Art-17 à Sion: fenêtres sur art pour les ados

L’association sédunoise Art-17 veut amener la communauté adolescente à l’art. Début août, elle organisait un camp d’été autour de la rappeuse KT Gorique et de la street artiste Stillo Noir. Immersion.
19 oct. 2021, 08:00
/ Màj. le 19 oct. 2021 à 08:00
Figure de proue du rap helvétique, KT Gorique a distillé ses conseils à des rappeurs et rappeuses en herbe pendant une semaine.

«Ce n’est pas parce que tu rappes vite que tu rappes bien.» En tenue décontractée, sneakers aux pieds, KT Gorique distille ses conseils à une quinzaine d’adolescentes et adolescents disséminés dans l’immense jardin jouxtant la clinique Dis7 dans le quartier de Platta à Sion.

Celle que l’on surnomme «le couteau suisse» passe de binôme en binôme, prenant à chaque fois le temps de répondre aux questions de ces rappeuses et rappeurs en herbe. Certains n’avaient jamais couché une rime, d'autres sont fans de la virevoltante trentenaire dont la cote est montée en flèche ces dernières années. «Faut vraiment que vous comptiez. Les mesures, c’est hyper important. Ça va vous changer la life

Guide plutôt que professeure, KT Gorique est habituée à dispenser ce genre d’ateliers d’écriture. Sollicitée par Anne Guignet-Constantin, présidente de l’association Art-17, l’Octodurienne n’a pas hésité une seconde à donner de son temps. «Ce sont les grands qui m’ont éveillée au rap. A la base de la culture hip-hop, il y a la transmission. C’est pour cela qu’elle est si vivante aujourd’hui», confie-t-elle au détour d’un petit break bienvenu au cœur d’un après-midi studieux.

Des binômes hétérogènes mais réceptifs

Au bout de la semaine, les jeunes âgés de 12 à 18 ans auront composé par duo un morceau de rap. En ce deuxième jour de camp, on en est encore aux balbutiements même si certains vont très vite. A l’instar de Méline, 15 ans, venue de Neuchâtel. Parfaite autodidacte, elle a coutume de rapper seule dans sa chambre. «Ici, j’apprends des trucs pour me perfectionner», lâche-t-elle enthousiaste en scandant sur un beat craché par son smartphone.

Assis près de la piscine offrant une parenthèse rafraîchissante à la pause de midi, Arthur (18 ans) échange avec Behzad et Safa, deux adolescents afghans de 15 ans accueillis au Rado à Sion, un centre pour les mineurs migrants non accompagnés. S’ils ne maîtrisent pas encore parfaitement le français, ils mettent du cœur à la tâche, soucieux de bien faire. «Ils sortent vraiment du lot. Ce sont des ados volontaires, assoiffés, curieux», relève Anne Guignet-Constantin saluant leur parfaite intégration.

Apprivoiser le vide

Venus de Bramois et de Granges, Valentin et Matteo ont sympathisé dès leur arrivée. Installés à la table du repas en terrasse, ils s’escriment sur leur feuille de papier. «Pensez à une image. Puis faites voir la photo au public», leur enjoint KT Gorique adepte de la pensée domino, une image en amenant une autre dans son sillage.

L’exercice a quelque chose de fastidieux pour des jeunes «dopés à la vitesse et aux réseaux» selon les mots de l’infirmière de formation. «Ils ont de la difficulté à appréhender le vide, à gérer l’ennui. Ici on leur montre que pour créer, il faut aussi passer par le néant. Derrière la KT Gorique sur scène, il y a la KT Gorique qui trime.» Le revers d’une médaille dont on ne regarde souvent qu’une seule face, la clinquante.

L’illustratrice Tanya Heidrich alias Stillo Noir a aidé les jeunes du camp à réaliser une gigantesque fresque sur le mur ceignant la Clinique Dis7. © Sabine Papilloud


Des chemins de traverse

Mais ce côté rutilant peut servir d’appât et faire naître des vocations artistiques. «On voit souvent dans notre structure des adolescents qui nagent, en marge des voies toute tracées. On aimerait les sensibiliser au fait qu’il existe des chemins alternatifs pour se réaliser, qu’on peut vivre de sa passion», développe Anne Guignet-Constantin.

La maman de trois grands garçons regrette l’hermétisme cultivé par certaines institutions culturelles. L’art, elle l’emmène donc là où bat le palpitant de ces adolescentes et adolescents. Qui plus tard oseront peut-être pousser à leur tour les portes d’une fondation d’art ou d’un musée. Sans complexe.

«Ce genre d’initiatives, ce sont de petites fenêtres qu’on leur offre, des graines que l’on sème.» L’espace d’une semaine, KT Gorique a joué les pépiniéristes de luxe avec la passion et l’énergie qu’on lui connaît. Celle qui a fait le plein de projets pour survivre à la crise sanitaire a donné à chacun des participants «une raison de charbonner». Et le droit de rêver. Essentiel.

Une association atypique

«Découvrir, créer, essayer, se tromper, recommencer.» Ces mots sont ceux inscrits en lettres d’or sur la page d’accueil du site internet de l’association Art-17. Créée en 2019, elle s’est donné pour mission de «sensibiliser les enfants et les adolescents à l’art et à son langage». Ateliers, expositions, conférences, camps d’été sont quelques-uns des moyens déployés par la présidente Anne Guignet-Constantin et son comité.

L’association a ses quartiers au cœur de la clinique Dis7, un centre de thérapie pour enfants et adolescents ouvert par Anne et son mari Boris, psychiatre, dans le quartier de Platta à Sion. En 2019, c’est l’artiste plasticien François Burland qui avait aiguisé la créativité des participants du camp d’été. En 2021, KT Gorique et Stillo Noir ont repris le flambeau. «On va peut-être passer à un rythme bisannuel. Car c’est devenu une machinerie complexe», confie la fondatrice. Mais pas question pour Art-17 de renoncer à ses ambitions, elle qui fait sienne la maxime d’Albert Einstein: «La créativité est contagieuse, faites-la passer.»


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par Sarah Wicky