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Comment bien apprendre? Les pistes des neurosciences

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éducation Nous en savons toujours plus sur comment notre cerveau appréhende le savoir. de quoi en tirer quelques leçons pour améliorer ses techniques d’apprentissage… à condition de tordre le cou aux fausses croyances.

  17.11.2019, 08:00
Il y a mille façons d’apprendre. Cette capacité, présente tout au long de la vie, est l’une des caractéristiques propres à l’être humain.

De manière intuitive, inconsciente, au prix de nombreux efforts, par cœur ou pour le plaisir… il y a mille et une façons d’apprendre. Cette capacité, présente tout au long de la vie, est l’une des caractéristiques propres de l’être humain.

L’acquisition de nouveaux savoirs nous permet de nous adapter au monde, et ce, dès le plus jeune âge. Les neurosciences s’intéressent de plus en plus à l’apprentissage, un phénomène très complexe sur lequel pèsent de nombreuses fausses croyances, comme l’explique Emmanuel Sander, professeur à la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation de l’Université de Genève (UNIGE) et co-auteur d’un ouvrage sur la question*: «Apprendre ne se résume pas à mémoriser, mais recouvre de nombreux processus ayant trait au raisonnement, à la perception, la compréhension, au langage, à l’abstraction, à la logique, notamment.»

Ainsi, et contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, le cerveau est sollicité dans sa globalité lorsque nous apprenons.

Tirer profit des dernières connaissances scientifiques sur le sujet permet d’optimiser nos stratégies d’apprentissage, mais aussi de battre en brèche les idées reçues et d’ouvrir ainsi de nouvelles perspectives.

Point de déterminisme

 À cet égard, tout fatalisme devrait être écarté. L’idée selon laquelle il y aurait un âge précis pour tel ou tel apprentissage ou que tout se joue avant tel âge sont des mythes tenaces. Le Pr Sander est pourtant formel: «Il n’est jamais trop tard pour apprendre!»

Certes, la densité de matière grise – qui contient les neurones – augmente durant la jeune enfance pour décroître à partir de la puberté, mais cette baisse de densité n’est pas uniforme sur l’ensemble du cortex. La maturation de ce dernier suit en effet des temporalités différentes selon les régions cérébrales.

«Apprendre ne se résume pas à mémoriser mais recouvre de nombreux processus ayant trait au raisonnement, à la perception, la compréhension notamment.
Emmanuel Sander, professeur à la faculté de psychologie et des sciences de l’éducation de l’université de genève

Aussi, il a été démontré que les apprentissages favorisent la création de nouvelles synapses, d’où l’idée d’une certaine plasticité cérébrale. Des travaux sur le vieillissement cognitif ont par ailleurs montré qu’il était exagéré de parler d’un déclin cognitif généralisé: «Avec l’âge, nous développons d’autres stratégies cognitives pour compenser une possible déficience dans certains processus», explique le Pr Sander.

Même si elles varient  selon les domaines, nos capacités d’apprentissage restent importantes tout au long de la vie, à condition de connaître quelques principes.

Le multimodal

Le désir de performance et la tendance de l’être humain à vouloir catégoriser les gens ont fait naître la théorie des styles d’apprentissage. Selon cette dernière, un individu seraitsoit visuel, auditif ou kinesthésique, et apprendrait donc mieux si on lui présente une matière sous un mode qui correspond à son style, ce qui appuie certaines pédagogies différenciées.

Pourtant, bien que de nombreuses recherches se soient penchées sur le sujet, aucune étude n’a permis de confirmer la réalité du phénomène. «Au contraire, affirme le Pr Sander, s’appuyer sur une diversité de modalités perceptives est ce qui fonctionne le mieux pour tous, car une même information est enregistrée par différents canaux sur le plan cérébral.»

S’adapter à un mode soidisant préférentiel, comme le prônent certaines méthodes, serait contre-productif et risquerait de rendre la personne moins performante. Il y a plusieurs façons d’apprendre, qui sont souvent plus liées au contenu qu’à l’individu.

«On crée une opposition entre la découverte par soi-même (parfois appelée apprentissage implicite) et la formulation d’un savoir par l’enseignant (parfois appelée apprentissage explicite). Or, précise le Pr Sander, expérimenter les choses soi-même, les observer dans son environnement et se les faire expliciter sont des approches tout à fait complémentaires.

La capacité à verbaliser un contenu est parfois centrale, parfois secondaire. Il s’agit de s’adapter à la situation.»

L’erreur: un Chemin

La stigmatisation de l’erreur est un autre écueil à éviter. Selon les neurosciences, l’erreur est avant tout un écart par rapport aux prédictions et doit être considérée comme un moteur de développement cognitif.

«Elle remet en cause notre réflexion et, en ce sens, est une condition à l’apprentissage, car elle permet des changements conceptuels.» À ce titre, l’apprentissage en groupe, où l’on apprend des erreurs des autres, peut être particulièrement formateur.

L’erreur a également une valeur diagnostique pour l’enseignant, car elle révèle la manière dont l’élève comprend la matière. Une pédagogie différenciée en fonction des erreurs commises peut dès lors se révéler très pertinente.

Tenir compte des émotions de l’élève est une autre voie féconde, comme l’explique le spécialiste: «On a longtemps cru que s’appuyer sur les émotions faisait obstacle à l’apprentissage, mais la curiosité et l’intérêt de l’enfant sont porteurs.»

Reconnaître les émotions qui font barrière à une acquisition, comme l’anxiété face aux mathématiques par exemple, et les réguler, peut aider à la progression des élèves.

Du côté des parents enfin, fractionner l’apprentissage et veiller au nombre d’heures de sommeil de l’enfant sont des mesures utiles et approuvées par la science. Si l’on n’apprend pas en dormant, dormir permet de consolider ce qu’on a appris durant la journée, mais aussi de se délester des informations (ou connexions neuronales) inutiles et donc de les oublier.

Apprendre à lire à son enfant

Lire des histoires à son enfant peut l’inciter à la découverte de la lecture, par le plaisir. Istock

Alors que les ouvrages pour apprendre à lire se multiplient dans les rayons des librairies, les débats sur les méthodes les plus efficaces agitent encore les esprits.

Certains vantent la méthode globale, qui consiste à apprendre à reconnaître visuellement les mots dans leur globalité pour se construire un lexique mental; d’autres la syllabique (ou «b-a-ba»), qui développe la reconnaissance alphabétique des mots.

Mais, selon Danièle Frossard, professeure associée à la Haute école pédagogique du canton de Vaud et spécialiste en didactique du français, «l’une comme l’autre sont dépassées.

Nous recommandons aujourd’hui une méthode mixte, dite aussi méthode synthétique.» Il s’agit d’abord d’éveiller chez l’enfant sa conscience phonologique en s’intéressant aux sons de la langue, à la syllabe – perçue de manière très intuitive –, puis au phonème, la plus petite unité sonore de la langue.

On lui apprend à discriminer oralement les syllabes qui composent les mots, en tapant des mains par exemple, et à repérer un phonème donné dans un mot.

À côté de cela, l’élève mémorise quelques mots simples. Plus tard seulement (3P), on s’intéresse à la façon dont le son se transcrit à l’écrit. Parallèlement, on travaille sur la compréhension des histoires qu’on raconte en classe, sans faire l’impasse sur les moments de lecture plaisir.

«L’idée est de mener de front les différentes composantes de la lecture: les sons, la notion de mots, de syllabes, la connaissance des lettres, l’alphabet, la syntaxe de la phrase, la compréhension de texte, tout en sollicitant les connaissances du monde de l’enfant», souligne Danièle Frossard.

Nourrir sa motivation

Pour que cet apprentissage fondamental puisse avoir lieu, il est important de travailler avec lui sur son projet de lecteur avec des questions telles que: «En quoi est-ce utile de savoir lire?» «Quels horizons cela va-t-il m’ouvrir?» «Qu’est-ce que j’ai envie de lire?» «Comment m’y prendre?» «Lire pour quoi faire: s’informer, s’évader, être plus libre?»

Enfin, les parents ont également leur rôle à jouer: «Il est bon de stimuler l’enfant en lui lisant des histoires, en lui offrant des livres qu’il aura pu choisir ou en l’emmenant à la bibliothèque, en s’intéressant aux traces écrites autour de lui et en le sensibilisant aux différents types de texte (panneaux, recettes, modes d’emploi, documentaires, etc.), mais aussi en lisant soi-même», conclut la spécialiste.

*Les neurosciences en éducation. Mythes et réalités, Ed. Retz, 2018.

Jouer de la musique améliore les apprentissages

Jouer d’un instrument développe l’oreille mais aussi la mémoire, l’attention, la motricité sans compter le gain de plaisir… tant qu’on joue de la musique. Istock

Écouter de la musique, c’est bien. En faire, c’est encore mieux! C’est ce que révèle une étude récente, menée dans une école genevoise par Clara James, musicienne, neuroscientifique et professeure à la HES-SO de Genève. Les élèves, âgés de 10 à 12 ans, étaient issus de tous horizons et n’avaient jamais pratiqué de musique auparavant.

Une part d’entre eux a reçu un enseignement traditionnel de sensibilisation à la musique (écoute, percussions, chant, etc.), tandis que les autres ont suivi le programme «Orchestre en classe», donné par des musiciens professionnels, qui consiste à apprendre, en groupe, à jouer des instruments à cordes (violon, violon alto, violoncelle, contrebasse).

«Une pratique vivante de la musique, où la grammaire musicale est enseignée en cours de route», note Clara James. Au bout de deux ans, les élèves du groupe «Orchestre en classe» ont plus progressé sur le plan cognitif (mémoire de travail, attention, pensée logique, vitesse de traitement de l’information) et sensori-moteur (motricité fine) que les autres.

De plus, jouer en groupe a permis à ces enfants de renforcer l’attention et l’écoute des autres. C’est sans compter tous les bienfaits émotionnels de la musique qui, activant le système de récompense (sécrétion de dopamine et de sérotonine), est source de plaisir, et ceci plus fortement avec une pratique intensive.

«Enseigner la musique dans ces conditions à l’école serait un gain énorme pour tous les enfants, et pas seulement les plus privilégiés», conclut Clara James.


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