Santé
 17.03.2020, 20:00

Comment parler du porno à ses enfants?

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Il est important d'oser en parler avec vos enfants.

Santé sexuelle Certains enfants ont accès à la pornographie dès la 6H. La consommation de ces contenus n’est pas anodine et peut parfois poser problème.

Vous pensez que votre enfant n’a ou n’aura jamais accès au porno? Vous faites fausse route. «Tous les jeunes ont un jour été confrontés à de la pornographie», soutient Fabienne Bitschnau, éducatrice en santé sexuelle au centre SIPE, «mais tous ne l’ont pas forcément consommée de manière volontaire.» Comment un jeune tombe-t-il sur des images à caractère pornographique? Que comprend-il de ces contenus et cela influence-t-il sa vie sexuelle? Comment les parents peuvent-ils ouvrir le dialogue à ce sujet? Voici quelques éléments de réponse.

Un accès pas toujours volontaire, mais à un très jeune âge

«Lors de nos interventions dans les écoles, on constate que certains enfants ont déjà eu accès à de la pornographie en 6H. Ils ont alors entre 9 et 10 ans. Ce sont plutôt des situations isolées, mais qui touchent les deux sexes, dès le cycle», note Fabienne Bitschnau.

Les réactions face à la pornographie diffèrent selon l’âge. Les plus jeunes sont souvent choqués par ce qu’ils découvrent (ils ne comprennent et ne soupçonnent pas le monde de la sexualité, et donc, du porno) et vont poser beaucoup de questions en utilisant des termes dont ils ignorent la signification.

Les adolescents, qui découvrent leur sexualité, se serviront quant à eux de la pornographie pour définir une «norme» concernant la taille de leur pénis, la durée des rapports ou les pratiques auxquelles s’adonner.

Certains enfants accèdent à ces contenus sans le vouloir par le biais de «pop-up», car ils sont de grands consommateurs de films ou de jeux vidéos en streaming. Une autre partie d’entre eux visualisent ce type d’images avec des jeunes plus âgés, dans le contexte de camps associatifs ou sur des places de jeu, par l’intermédiaire de plateformes consacrées à la pornographie.

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«Aujourd’hui, ces vidéos sont encore plus accessibles grâce aux smartphones», fait remarquer Emilie Gélinas, diplômée en sociologie à l’Université du Québec, à Montréal. «Or, selon l’étude JAMES et MIKE (jeunesetmedia.ch), 25% des 6-7 ans ont un téléphone portable, 62% des 10-11 ans, 99% des 12-19 ans.» Ce qui fait dire à Fabienne Bitschnau «qu’à partir du moment où un parent donne un téléphone portable ou un accès internet à son enfant, il  lui faut ouvrir le dialogue au sujet de la pornographie. Expliquer que ça existe, qu’il peut tomber dessus. Et le faire avant l’adolescence, car à ce moment-là, le dialogue devient plus difficile car la pornographie peut être en lien avec la masturbation et touche alors l’intimité du jeune.»

Quels sont les risques à visualiser de telles images?

Si la pornographie ne semble pas entraîner de changement important quant à l’âge moyen du premier rapport sexuel, elle induit vraisemblablement une évolution dans les expériences des jeunes.

Emilie Gélinas souligne que «la quantité des contenus disponible est immense, cependant, l’on constate l’omniprésence d’une même représentation, c’est-à-dire un schéma de mise en scène de la sexualité où il y a une prédominance du plaisir masculin, une absence d’interaction sociale et une présence de stéréotypes sexuels bien définis.»

Un avis partagé par Fabienne Bitschnau: «La question du consentement est absente de la pornographie. Une fille qui dit non dira ensuite oui. La notion du refus n’est alors plus évidente et peut passer pour un préliminaire.»

Les jeunes ne sont pas outillés pour comprendre la différence entre le réel et la fiction. Il faut les aider à développer leur esprit critique.
Emilie Gélinas, Sociologue à l’Université du Québec, à Montréal

En se référant aux scènes qu’ils ont vues, les jeunes tentent de reproduire des comportements qu’ils croient être la norme, avec tous les risques psychosociaux (envoi de photos dévoilant son intimité) ou sanitaires (absence de protection) qui en découlent et peuvent entacher le respect qu’ils témoignent à leur partenaire ou vis-à-vis d’eux-mêmes. «En se basant sur ces représentations, les garçons sont persuadés qu’ils doivent être forts, tenir longtemps; les filles, qu’elles doivent crier ou que la fellation fait forcément partie des préliminaires», illustre Fabienne Bitschnau.

Faire la distinction entre la fiction et ses propres valeurs

Dans la majeure partie des cas, la consommation des jeunes demeure toutefois «normale». Les choses peuvent se compliquer s’il devient impossible pour eux de se masturber sans support pornographique. «Une consommation régulière appauvrit les ressentis et l’imaginaire sexuel, ce qui entraîne un manque de connaissance du fonctionnement de son corps et peut engendrer des difficultés érectiles ou éjaculatoires et un manque de désir sexuel», explique Fabienne Bitschnau.

Pour Emilie Gélinas, «les jeunes ne sont pas outillés pour comprendre la différence entre le réel et la fiction. Il faut les aider à développer leur esprit critique, afin qu’ils ne soient pas des éponges face à ces représentations. Nous devons les informer sur l’origine de la pornographie, l’intention des producteurs, la représentation intrinsèque de la sexualité qui est encouragée à travers ces films, pour qu’ils aient une vision plus clairvoyante de la chose. Ainsi, ils pourront choisir si cette représentation correspond aux valeurs qu’ils veulent encourager personnellement.»

Pour en savoir plus

Plus d’informations auprès des centres SIPE.
Emilie Gélinas devait proposer une conférence intitulée «Pornographie, représentations et influences» le 24 mars à l’aula de la Tuilerie à Saint-Maurice, et le 26 mars à l’aula FXB à Sion, à l’intention des parents, des éducateurs et des enseignants. Le rendez-vous est malheureusement annulé en raison des directives contre le coronavirus.
Le site ciao.ch s’adresse aux jeunes de 11 à 20 ans: des spécialistes répondent aux questions des adolescents. Le site propose aussi des forums entre jeunes. Les parents peuvent y découvrir les possibles interrogations de leur enfant.
Anne de Labouret et Christophe Butstraen ont écrit un livre qui fait actuellement référence, «Parlez du porno à vos enfants avant qu’internet ne le fasse», aux Editions Thierry Souccar.

 

Quand et comment évoquer la pornographie avec les enfants?

  • Parlez-en avant l’adolescence et dès que l’enfant a accès à internet ou dispose d’un smartphone.
  • Expliquez que cela existe et évoquez les contextes dans lesquels ils peuvent tomber dessus.
  • Utilisez des supports (livres, vidéos, etc.) qui en parlent.
  • Evoquez la notion de consentement, des manques dans les scénarios pornographiques.
  • Aidez les jeunes à distinguer la réalité de la fiction.
  • N’oubliez pas la notion de santé sexuelle (comment se protéger, se respecter, etc.)

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