Santé

Votre petit enfant parle peu ou mal. Est-ce normal et comment enrichir son vocabulaire?

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Bla, bla, bla... A quoi les parents doivent-ils être attentifs pour favoriser le développement du langage de leur enfant, quand celui-ci a moins de 3 ans? Suivez le guide.

  10.02.2021, 11:27
Parlez à votre enfant à chaque interaction. Expliquez-lui vos gestes, parlez-lui de vos émotions, des textures qu'il peut sentir, etc.

La chose peut sembler évidente, mais pour qu’un enfant se mette à parler, il faut… lui parler en retour. Cela fait partie des besoins fondamentaux des tout-petits, comme nous l’explique Jasmine Purnode, logopédiste responsable du Centre pour le développement et la thérapie de l’enfant et de l’adolescent, à Sion: «Il arrive que certains parents consultent car leur enfant ne parle pas à l’âge de 2 ou 3 ans; ils attendent que ce dernier sache parler pour avoir une interaction langagière avec lui, alors que le langage se développe dans le sens inverse: le parent est le premier modèle de l’enfant.»

200 à 400 mots à 3 ans, c’est normal

Si la parole se met en place jusqu’à l’âge de 5 à 7 ans, certains repères permettent de déterminer si le développement se fait normalement ou non. «On estime qu’un enfant de 3 ans utilise entre 200 et 400 mots», explique la logopédiste. La norme pédiatrique est fixée en fonction de l’interaction que l’enfant entretient avec les adultes: «S’il ne parle pas et n’est pas compris à l’extérieur de sa famille – par quelqu’un rencontré au magasin, par exemple – alors il est légitime de s’interroger.»

Les raisons d’un éventuel retard de langage peuvent être multiples: «L’enfant peut imiter quelqu’un d’autre, vouloir (inconsciemment) rester petit, manquer de mobilité au niveau de la structure de la bouche (langue, lèvres, joues), voire présenter une surdité», détaille Jasmine Purnode.

Il arrive aussi parfois que l’entourage peine à s’ajuster au rythme de l’enfant: «On ne parle pas à un enfant de 5 ans comme à un de 3 mois ou de 8 ans. Avec les tout-petits, on réduit naturellement le rythme et la longueur de ses phrases, on utilise une autre intonation. Plus l’enfant grandit, plus la structure se complexifie. Or, si cet ajustement ne se fait pas, il peut arriver que l’enfant présente des retards de langage.»

Dans ce cas de figure, si les parents constatent une absence d’évolution, ils peuvent se tourner vers le pédiatre ou un logopédiste, «pour être rassurés ou recevoir des conseils; pas forcément pour que l’enfant soit suivi», précise la spécialiste.

Privilégier des interactions conscientes et bienveillantes avec l’enfant

Encourager un enfant à parler passe donc par son propre langage. Verbaliser les émotions que l’on ressent lors des échanges avec lui, nommer ce que l’on voit, entend, goûte, etc. «Le langage s’installe aussi à travers l’expérience du corps», explique Jasmine Purnode. «Les moments d’échanges physiques sont très importants. Quand on habille un bébé, nommer les membres (en disant, par exemple: «Tu me tends le bras») lui permet de prendre conscience de son corps dans l’espace.»

Le mouvement et l’alimentation ont également un rôle à jouer: «Manger solide muscle la bouche de l’enfant. Il entraîne sa langue, son souffle, etc., des éléments primordiaux pour le développement du langage.»

De même, comprendre que le langage répond à un ordre et à des limites de syntaxe est aussi un moyen d’accepter et de respecter celles qui seront posées par les parents dans l’éducation. Tout en se souvenant qu’un enfant demande du temps. Il faut lui en consacrer pour l’aider à développer son langage: «En lui laissant un temps de latence pour répondre, ce qui peut durer quarante-cinq secondes à une minute! Ou en prenant le temps d’une lecture du soir (avec des livres adaptés, disponibles dans les nombreuses médiathèques valaisannes) ou de jeux de coopération ou de société.»

Un enfant ne fait pas exprès de mal parler. «Il est donc inutile de le gronder ou de le faire répéter plusieurs fois par jour le même mot. Si un parent est trop exigeant sur le langage ou l’articulation, cela peut provoquer un stress qui peut entraîner à son tour un bégaiement.»

L’important? Répondre avec un feed-back correctif, «soit reformuler la phrase de l’enfant de la manière correcte. Ou lui demander d’essayer de s’exprimer correctement dans le cadre du jeu, et non pas de faire cet effort toute la journée.» Les jeux de rôle, par exemple, offrent des situations souples qui permettent d’enrichir le champ lexical.

Les écrans, à cet âge, sont inutiles

Jasmine Purnode l’affirme, durant les trois premières années de la vie, l’usage des écrans n’apporte rien au développement du langage, n’en déplaise aux jeux et applications qui promettent le contraire. «Placer un enfant devant un écran ne répond qu’à un besoin de calme du parent. Durant la petite enfance, tout ce dont l’enfant a besoin est disponible dans sa relation avec les autres, qu’il s’agisse des adultes ou de ses pairs. Un écran n’a jamais souri ni proposé une interaction, or c’est précisément ce qui permet à l’enfant de savoir s’il est dans le juste ou pas.»

A lire aussi : Les smartphones sont mauvais pour le développement du langage de votre bébé

Le parent est le premier modèle de l’enfant. L’interaction doit être unique et authentique, avec un véritable échange de regards.
Jasmine Purnode, logopédiste responsable du CDTEA de Sion.

Le parent peut d’ailleurs interroger sa propre utilisation: «Il faut que l’interaction avec l’enfant soit unique et authentique, avec un véritable échange de regards. Si l’adulte utilise son téléphone quand il joue avec l’enfant, ce dernier n’est plus au centre de l’interaction, ce qui peut avoir des répercussions importantes sur son développement.»

L’Association romande des logopédistes diplômés propose des brochures téléchargeables à l’intention des parents, pour aider votre enfant à développer son langage, quel que soit son âge.

Le port du masque des adultes, un frein au développement?

Dans la communication, le non-verbal revêt une grande importance: «Le petit enfant perçoit les interactions par la bouche, mais aussi à travers les mimiques, les yeux, les changements d’intonation, etc. Dès lors, des répercussions du port du masque sur l’apprentissage du langage sont à prévoir, mais je ne pense pas que les enfants auront un langage différent à l’âge adulte», explique Jasmine Purnode. «Ils voient d’ailleurs leurs parents et leurs pairs sans masque et ont une capacité d’adaptation impressionnante. Ils vont observer le haut du visage, les mots exprimés, le ton des interlocuteurs, etc.»
Les masques transparents – moins protecteurs que les autres – restent cependant utiles, «particulièrement pour les sourds et les malentendants, pour qui la lecture labiale est essentielle».

 

Conseils pratiques

 

  • Parlez à votre enfant dès que possible.
  • Nommez les actions, les objets, les personnes, les émotions qui l’entourent.
  • Jouez, lisez, chantez avec lui. Explorez les environs, proposez des jeux de rôles (marionnettes, maison de poupées, etc.)
  • Adaptez votre langage et votre intonation à l’âge de l’enfant, en complexifiant progressivement vos phrases (dire «faire dodo», puis «dormir», quand il est plus grand).
  • Mettez-vous à sa hauteur, parlez un peu plus lentement, en le regardant dans les yeux, avec bienveillance.
  • S’il fait une erreur, attendez qu’il ait fini sa phrase et répétez correctement ce qu’il vient de dire.

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