Eduquer son enfant en pleine nature? Un exemple réussi à Genève

Éveiller les enfants à la nature, pour les aider à pousser droit? En faire des adultes plus connectés à l’état de la planète? L’idée gagne du terrain. Illustration dans le canton de Genève, où une crèche associative accueille les petits dans les bois.
26 août 2021, 08:00
/ Màj. le 26 août 2021 à 14:42
Prônant la pédagogie par la nature, l’association l’Éveil en forêt gère une écocrèche située à Dardagny, près de Genève, une région riche en biodiversité.  Axelle de Russé
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 Gare de Genève-Cornavin, quai numéro 5, 8h30. Chaque jour, des parents arrivent à pied et à vélo pour laisser leurs enfants aux éducateurs de l’association Éveil en forêt. Direction la commune rurale de Dardagny et une éco-crèche en pleine nature. 

Ici, on ne va pas dehors, on vit dehors, sans eau courante ni électricité… et avec des toilettes sèches. 

L’herbe est encore gelée - nous sommes au cœur de l’hiver qui précéda le confinement - quand les douze enfants s’installent en demi-cercle autour du feu, un thermos de tisane à la main. On respire encore à l’air libre, sans masque.

 José, l’animateur, entonne la comptine de bienvenue. Emmitouflés dans leurs vêtements imperméables, chaussures tout terrain aux pieds, les bambins âgés de 2 ans et demi à 6 ans sont prêts à passer la journée sur ce terrain boisé, coincé entre un coteau escarpé et l’Allondon, une petite rivière. 

La zone est un espace naturel protégé, riche en biodiversité, avec pour seuls voisins les moutons et les chevaux du pré d’à côté.

Mise au vert

«1, 2, 3, partez !» José lance un jeu de course. L’encas matinal est suivi d’une activité physique pour éviter l’engourdissement. 

 Ici, pas de jouets en plastique, on fait avec ce qu’on trouve. Nicolas tape joyeusement sur une vieille casserole, ce qui lui serait sans doute reproché dans une crèche traditionnelle. 

Émilie revient en traînant une branche, son trésor du jour, pendant que Simone entasse des trouvailles. Lichen, bouts de bois, plantes lui serviront à fabriquer une couronne végétale. 

«Le contact avec la nature permet de développer de véritables passions »
Charles de Planta, le directeur de l’éco-crèche.

 

Attentive, la fillette apprend à faire des nœuds par la même occasion. Une fois descendue de son arbre, Victoria ne lâche plus son livre. «Le contact avec la nature permet de développer de véritables passions: Victoria connaît déjà le nom de très nombreux arbres et veut maintenant tout savoir sur les champignons», commente Charles de Planta, le directeur de l’éco-crèche. 

À 5 ans, la fillette fréquente les lieux cinq jours par semaine, ce qui est plutôt rare. Les enfants ne viennent généralement que deux ou trois fois en complément d’un autre mode de garde. Les conditions météo en hiver sont exigeantes, même l’équipe pédagogique ne travaille pas à plein temps.

  

Parmi les rituels de la journée, celui qui voit les enfants regroupés autour d’un feu de camp : l’occasion pour eux de découvrir comment se réchauffer en l’absence d’électricité. Axelle de Russé

  L’association accueille aussi les écoliers de 4 à 6 ans le mercredi. Si certains préfèrent l’écocrèche - «parce que c’est beaucoup moins long qu’à l’école et qu’on découvre de nouvelles choses» -, d’autres apprécient d’être en classe avec leurs copains de quartier. 

Les journées s’écoulent ainsi entre promenade, escalade du coteau avec une corde ou descente en tyrolienne. Après un déjeuner végétarien, les plus petits feront la sieste à l’abri dans la roulotte pendant que les plus grands se contenteront d’une activité calme (sans casseroles !).

À 16 heures, chacun retrouve ses parents en gare de Genève.

 La nature, une crèche magnifique

Au menu de la matinée, une séance d’escalade permet de renforcer endurance, motricité et confiance en soi. Axelle de Russé


 Skovbørnehaven danois, Waldkindergärten allemands, forest schools britanniques, les jardins d’enfants et les écoles du dehors ont essaimé en Europe depuis leur apparition il y a un siècle, en Scandinavie. 

En Suisse, chaque canton est libre au niveau éducatif même si la partie alémanique  concentre ce genre d’alternatives. 

Première de son genre en Romandie, l’éco-crèche de Dardagny fait des émules à Genève, mais elle est la seule subventionnée. 

Ses tarifs sont ceux du secteur public et varient selon le revenu des familles. Les seize places sont pourvues chaque année et la pandémie de Covid-19 n’a pas gonflé la liste d’attente, contrairement à ce qu’on pourrait croire.

 L’association Éveil en forêt rassemble des parents aux motivations diverses, plutôt aisés mais pas seulement. Certains ont fait du scoutisme dans leur jeunesse et souhaitent que leur enfant connaisse ce contact rapproché avec la nature. 

D’autres sont sensibles à la dimension d’éducation à l’environnement. Le père de Tessa, 3 ans et demi, trouve que la nature est «une crèche magnifique», bien plus à son goût que celle que fréquentait sa fille, perchée au 6e étage d’un immeuble en ville.

 "La meilleure école du risque"

 

En pleine nature, les enfants multiplient observations et découvertes qu’ils peuvent confronter avec des manuels classiques. Axelle de Russé

Les bénéfices d’une enfance au grand air sont connus : meilleure motricité, endurance, attention, conscience de soi, créativité, autonomie… 

«Cela donne à l’enfant un autre rapport à lui-même, aux autres et à l’environnement qui l’entoure», résume la psychologue Sarah Wauquiez, spécialisée dans l’éducation par la nature. 

 Être dehors par tous les temps aiguise les sens confrontés au froid, à la pluie, et grimper dans un arbre nourrit la confiance en soi, permet d’apprendre ses limites. Jouer dehors est, selon Sarah Wauquiez, «la meilleure école du risque.» 

 Construire une cabane à plusieurs, demander de l’aide pour passer le ruisseau impose coopération et communication. Les éducateurs constatent d’ailleurs que les conflits sont rares entre les enfants.

Depuis le déconfinement, je sens un vrai intérêt pour l’apprentissage dans la nature
Ruth Joiner

 Les écoliers de 4 à 6 ans qui fréquentent la structure le mercredi sont plus concentrés en classe et acceptent plus facilement le cadre posé. Cette relation organique à l’environnement nourrit aussi un rapport «plus sain» à ce qui est «sale» ou «propre», estime Sarah Wauquiez. 

 En attendant les forêts urbaines...

Un atelier pour apprendre à réaliser des couronnes permet aux enfants guidés par l’animatrice de développer leur créativité en utilisant les ressources que l’environnement immédiat leur apporte. Axelle de Russé

Toute l’année, l’écocrèche de Dardagny accueille des étudiants, des enseignants et des professionnels de la petite enfance, dont de nombreux Français en quête d’un autre modèle. Mais quels adultes deviendront ces enfants? Auront-ils conscience, comme l’espère Annick, la mère d’Émile et de Léon, qu’ils ne sont pas «au centre du monde»?

 Il en faudra plus pour changer notre rapport au vivant, estime le philosophe italien Emanuele Coccia, auteur de Métamorphoses (éd. Rivages) et maître de conférences à l’EHESS, à Paris. «Une éducation un peu brute, en prise avec la nature, peut donner naissance à des individus qui ne se laisseront pas piéger par les discours romantiques de l’écologie. 

Mais plutôt que de sortir de la ville, construisons des cités moins minérales, où les écoliers pourraient explorer la faune et la flore sur place. On ne le fait pas car on suppose que l’habitat naturel est toujours à l’extérieur de la ville.» 

Cela permettrait pourtant à davantage d’enfants de créer un lien avec les plantes et les animaux. En attendant les forêts urbaines, les aventuriers de Dardagny sautent dans les flaques d’eau sans se soucier du lendemain.

Adélaïde Robault/Le Figaro

 

Pour aller plus loin:

 Emmenez les enfants dehors !, de Crystèle Ferjou, avec Moïna Fauchier-Delavigne, Éditions Robert Laffont, 180 p.,