient actuellement que d'un ou deux jours à la naissance du bébé.

Votation La Suisse cessera-t-elle d’être le dernier bastion européen à résister au congé paternité? Réponse lors de la votation du 27 septembre prochain. Les partisans estiment que l’absence d’un congé paternité est en décalage avec l’époque. Les opposants considèrent le projet trop coûteux.

Un jour ou dix jours: les Suisses se prononcent le 27 septembre sur l’introduction d’un congé paternité payé de deux semaines. Si le peuple dit «oui», la Suisse ne sera plus l’unique pays d’Europe à ne connaître ni congé paternité, ni congé parental.

Le projet en votation est un contre-projet indirect à l’initiative «Pour un congé paternité raisonnable» qui demandait quatre semaines. Le Parlement lui a préféré un congé de deux semaines. Ces jours seraient à prendre dans les six mois suivant la naissance, soit en bloc, soit sous forme de journées isolées.

La Suisse est mûre pour le congé paternité.
Adrian Wüthrich, président de TravailSuisse

Le référendum a été lancé contre ce congé par l’UDC, quelques jeunes PLR et PDC. Le congé a toutefois toutes les chances de s’imposer dans les urnes. Selon un sondage de la SSR diffusé vendredi, un peu mois de deux tiers des Suisses y sont favorables. «La Suisse est mûre pour le congé paternité», a affirmé Adrian Wüthrich, président de TravailSuisse.

Pour la famille

L’arrivée d’un enfant est un bouleversement pour le couple. De nombreux pères ne bénéficient que d’un ou deux jours à la naissance du bébé qu’ils peuvent demander à titre de «jour de congé usuel». Aucune loi ne mentionne le droit à un congé paternité. Cela n’est plus en phase avec notre époque, estiment le Conseil fédéral, le Parlement et les partisans du projet.

L’introduction d’un congé paternité de deux semaines est un signal fort pour les familles. Il permettra au père d’être plus présent pour l’enfant, de s’impliquer plus activement dans la nouvelle dynamique familiale et de décharger la mère de certaines tâches.

Un congé paternité favorise l’équilibre du couple: les deux parents pourront s’occuper de l’enfant et des autres tâches et contribuer au revenu du ménage. Ainsi, toute la famille en bénéficie, estiment les partisans. Tout comme l’économie qui ne sera pas privée de personnes qualifiées.

De plus, les entreprises peuvent facilement s’organiser pour pallier une absence de dix jours. Grâce à un congé payé par l’Etat, les disparités entre les PME et les grandes entreprises seront réduites. Les PME resteront attrayantes comme employeurs.

Trop coûteux

Pour les opposants, ce congé est trop coûteux pour les employés et les employeurs. Selon eux, tout le monde verra son salaire diminué afin que «quelques personnes» puissent prendre des vacances payées.

 

De plus, les PME n’ont pas les moyens financiers ou organisationnels pour mettre en place un tel congé, qui entraîne des coûts indirects de 500 à 900 millions de francs. Les remplacements de courte durée sont compliqués.

Les opposants rappellent que de nombreuses entreprises ont développé des solutions en fonction de leur possibilité, leur permettant de se distinguer sur le marché du travail. Un congé imposé par l’Etat les prive de cette possibilité.

Responsabilité

L’Etat n’a pas à se mêler des affaires des familles. Un congé imposé par l’Etat ne change rien à la répartition des rôles au sein du couple, argumente le comité référendaire. Et il ne renforce pas le sens des responsabilités des pères.

Par ailleurs, les pères ne doivent pas être présents qu’au cours des six premiers mois, mais durant 18 à 20 ans. La responsabilité et les initiatives individuelles des familles et des entreprises doivent être privilégiées.

L’UDC, qui ne voulait pas ouvrir la boîte de Pandore, n’est pas unie face au sujet. Les sections romandes font sécession. Elles se sont toutes prononcées en faveur d’un congé paternité.

Financé par les APG

Le congé paternité sera financé sur le modèle de l’assurance maternité, via les allocations pour perte de gains (APG). Il garantit 80% du revenu, mais au maximum 196 francs par jour. Cela correspond à 2744 francs au plus pour les dix jours. L’actuel taux de cotisation aux APG (0,45%) devra augmenter de 0,05 point, soit 50 centimes de plus pour 1000 francs de salaire, dont la moitié est supportée par l’employeur.

La charge financière devrait être moins élevée que les 230 millions par an prévu. L’Office fédéral des assurances sociales a fait des estimations très prudentes, a-t-il reconnu.

Pour y avoir droit, le père devra avoir exercé une activité lucrative durant cinq mois et été assuré durant les neuf mois précédant la naissance de l’enfant, ainsi qu’être salarié ou exercer une activité indépendante au jour de la naissance. La durée des vacances ne doit pas être réduite.

20 jours

L’initiative populaire pour un congé de vingt jours a été retirée par le comité à condition que le projet du Parlement soit accepté par le peuple. Si celui-ci refuse les deux semaines, il votera sur l’initiative «Pour un congé de paternité raisonnable – en faveur de toute la famille». Ce modèle également financé par les APG coûterait 420 millions de francs.

Les jeunes pères suisses sont les moins bien lotis d’Europe

Un jour de congé: c’est ce que la Suisse accorde aux pères à la naissance de leur enfant. Soit autant que pour un déménagement. Le pays fait ainsi piètre figure en Europe.

La Suisse est le seul pays d’Europe à ne connaître ni congé parental, ni congé paternité même si certaines grandes entreprises comme Nestlé, Google ou J&J offrent un congé paternité de plusieurs semaines. Tout comme plusieurs administrations cantonales.

Depuis 2010, l’Union européenne connaît un congé parental obligatoire. Tous les pays membres doivent garantir au moins quatre mois pour chaque parent. Ce congé peut être pris jusqu’aux 8 ans de l’enfant; chaque Etat est libre de le rémunérer ou non. Certains pays connaissent également un congé paternité. Les modèles de ces deux congés varient beaucoup.

Nord en tête

En Suède, pères et mères ont droit à 480 jours (environ 68 semaines) de congé parental avec une prise en charge de 80% du salaire pour les 390 premiers jours. Une indemnité journalière fixe de 60 couronnes (6,30 francs) est versée pour les 90 jours restants. Nonante jours sont réservés au père et autant à la mère; les jours restants sont à partager.

Le but de ce dispositif né dans les années 1970 est de promouvoir l’égalité des sexes. Et, en effet, près de la moitié des pères profitent de ce congé parental bien payé.

Tout comme les Suédois, les pères norvégiens n’ont pas de congé paternité. Mais un minimum de quinze semaines leur est réservé. La mère en obtient autant. Les 21 semaines restantes du congé parental sont à distribuer au sein du couple.

Loin derrière

La France est loin derrière les pays nordiques. Le congé parental, d’un an renouvelable deux fois, n’étant rémunéré qu’à hauteur de 400 euros par mois, seuls 4,4% des pères (chiffres de 2016) prennent les quatre mois de congé qui leur sont réservés.

Les jeunes pères ont également le droit à un congé paternité, non obligatoire, de onze jours consécutifs – week-ends compris. Les employés sont indemnisés à 100%, mais au maximum à 89 euros par jour.

L’Autriche propose entre 28 et 31 jours de congé paternité, indemnisés à environ 23 euros par jour. S’y ajoute le congé parental. En Italie, les pères sont obligés de prendre sept jours, indemnisés à 100%. Le congé parental de six mois est, lui, faiblement rémunéré.

En Allemagne, il n’y a pas de congé paternité. En revanche, un père peut partager quatorze mois de congé parental payé avec la mère de l’enfant. Le congé peut s’étendre jusqu’à 36 mois; les mois supplémentaires ne sont pas rémunérés.

Uniformisation en vue

Ce patchwork devrait prendre fin. D’ici août 2022, tous les Etats membres devront introduire un congé paternité de dix jours ouvrables au moins et bien rémunéré. Ce congé est à prendre autour de la naissance de l’enfant.

Cette modification ne change rien pour la France, la Grande-Bretagne, le Danemark, la Belgique et le Luxembourg (10 à 15 jours de congé) ou encore pour l’Espagne, le Portugal et la Finlande, qui offrent déjà entre quatre et neuf semaines.

Par ailleurs, les parents ne seront autorisés à transférer que deux mois de congé parental du père à la mère, ou vice versa, contre trois actuellement. Ce congé devra être rémunéré «à un niveau adéquat».

Jusqu’en 2019, le droit européen n’imposait aucune rémunération pour ce congé, incitant les pères à le transférer aux mères. Le Royaume-Uni, l’Espagne, l’Irlande, la Grèce, les Pays-Bas et Chypre ne rémunéraient pas du tout le congé parental.

ATS

Résumé du jour

Ne ratez plus rien de l'actualité locale !

Abonnez-vous à notre newsletter et recevez chaque soir toutes les infos essentielles de la journée!

Recevez chaque soir les infos essentielles de la journée !

Résumé de la semaine

Ne ratez plus rien de l'actu locale !

Abonnez-vous à notre newsletter et recevez chaque samedi toutes les infos essentielles de la semaine !

Recevez chaque samedi les infos essentielles de la semaine !

À lire aussi...

SondageVotations fédérales: les Suisses diraient «oui» au congé paternité et à la loi sur la chasseVotations fédérales: les Suisses diraient «oui» au congé paternité et à la loi sur la chasse

Vers un «oui» au congé paternité

C’est un grand «oui» que glisseraient les Suisses dans l’urne pour le congé paternité. Le peuple accepterait également...

  21.08.2020 17:09

Trop risquéVotations fédérales: le congé paternité menace les entreprises selon les opposantsVotations fédérales: le congé paternité menace les entreprises selon les opposants

FamilleVotations fédérales: le congé paternité a plus d'adeptes du côté des RomandsVotations fédérales: le congé paternité a plus d'adeptes du côté des Romands

VOTATIONSVotations fédérales: le Conseil fédéral recommande d’accepter le congé paternitéVotations fédérales: le Conseil fédéral recommande d’accepter le congé paternité

garde des enfantsVotations fédérales: début de campagne pour le congé paternitéVotations fédérales: début de campagne pour le congé paternité

Top