Votations fédérales du 10 juin 2018
 28.05.2018, 14:00

«Avec Monnaie pleine, les comptes d’épargne ne seront plus rémunérés»

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Le directeur de l’Association suisse des banquiers, Claude-Alain Margelisch estime que «l'ensemble de l'économie suisse pâtirait de la mise en oeuvre de l'initiative Monnaie pleine».

Votations fédérales Selon le directeur de l’Association suisse des banquiers, le Valaisan Claude-Alain Margelisch, en cas de oui du peuple suisse à l'initiative Monnaie pleine le 10 juin prochain, «les banques ne pourront plus prêter l’argent des épargnants, puisque seule la BNS pourra le faire; dans ce cas, elles ne pourront plus rémunérer les comptes d’épargne.»

Valaisan d’origine, Claude-Alain Margelisch est le directeur de l’Association suisse des banquiers. Invité par les banquiers valaisans et la Chambre de commerce, il est venu évoquer ses craintes face à l’initiative Monnaie pleine, soumise au peuple suisse le 10 juin prochain.

 

L’initiative Monnaie pleine demande que les banques ne prêtent plus de l’argent directement, mais l’argent qu’elles auraient elles-mêmes emprunté à la Banque nationale suisse (BNS). En quoi cette solution pourrait-elle être gênante?
- Aujourd’hui, les banques empruntent à long terme et prêtent à court terme. Elles empruntent notamment auprès des épargnants qui déposent de l’argent chez elles, pour pouvoir prêter à ceux qui ont besoin de crédits.

Avec Monnaie pleine, les banques ne peuvent plus prêter l’argent des épargnants, puisque seule la BNS pourra le faire. Dans ce cas, elles ne pourront plus rémunérer les comptes d’épargne.

Concrètement, qu’est-ce que la mise en œuvre de l’initiative aurait comme conséquences pour quelqu’un qui veut emprunter de l’argent?
- Aujourd’hui, celui qui souhaite contracter un crédit peut faire le tour des banques, peut comparer les offres pour obtenir la proposition qui correspond le mieux à son souhait. Avec Monnaie pleine, un seul organe pourra prêter de l’argent, la BNS. L’interlocuteur de l’emprunteur ne sera donc plus le banquier qui le connaît, qui connaît son secteur d’activité, qui connaît les conditions locales, mais quelqu’un à Berne ou à Zurich.

Aujourd’hui les banques prêtent de l’argent qu’elles n’ont pas, selon les initiants. Leur but est de rendre plus sûrs les placements effectués auprès des banques. N’est-ce pas une bonne chose?
- Les banques ont déjà renforcé leur solidité. La BCVS, par exemple, a plus que doublé ses fonds propres en dix ans.

Les initiants affirment que leur proposition permettra aux collectivités publiques d’encaisser plusieurs milliards de francs par année. Est-ce qu’en disant non, vous ne défendez pas le seul intérêt des banques?
- L’ensemble de l’économie pâtirait de la mise en œuvre de cette initiative. Si elle est acceptée, l’économie sera totalement centralisée. Seule la BNS pourra octroyer des crédits. C’est ce que souhaitent les initiants. Or, la BNS n’a pas été créée pour cela. Elle ne s’occupe pas de politique de crédits. Elle n’a pas de contacts avec les clients qui empruntent, elle ne connaît pas les entreprises, elle ne connaît pas non plus les conditions locales. Ce n’est pas son rôle. Or, l’octroi de crédits est essentiel à l’économie pour se développer.

Lors de nombreuses votations, des catastrophes ont été annoncées, à l’image de ce que disait le conseiller fédéral Jean-Pascal Delamuraz après le rejet de l’EEE en 1992. Vous ne pensez pas que l’économie trouverait sa voie avec Monnaie pleine? Pourquoi ne pas essayer?
- Les initiants, parmi lesquels on retrouve des professeurs allemands, proposent de tenter une expérience qu’aucun pays n’a jamais tentée. 
Actuellement, le système bancaire fonctionne bien. Il n’y a aucun problème. Pourquoi changer ce qui fonctionne bien en prenant des risques inutiles et en mettant à mal un secteur qui est un moteur de croissance pour notre pays?

En passant à Monnaie pleine, on politise l’économie et on porte atteinte à l’indépendance de la BNS. Si à un certain moment la Suisse traverse une situation économique plus difficile, la BNS, sous pression politique, sera poussée à offrir davantage de crédits. Elle devra donc augmenter la masse monétaire, ce qui créera une hausse des prix. Or, le rôle de la BNS est d’assurer la stabilité des prix. L’initiative place la BNS dans une situation schizophrénique, puisqu’elle devra poursuivre des objectifs contradictoires. 
 

«Le secteur bancaire est en croissance en Valais»

Comment se porte le secteur bancaire valaisan?
- Le secteur bancaire est en pleine croissance en Valais. Vous pouvez constater que de nombreuses banques ont investi dans leurs filiales valaisannes. 

Parce que les banques se rapprochent de la clientèle des stations valaisannes?
- Il y a un intérêt pour développer la clientèle valaisanne. Quand l’économie se développe, le secteur financier se développe également, car il est le moteur de ce développement.

L’économie a souffert de l’abandon du taux plancher de 1,20 franc contre 1 euro par la BNS. Aujourd’hui, tout semble rentrer dans l’ordre.
- Cela démontre la vitalité de notre économie d’exportation qui a continué de croître malgré l’abandon du taux plancher. C’est une des qualités que possède la Suisse. Nous avons vu des choses incroyables se produire pour faire face à cette situation, avec des entreprises qui ont introduit le travail partiel ou des employés qui ont accepté de travailler plus pour le même salaire.

Voyez-vous l’euro se stabiliser autour de 1,20 franc?
- Oh, je ne peux pas me prononcer. Le taux de change est le domaine où il est le plus difficile de faire des pronostics…
 


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