Près d’un Suisse sur trois attiré par les théories complotistes

En Suisse, près d’une personne sur trois aurait des penchants pour les thèses conspirationnistes. De plus, en temps de crise, théories du complot et racisme font bon ménage, constate une Commission fédérale. Un phénomène amplifié par les nouveaux médias.
27 sept. 2021, 15:47
/ Màj. le 27 sept. 2021 à 17:41
Ces théories ou "faits alternatifs" sont largement amplifiés par les réseaux sociaux (illustration).

Près d’un Suisse sur trois serait attiré par les théories de conspiration. C’est ce qui ressort d’une enquête représentative effectuée par l’institut Link et publiée ce lundi dans le magazine «Tangram» de la Commission fédérale contre le racisme.




Complots et racisme vont de pair

Les théories du complot et les fausses nouvelles véhiculent les stéréotypes et les préjugés contre des communautés, alimentant le racisme. Grâce à Internet, ces phénomènes sont passés de la marge à la lumière et suscitent craintes et interrogations.

L’historien Claus Oberhauser ouvre le dossier par un décryptage des théories du complot liées au racisme basé sur deux exemples, dont celui de la théorie du grand remplacement, en vogue dans les cercles de l’ultra-droite. Elle affirme l’existence d’un «plan» des élites mondialistes pour «remplacer» les populations et la culture française et européennes par l’immigration, notamment africaine et maghrébine.

«Les théories du complot en vogue aujourd’hui ne tombent pas du ciel. Une longue période de maturation leur a été nécessaire avant de s’imposer dans le grand public. Plusieurs facteurs y contribuent, mais les crises sociales globales jouent là un rôle décisif», souligne l’historien.

Education

Ces théories ou «faits alternatifs» sont largement amplifiées par les réseaux sociaux. «Les milieux complotistes forment un microcosme à part, avec leurs propres influenceurs, canaux vidéo, boutiques en ligne, festivals», explique dans «Tangram» Katharina Nocun, experte en numérique.

Un état de fait qui inquiète la présidente de la CFR, l’ancienne conseillère nationale et conseillère d’Etat genevoise Martine Brunschwig Graf.

Ces instruments mensongers peuvent servir de moteur aux attitudes et discours racistes et cibler les victimes les plus exposées.
Martine Brunschwig Graf, présidente de la CFR

Pour saisir le mal à la racine, il faut se concentrer sur l’éducation aux médias et à la culture numérique, recommande la CFR. Il s’agit également d’effectuer un travail de fond sur le décryptage et la déconstruction des thèses complotistes et des fausses nouvelles.