Noël 2020: les rendez-vous de la rédaction

Manuella Maury: "Chère Lucie, cette lettre-fenêtre du calendrier devait porter ton nom. C'était nécessaire..."

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rendez-vous épistolaire Une lettre cadeau chaque jour de l’Avent jusqu’au 24 décembre. Pour illuminer une fin d’année très particulière et parce que les mots sont beaux quand ils sont là pour être offerts. La journaliste et présidente du festival Lettres de soie Manuella Maury a choisi de s’adresser à Lucie.

 02.12.2020, 08:00
La lettre de Manuella Maury pour notre calendrier de l'Avent.

Chère Lucie,

Cette lettre-fenêtre du calendrier devait porter ton nom. C’était nécessaire. Lux, la luz, Lucia, la lumière. Il nous en faudrait une tonne cet hiver. «N’allume pas», me dirais-tu, «laisse le temps aux yeux de s’habituer à la nuit». Et tu y ajouterais un chat de gouttière et quelques étoiles dont nous sommes la poussière.

De toutes les rencontres que mes reportages ont glissées dans ma vie, tu es celle qui désormais m’accompagne au quotidien. Peut-être parce qu’en une phrase, avec tes yeux bleu Adjani, ta peau diaphane de princesse révoltée et ta voix de vieille punk nicotinée, tu avais dit, face caméra: «Je n’ai pas peur de mourir, j’ai peur de la mort ambiante.» S’en était suivi l’un de ces trop rares longs silences en TV. Ni le caméraman ni l’ingénieur du son n’avaient cru alors à ta destination: à 23 ans, céramiste, vitrailliste, tu quittais tout pour entrer dans un monastère. «Ça lui passera» qu’on disait autour de toi, «une amourette». Déjà trois ans que tu vis ton appel. Moi j’ignore si tu y resteras. Ce que j’ai su à l’instant où je t’ai vue, c’est que ta quête n’avait peur de rien. Ni de rentrer dans les ordres ni d’en sortir, encore moins d’en recevoir ou d’en donner. Juste la quête d’être en vie pour atteindre les confins de toi-même. Une quête d’absolu à laquelle seuls certains enfants, quelques poètes et les fous ont droit.

«Tout est faux autour de moi. Chacun cherche à s’enfuir. Moi je veux m’affronter.» A l’époque tu étais souvent en colère. L’es-tu toujours autant? Dans le film, il y a ce moment où tu écrases ta clope dans le cendrier et tu dis: «Oui je vais arrêter, mais franchement, y a pire comme renoncement.» J’y pense souvent. Renoncer pour être libre. Accepter le silence, la solitude, le sens, accepter sa finitude. Ou que tu sois, je pense à toi, ma belle Lucie.

A toi, aux moines de Shaolin, à l’ermite de Longeborgne, à Djalāl ad-Dīn Rumi, à Isaac l’Aveugle et à Marguerite Yourcenar qui écrivit ceci dans son «Oeuvre au noir»: «Un jour, Dieu effacera du cœur des hommes toutes les lois qui ne sont pas d’amour. 

Manuella Maury, journaliste, Mase

 

 

Une fenêtre épistolaire à ouvrir chaque jour pour aérer la morosité et combattre les solitudes. En collaboration avec le Festival de la Correspondance Lettres de Soie, Le Nouvelliste propose 24 lettres, comme autant de petites lucioles dans les nuits de fin d’année. Une lettre en guise de cadeau. Peut-être vous y reconnaitrez-vous ? Peut-être fera-t-elle écho en vous ? Peut-être vous donnera-t-elle envie d’écrire 24 lettres à votre tour pour aller de l’Avent.


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