Noël 2020: les rendez-vous de la rédaction
 24.12.2020, 05:30

Concours de contes: Catherine Zufferey remporte le 1er prix

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Concours de contes: Catherine Zufferey remporte le 1er prix

Résultat Le concours d’écriture de Noël lancé par «Le Nouvelliste» a remporté un vif succès. Choisir un ou une gagnante parmi les 160 histoires reçues, émouvantes, drôles ou originales ne fut pas aisé. La rédaction a choisi comme premier prix l’histoire très touchante de Catherine Zufferey, un conte où se mélangent souvenirs, non-dits et beaucoup d’amour.

Les boutons de Mina

Cloîtrée à la maison, elle se décida à trier ses affaires. Ce qu’elle découvrit la laissa sans voix. Ainsi commence l’histoire. OK. Mais il faut, avant de poursuivre, remonter quelques mois en amont, quand «ses affaires» étaient encore celles de Léon. Au début de la première vague: «J’m’en fous, j’ai fait mon temps, qu’elle vienne cette satanée vague!» Elle ne s’est pas fait prier Miss Covid, l’ogresse: elle a balayé illico presto ce grand-père crânement campé au premier rang des personnes à risques.

Lise, elle, la vague l’a juste embarquée dans une lessivée de chagrin puis recrachée sur la grève: elle était alors devenue une héritière. L’unique héritière du chalet de son grand-père: «Signez là. Merci. Au revoir Madame.»

Elle a confié les clés du chalet à une agence. Les locataires d’été se sont succédé. Elle pensait n’habiter là qu’entre deux voyages ou deux amours. Mais la seconde vague, l’automnale, l’a coincée comme elle a coincé plein de gens, là où elle les a surpris.

Elle est dans l’atelier, cette annexe greffée aux madriers du chalet, côté nord. Le sanctuaire de Léon, quasi invisible sous le mélèze qui assaisonne la première neige de ses aiguilles safranées. C’est le seul endroit où elle n’a pas encore fourré son nez depuis le décès de Léon. Les gonds arthrosés de la porte ont résisté un moment. Les chiures sur les carreaux tamisent la lumière qui palpe les outils. C’est la défilade d’une araignée qui a attiré son regard au sol. Elle l’a tout de suite reconnue: combien de fois, enfant, l’a-t-elle réclamée, cette boîte, après la mort de sa grand-mère? Léon a toujours prétendu l’avoir «foutue à la benne».

C’est une ancienne boîte à panettone, haute d’au moins trente centimètres, à peine moins en diamètre, avec en relief des motifs de Noël: demain, elle trouvera sa place sous le sapin sans jurer avec l’ambiance. Léon l’avait donc non seulement conservée mais soigneusement cachée. Elle l’entend pourtant encore grincer entre ses dents: «Des souvenirs d’elle j’en veux pas. Rien. Et t’en as pas besoin non plus. Ta grand-mère, elle avait pas le droit de partir, c’est tout!»

C’était une tronche le Léon. Une tronche truffée de terribles inflexibilités. Il est vrai que Mina lui a tenu tête: «Léon, je veux revoir l’île, elle m’a manqué toute ma vie, ses odeurs, sa langue, la famille. Je ne peux pas mourir sans avoir au moins une fois retrempé mes pieds dans la mer. Juste quelques semaines. Fin juin je rentre, promis, et je commence le traitement…» Il a répondu qu’une femme ne quitte pas son mari comme ça, ne l’a ni embrassée ni regardée quand elle est partie. Mina n’a jamais commencé sa chimio… la mort l’a cueillie là-bas, sur le toit plat, au matin, en train d’étendre du linge.

A genoux dans la sciure, Lise sort la boîte de dessous l’établi, l’ouvre, bouleversée: ils sont là. Elle y plonge ses doigts, phalanges après phalanges. Puis les paumes, jusqu’aux poignets. Elle les brasse, lentement, régulièrement, les soulève, mains en coupelle, puis les relâche en pluie, les écoute retomber, ruisseler, recommence, dix fois, vingt. Ensuite elle les égrène, comme un chapelet profane sans fil, un rituel d’enfance avec lequel elle renoue. Sa grand-mère chérie est dans son dos, penchée sur elle. Lise ne la voit pas, ne l’imagine pas. Mais elle la sent, la respire. Mina la magicienne, la glaneuse de boutons. La gardienne des boutons. Et chaque bouton de cette incroyable collection a son histoire, son histoire de vêtement et de gens qui ont porté ce vêtement. Histoires que Mina transmettait. Elle est à nouveau là cette merveilleuse conteuse qui renversait la boîte en disant «Regarde comme c’est joli un troupeau de boutons qui s’éparpille». Alors Lise, comme autrefois, se met à les trier, les classer. Par couleurs, par tailles, ceux en cuir, en étoffe, en plastique, en métal, en nacre, en corne, en bois, les modestes, les luxueux, les uniques, les usuels, les originaux. Puis elle les remélange, les observe yeux mi-clos: on dirait une plage de petits galets polychromes, polymorphes.

Et soudain elle sait. Soudain elle réalise que Léon, malgré ses airs de gros dur, faisait probablement de même, venait probablement ici tremper ses vieilles mains dans les boutons de Mina, les brasser, les éparpiller puis les remettre dans la boîte secrètement conservée. Pour toucher encore un peu Mina, l’entendre encore un peu. Pour encore un peu l’engueuler d’être partie comme ça. Pour l’aimer encore un peu.

 

Un conte bien mijoté

Cette victoire lui aura coûté un repas cramoisi et une belle engueulade de son mari apeuré par la fumée qui avait envahi la cuisine de leur chalet d’Icogne. Catherine Zufferey a été comme aimantée par la proposition du Nouvelliste d’écrire un conte de Noël.

Ce n’est pas la première fois que la jeune sexagénaire prenait la plume, elle qui a déjà publié des livres pour enfants. «Ecrire, c’est un peu comme un réflexe. Et j’ai d’autant plus écrit durant le confinement notamment des lettres à des connaissances. J’aime le geste manuscrit», explique cette férue de calligraphie qui travaille à la sortie d’un recueil de courts poèmes. 

Dans sa création, il est question d’une mystérieuse boîte à boutons, sorte de madeleine de Proust qui active la machine à souvenirs. Un élément autobiographique pour Catherine Zufferey qui collectionne elle-même ces petites attaches colorées. On m’en donne beaucoup», lâche-t-elle au bout du fil. Comme autant de réminiscences d’êtres disparus. Une histoire de transmission au fond pour la bibliothécaire de formation.


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