Julien Jacquérioz: un théâtre où la société entière est représentée

Le directeur du TLH-Sierre souhaite ouvrir la scène professionnelle à tout le monde, quelle que soit la condition de chacun. Il lance déjà des projets.
13 oct. 2021, 08:00
/ Màj. le 13 oct. 2021 à 08:00
Pour Julien Jacquérioz, «la mission d’un théâtre est d’être un lieu public».

Nommé à la tête du TLH-Sierre en 2019, Julien Jacquérioz a poursuivi dans la voie adoptée par le lieu culturel, qui consiste notamment à faciliter l’accès aux personnes à mobilité réduite. Au-delà de cet aspect lié à la culture inclusive, le comédien-directeur va plus loin, désireux d’ouvrir la scène à tout le monde. «Dans la pratique en amateurs, nous montons des pièces avec une troupe créée pour l’occasion, sous la conduite d’un metteur en scène professionnel. Et, parfois, une personne en situation de handicap prend part au projet, ce qui ne sera pas le cas dans le spectacle que Florence Fagherazzi crée cet automne.»

Dans un registre un peu différent mais allant dans le même sens, le TLH-Sierre ouvre ses portes à une initiative mettant en valeur les comédiens en situation de handicap: au printemps 2022, un minifestival devrait se tenir sur un jour ou deux, à l’initiative d’étudiants de la HES-SO. Plusieurs institutions enverraient une troupe afin d’ouvrir la scène à leurs pensionnaires.

«Ils pourraient ainsi découvrir la réalité d’un théâtre. Ici, nous disposons d’une grande salle et d’une petite salle, situées à plain-pied.»

Ouvrir la scène professionnelle

Julien Jacquérioz souhaite encore développer davantage cette tendance, en lorgnant du côté du théâtre professionnel. «Je trouve qu’il y a un manque d’accès à ce métier. Sur les scènes romandes, il y a peu de mixité, de gens touchés par un handicap. Il y a finalement peu de représentation de la société.» Le rêve du directeur du TLH est de proposer à un groupe de personnes en situation de handicap de suivre des stages pour acquérir de l’expérience afin, par exemple, d’intégrer ensuite une école comme la Manufacture.

«Je trouve que le handicap n’est pas une situation qui dure tout le temps. Cela n’empêche pas de faire du théâtre. On peut mettre en place des mesures pour que le handicap disparaisse. Quand un acteur joue en chaise roulante, il devient comme un autre acteur.»

Ce combat pour une société métissée et représentative lui vient sans doute de sa formation dans le social, effectuée en parallèle à son parcours artistique. «La mission d’un théâtre est d’être un lieu public. Je rêve que ce soit tout à fait normal, que ne soit même plus indiqué le fait qu’un acteur soit en situation de handicap. Mais ça commence à bouger, on propose l’accès à ces gens.»

Pour illustrer son propos, le directeur du TLH-Sierre cite le festival Clin d’œil, qui se tient tous les deux ans en France. «Durant une semaine, il y a des spectacles avec du handicap visuel et auditif. Et quand tu regardes un spectacle avec le langage des signes et que tu ne comprends rien, c’est toi qui te retrouves en situation de handicap!»

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par Joël Jenzer