Spécial Habitat

Coronavirus: comment ces habitats ont-ils mis fin aux pandémies?

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Dans le rétro Il y a un siècle, une nouvelle conception de l’habitat a permis de mettre fin à la propagation des maladies.

 05.05.2021, 08:00
Les îlots avec cour sont caractéristiques de la grande politique sociale de la ville de Vienne des années 1920-1930.

S’il est encore trop tôt pour identifier précisément les effets de la crise sanitaire du Covid-19 sur nos habitats, il ne fait presque aucun doute que celle-ci aura un impact tangible. «Contrairement à d’autres sciences, l’architecture a un temps de réaction assez long face aux crises», souligne d’emblée Luca Ortelli, professeur et responsable du Laboratoire de construction et conservation (LCC) à l’EPFL.

Au début du XXe siècle, les gens s’entassaient dans des logements obscurs exigus et peu ventilés favorisant la propagation de maladies. ©dr

 

Il faut ainsi attendre la fin des années 1920, rappelle-t-il, pour voir l’habitat répondre aux pandémies successives de choléra (fin du XIXe et début du XXe siècles) et de grippe espagnole (1918-1920), sans parler de l’afflux des gens vers les villes dans le sillage de la Première Guerre mondiale. Ces différentes crises ont montré les limites des villes du XIXe siècle. Celles-ci ne sont pas parvenues à absorber l’exode rural engendré par le boom de la révolution industrielle. Résultat: les taudis ouvriers se sont multipliés, entraînant promiscuité et insalubrité, véritable poudrière pour la propagation de maladies.

Inégalités sociales et spatiales

On assiste alors à «une prise de conscience face aux inégalités sociales et spatiales dans l’habitat», explique Luca Ortelli. «On considère que le logement constitue un minimum vital et qu’il faut le rendre accessible autant pour la bourgeoisie que pour la classe ouvrière.» C’est en 1929 à Francfort, en Allemagne, lors du 2e Congrès international d’architecture moderne (CIAM) – le premier a eu lieu un an avant à La Sarraz, dans le canton de Vaud – que se matérialise cette nouvelle approche de l’habitat sous la forme notamment des «Siedlungen».

Dans la «Werkbundsiedlung Neubühl» de Zurich les jardins alternent avec les bâtiments agencés perpendiculairement à la route, pour se protéger de la poussière et du bruit de la circulation. ©Walter Mittelholzer

 

Ces colonies d’habitations, en français, consistent en une succession de logements du même type et proches d’espaces verts publics ou de jardins collectifs les séparant de l’agglomération urbaine. En outre, tous les logements bénéficient d’une ventilation naturelle, de chambres à coucher séparées, d’une bonne luminosité, de l’ électricité , d’une cuisine ou encore de sanitaires. «Ces équipements paraissent évidents aujourd’hui, mais il faut se souvenir qu’à l’époque, plusieurs familles partageaient bien souvent un même appartement et une seule toilette!» précise ce spécialiste de l’histoire de l’architecture.

Zones de verdure pour tous

Ce nouveau type d’habitat caractéristique de l’entre-deux-guerres se développe essentiellement à Francfort et à Berlin, en Allemagne et, dans une moindre mesure, à Zurich. La ville de Vienne, en Autriche, connaît quant à elle une explosion des «Höfe», une variante locale des «Siedlungen». Dans ce cas, il s’agit d’immeubles s’organisant autour d’une vaste cour (ndlr: «Hof» en allemand) avec des zones végétalisées et toute une gamme de services visant à améliorer le quotidien des habitants, tels que laveries, cabinets médicaux, bibliothèques ou encore garderies.

Il y avait une réelle volonté politique de prioriser la question du logement social!
Luca Ortelli, professeur et responsable du Laboratoire de construction et conservation (LCC) à l’EPFL

La raison du succès de cette révolution de l’habitat dans les régions germanophones tient à tout sauf au hasard. «Il y avait une réelle volonté politique de prioriser la question du logement social!» insiste Luca Ortelli. Et de rappeler que l’interventionnisme du gouvernement social-démocrate de la capitale autrichienne, celui qu’on a surnommé «Vienne la rouge», a permis par exemple de construire plus de 60 000 logements en à peine une dizaine d’années. Ces derniers restent d’ailleurs toujours aussi prisés à l’heure actuelle, avec parfois des listes d’attente, confie l’architecte.

Crise climatique

Mais ces expériences s’arrêtent avec la Seconde Guerre mondiale. Après le conflit, les destructions massives provoquées par les bombardements incitent surtout à reconstruire rapidement. Le boom économique des trente glorieuses soutiendra cette démarche. L’habitat prend alors essentiellement deux voies: les grands ensembles d’une part et les lotissements de maisons individuelles d’autre part – celles-ci représentent aujourd’hui trois habitations sur cinq en Suisse.

Pour autant, le modèle de la villa est plus que jamais remis en question par les enjeux environnementaux. D’ailleurs, davantage encore que le Coronavirus, c’est la crise climatique qui, selon Luca Ortelli, va imprimer un changement profond sur nos cadres de vie au cours de la prochaine décennie.

 

Cet article peut être lu dans notre magazine «Votre Habitat» en cliquant sur la couverture ci-dessous.

L’influence de la cité-jardin

Le modèle d’habitat qui émerge durant l’entre-deux guerres dans les régions germanophones s’inspire fortement de la cité-jardin. Développé par le sociologue britannique Ebenezer Howard à la fin du XIXe siècle, ce modèle urbanistique cherche à combiner les avantages de la ville avec ceux de la campagne. Ses principes sont les suivants: pas de spéculation sur le terrain, croissance contrôlée, densité limitée du bâti, ceinture agricole pour alimenter la ville en nourriture ou encore équipements et services publics concentrés au centre-ville. La localité de Letchworth, au nord de Londres, a concrétisé ce concept. Celui-ci a ensuite été exporté dans le reste de l’Europe et adapté selon les endroits.


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