Les soignants sont les Valaistars 2020


Pour la plupart d’entre nous, la pandémie reste une réalité à la fois omniprésente et lointaine, faite de statistiques et de mesures sanitaires. Pour eux, le Covid c’est un travail au quotidien. Depuis mars dernier, les soignants font tout leur possible pour aider, guérir, soigner ou accompagner chaque patient atteint par le coronavirus. Retour en rencontres et en témoignages sur l’année hors norme de celles et ceux qui ont vécu la crise sanitaire sans aucun filtre.


Patrick Ferrari, Noémie Fournier

 30.01.2021, 05:30

L'édito de Stéphanie Germanier, rédactrice en cheffe adjointe

Merci

Et tout à coup, on a arrêté de les applaudir. De s’en inquiéter, de les plaindre et de les admirer. Tout à coup, ils ne faisaient que leur travail. Tout à coup, on n’était plus très sûrs ou on ne voulait plus savoir s’ils étaient débordés ou indispensables. Tout à coup, on a pensé «c’est dur» et plus «c’est dur pour eux».

Aucun d’entre nous n’a vécu la même réalité que le personnel soignant durant ces deux premières vagues. Dans les hôpitaux. Dans les homes. Dans les CMS. Parce que peu d’entre nous ont été les témoins de leur quotidien. Enfermés auprès des malades, isolés du reste du monde avec les patients. Les infirmier(ère)s, les médecins, les aides-soignant(e)s, les assistant(e)s en soin, les aides à domicile ont traversé le Covid à l’abri des regards, les mains dans la réalité qui ne nous parvient qu’à travers les statistiques.

Nous on a juste entendu et tenté d’imaginer combien c’était dur d’être confronté à la mort si souvent. Comment il était difficile d’avoir peur, au début d’être contaminé, plus tard de contaminer. A quel point c’était décourageant d’envisager que de vagues, il y en aurait d’autres, comme autant de vacances annulées ou d’heures supplémentaires accumulées.

Nous, on ne s’est pas couché le soir, avec dans la tête des visages, des destins et des noms qui résonnent et ne se laissent pas oublier.

Il y a cette fameuse publicité ou des professionnels essentiels disent «De rien, je n’ai fait que mon travail». Aujourd’hui, en vous désignant ValaiStars de l’année, «Le Nouvelliste», ses lectrices, ses lecteurs et le Valais tout entier ont juste envie de vous dire «Merci de n’avoir fait que votre travail». Merci de vous être levés le matin pour aller côtoyer le virus et ses conséquences. Merci de ne pas avoir mangé le midi avec les collègues, au cas où… Merci d’être rentrés le soir et de vous être occupés fatigués des vôtres après avoir tout donné aux nôtres.

Merci parce que sans vous, le monde n’aurait pas seulement tourné au ralenti, il se serait arrêté.

Vous applaudir, c’est pour la galerie. Nous inquiéter pour vous, vous admirer, vous considérer et reconnaître la réalité de votre métier, c’est ce que nous avons désormais envie de faire.

Que cette pandémie soit une piqûre de rappel pour qu’on reprenne tous conscience de votre si essentielle présence. Que l’Etat valorise votre travail qui n’est pas un job comme les autres. Que vos employeurs fassent tout pour vous donner l’envie et la vie qui vous permettra de continuer longtemps à exercer. Que votre dévouement et votre passion inspirent des vocations aux jeunes.

Merci de n’avoir fait que votre travail. Merci de continuer à le faire.

Ils ont vu le Covid en face

À l'hôpital, en EMS ou dans les centres médico-sociaux, ces soignants valaisans ont affronté le coronavirus et témoignent de ce qu’ils ont vécu avec leurs équipes.

Ils sont les ValaiStars 2020, un peu malgré eux. Et pourtant, personne ne méritait plus ce titre cette année. Depuis mars dernier, des milliers de soignants valaisans vont chaque jour au travail pour prendre soin de personnes atteintes du Covid. Ces femmes et ces hommes œuvrent à l’Hôpital du Valais, en EMS et dans les centres médico-sociaux aux quatre coins du canton et se relaient au chevet des malades.

Ils les ont guéris, soignés, soulagés, rassurés ou accompagnés, sans compter leurs efforts et leurs heures. Ils ont fait leur job mais ils ont accompli tellement plus. Face à un virus inconnu en mars, ils sont partis au front malgré les risques pour leur propre santé et celles de leurs proches, avec la crainte d’être eux-mêmes vecteurs du virus. Ils sont alors applaudis aux fenêtres pour leur engagement, jusqu’à ce que la situation se détende. Dans l’insouciance de l’été, personne ne sait que le plus dur est encore à venir.

 

Cinq soignants pour représenter tous les autres. Derrière de gauche à droite: Isabelle Mayoraz (infirmière clinicienne Home Les Tilleuls) et Pierre-Louis Abbet (directeur des soins EMS La Providence)
Devant de gauche à droite: Adriana d'Antonio (infirmière responsable hôpital de Sion), Hervé Schnorkh (infirmier responsable CMS Bas-Valais) et Myrtha Courtion (infirmière cheffe d’unité hôpital de Viège). © Sabine Papilloud

Cinq porte-voix

Fin octobre, la deuxième vague arrive et frappe avec une force inouïe. Les soignants valaisans sont mieux préparés. Ils font du mieux qu’ils peuvent, même si les applaudissements ont cessé et que la lassitude de la crise les gagne eux aussi. Les équipes sont sous pression. Les décès sont nombreux. Il faut malgré tout poursuivre l’effort qui commence à peser. Désormais, c’est l’ombre de la troisième vague et la menace des variants du virus qui planent.

Pour dire ce que les soignants valaisans ont vécu, cinq d’entre eux ont accepté de porter leur voix le temps d’une discussion. Bien entendu, ils ne dévoilent pas toutes les situations et tous les destins individuels malmenés par l’épidémie, mais ils racontent ce qu’ils ont traversé avec leurs équipes. Les difficultés, les doutes et les peurs, mais aussi les leçons, la volonté de bien faire et l’espoir d’une lumière au bout du tunnel.

Ils sont quelques-uns des visages de ValaiStars 2020

 

Première vague, l’improvisation face à l’inconnu

Le 28 février 2020, un premier cas de coronavirus est détecté dans le Haut-Valais. Les soignants plongent dans l’inconnu et se préparent comme ils peuvent à la première vague. Les premières hospitalisations surviennent début mars, et quelques jours plus tard les soins intensifs sont sollicités pour la première fois en Valais. Avec les moyens du bord et des procédures à adapter ou à réinventer, les soignants font face à l’imprévu et à l’inédit.

Entre surprise et improvisation, l’apprentissage de la pandémie est la plupart du temps compliqué. «La première vague a été très difficile. Il fallait tout changer du point de vue organisationnel», explique Myrtha Courtion, infirmière-cheffe de l’unité de soins en médecine interne à l’hôpital de Viège. Son étage est presque immédiatement sollicité pour accueillir des patients Covid. «Il faut décider des gestes à adopter, quel équipement porter en composant avec les doutes sur le virus, sur sa contagiosité et son mode de contamination.»

Nous n’avons pas manqué de protection au point d’hésiter au moment d’entrer dans une chambre.

Adriana D’Antonio, infirmière responsable en chirurgie vasculaire, thoracique et pneumologie à l’hôpital de Sion.

Le tout dans les limites des stocks disponibles. «On devait utiliser le matériel parcimonieusement», ajoute Adriana D’Antonio, infirmière responsable en chirurgie vasculaire, thoracique et pneumologie à l’hôpital de Sion. Les masques doivent servir jusqu’à huit heures, alors qu’ils sont en temps normal changés plus régulièrement. «Mais nous n’avons pas manqué de protection au point d’hésiter au moment d’entrer dans une chambre.»

«Une surprise et une agression» 

L’heure est aussi à l’improvisation dans les CMS et EMS. «C’était chaud. Comme pour tout le monde, on a reçu ordre et contrordre au début de l’épidémie», lance Hervé Schnorkh, responsable aide et soins à domicile pour le CMS du Bas-Valais.

«On a mis les procédures à jour dans l’urgence pour protéger les collaborateurs.» Pierre-Louis Abbet, infirmier-chef directeur des soins à la maison de la Providence de Montagnier, décrit la première vague comme une surprise et une agression. «On suivait les informations en Italie. Nous nous préparions en pensant faire les choix adéquats. On a fermé l’EMS et on croyait être protégés mais l’épidémie est partie en un week-end sur tout un étage de l’établissement. Il y avait une sorte de panique au départ.»

En mars, les situations varient fortement d’une institution à l’autre, d’une localité à l’autre. La première vague frappe durement l’établissement bagnard et en épargne d’autres. Le home Les Tilleuls à Monthey où Isabelle Mayoraz œuvre en tant qu’infirmière clinicienne référente en matière d’hygiène s’en tire mieux. «Même si je désapprouve cette mesure, le fait de fermer rapidement l’EMS nous a sauvés de la première vague.»

Les effectifs malmenés par la deuxième vague

«On s’est formé tout au long de l’été. Si bien que quand la deuxième vague est arrivée on s’y attendait», poursuit Pierre-Louis Abbet, de la maison de la Providence. De plus, le matériel ne manque plus désormais et tout le monde a un peu moins peur du virus. Heureusement, car l’ampleur de ce qui s’abat sur le Valais à l’automne fait passer l’épisode de mars pour une vaguelette. Début novembre, l’Hôpital du Valais accueille plus de 300 patients Covid. Trente-sept lits de soins intensifs sont occupés.

Les équipes sont sous pression comme jamais durant la première vague. «J’étais presque contente pour mon équipe d’avoir pu vivre la première vague. Elle nous a permis d’engranger l’expérience nécessaire.» Le virus est partout en Valais. Le canton est parmi les régions les plus touchées d’Europe.

Et les EMS ne font pas exception. «On se disait que si le virus parvenait à entrer, toutes les personnes de plus de 80 ans allaient décéder», raconte Isabelle Mayoraz. Même si le foyer Les Tilleuls est durement touché, cette prophétie se révèle fausse. «Une dame de 100 ans l’a contracté et n’a fait qu’un jour de température», sourit l’infirmière clinicienne.

Le Covid est très surprenant. Il est difficile de dire qu’à coup sûr un résident en souffre.

Isabelle Mayoraz, infirmière clinicienne au home Les Tilleuls à Monthey

Des comportements sociaux qui changent

La crainte de contaminer les résidents occupe toutefois l’esprit de la grande majorité du personnel des EMS. «Cette peur a engendré des changements de comportements sociaux», assure Pierre-Louis Abbet. «Pas uniquement chez les soignants, mais aussi au service de maison ou en cuisine. Tout le monde a réduit ses contacts.» Isabelle Mayoraz ajoute: «Le Covid est très surprenant. Il est difficile de dire qu’à coup sûr un résident en souffre. Une fois c’est une toux, une fois une diarrhée, une fois un pic fébrile puis plus rien. Alors pour finir on faisait des tests à tout va.»

Deux de nos cinq intervenants ont eux-mêmes contracté le coronavirus, sans développer une forme grave du Covid-19. C’est le cas d’Hervé Schnorkh, tout début mars, probablement au contact d’un patient qui ne se savait pas contaminé. Maux de tête, maux de gorge et enfin pic fébrile, le test se révèle positif. Trop tard. «J’ai probablement infecté trois collègues», soupire le responsable aide et soins à domicile pour le CMS du Bas-Valais.

A en croire nos interlocuteurs, la proportion de soignants malades du Covid apparaît marginale en mars, mais devient problématique avec la deuxième vague. Malgré les dérogations de quarantaine et d’isolement accordées aux soignants sans symptôme, l’absentéisme plombe les EMS, l’hôpital et certains CMS. Les équipes se serrent les coudes pour tenir le choc.

Ils sont quelques-uns des visages de ValaiStars 2020

 

Le choc face à la fréquence et au nombre de décès

Si le Covid nous a tous affectés, les conséquences les plus graves de la maladie et les décès surviennent à l’abri des regards derrière les murs des institutions sanitaires. La mort et la souffrance font bien entendu partie du quotidien des soignants en temps normal. Pourtant, à écouter nos interlocuteurs, le Covid va laisser des traces. «En EMS, des gens meurent chaque année. Mais ce qui était difficile pour tout le monde, c’est le rapprochement des décès. En une matinée trois résidents sont partis», explique Pierre-Louis Abbet. «Il y a eu trois fois plus de décès que d’habitude.»

Un choc susceptible d’ébranler les résidents et les collaborateurs jusqu’à remettre en cause leur vocation. Au home Les Tilleuls, deux jeunes infirmières confient leurs doutes à Isabelle Mayoraz. «Elles m’ont dit qu’elles n’étaient pas faites pour cela. Que quoi qu’elles faisaient les gens mouraient quand même. Je leur ai répondu qu’on n’est pas là pour sauver tout le monde mais pour accompagner les gens du mieux que l’on peut où qu’ils aillent.» Finalement, elles n’ont pas changé de voie.

La triste limitation des visites

Adriana D’Antonio n’a pas perçu ce type de remise en question professionnelle au sein de son service, même si «il y a eu beaucoup plus de décès que d’habitude». L’infirmière a surtout été remuée par les limitations aux visites des familles. Notamment en ce qui concerne les patients en fin de vie. «Ne pas pouvoir dire adieu à quelqu’un, l’entourer comme il se doit, c’est triste. Très triste.» Les tablettes utilisées pour permettre aux malades de voir leurs proches ne pallient pas le contact réel.

En EMS, des gens meurent chaque année. Mais ce qui était difficile pour tout le monde, c’est le rapprochement des décès. En une matinée trois résidents sont partis.

Pierre-Louis Abbet, directeur des soins à l'EMS Maison de la Providence à Bagnes

Des effets imprévisibles et rapides

Myrtha Courtion a quant à elle été marquée par l’imprévisibilité et la rapide péjoration des malades du Covid. «Ça arrive entre le cinquième et le dixième jour. On met ces patients sous oxygène. D’abord 2 litres, 4 litres, puis 10 litres. S’ils ont un statut de réanimation négatif, ils ne vont pas aux soins intensifs. Et voilà. Quelques instants auparavant, on parle encore avec eux et tout à coup plus rien. Quand on a trois ou quatre décès en un jour, il faut arriver à gérer émotionnellement.»

En 2020, selon les chiffres du canton, plus de 600 décès en Valais sont attribués au Covid, dont 307 hors des hôpitaux. «Si les EMS avaient transféré tout le monde à l’hôpital on aurait été débordé», relève Myrtha Courtion en saluant le travail de ses collègues. «Avec les directives anticipées, nous sommes assez au clair de ce que souhaitent les résidents. S’ils ne veulent pas entendre parler d’hôpital et d’intubation, on doit être là pour les accompagner», répond Isabelle Mayoraz. Cette dernière a été bouleversée par la résilience dont ont fait preuve les personnes âgées dans cette crise.

Entre incompréhension et reconnaissance face à l’attitude de la société

Même si les institutions sanitaires valaisannes sont bousculées comme jamais auparavant avec la deuxième vague, le retour des restrictions ne génère plus la même solidarité et le même soutien qu’au printemps. Le semi-confinement vécu comme une expérience collective début 2020 se transforme en entrave insupportable aux libertés pour certains.

Les applaudissements aux balcons ont disparu au profit d’un ras-le-bol généralisé. «Le personnel soignant des EMS ne s’est jamais vraiment senti concerné par cette marque de soutien», remarquent au passage les deux représentants des homes. «Ces encouragements étaient perçus comme destinés au personnel des soins intensifs.»

«Covid? Je connais pas»

A la fin de l’automne, on entend parfois des discours qui vont jusqu’à remettre en cause la gravité des situations affrontées par les soignants sous la pression du Covid-19.

Pour Isabelle Mayoraz, ce décalage entre la perception d’une partie du public et la réalité des EMS et des hôpitaux est compréhensible. «Ils ne sont pas dans notre quotidien. Après la peur, il y a l’acceptation puis la routine s’installe et enfin on aimerait passer à autre chose. C’est tout à fait normal.» L’infirmière clinicienne évitait les discussions et fermait les écoutilles aux nouvelles de la pandémie hors du travail. «Si un ami me demandait comment le Covid? Je répondais: «Covid? Je connais pas», lance-t-elle dans un sourire.

Si je me base sur la quantité de chocolat reçu dans notre CMS, je pense qu’il a une grosse reconnaissance de la plupart de la population.

Hervé Schnorkh, responsable aide et soins à domicile pour le CMS du Bas-Valais.

Du chocolat en quantité

Tous n’y parviennent pas. Pierre-Louis Abbet a pour sa part plus mal vécu ces remises en cause de la crise. «Que certaines personnes me disent que ce n’était pas grave alors qu’on était confronté au problème quotidiennement, ça me donnait le sentiment que l’effort important qu’on fournissait ne pesait pas.» Le directeur des soins sent le besoin de convaincre à chaque conversation en rappelant la réalité du terrain. «Une grande partie des personnes en EMS n’ont pas envie de mourir et ont peur du virus. Le sens des précautions mises en place n’est pas de maintenir la vie à tout prix, mais de faire tout notre possible pour maintenir la vie.»

Hervé Schnorkh n’a rien ressenti de cela. «Si je me base sur la quantité de chocolat reçu dans notre CMS, je pense qu’il a une grosse reconnaissance de la plupart de la population.» Tous ont en tête des petits gestes, des paroles qui viennent parfois des patients eux-mêmes. «Quand un patient quitte l’hôpital en nous disant merci pour nos bons soins, c’est quand même une joie», sourit Adriana D’Antonio.

Ils sont quelques-uns des visages de ValaiStars 2020

 

Le vaccin, le bout du tunnel et l’entraide

«Il faut que cela finisse. Il faut voir la lumière au bout du tunnel et reprendre une vie normale. Voyager. Pouvoir embrasser nos proches. Voir les visages et les sourires des gens qui nous entourent», lance Adriana D’Antonio au moment d’évoquer le ras-le-bol que chacun ressent après presque un an de crise sanitaire. Une envie de passer à autre chose partagée par l’ensemble de nos soignants.

Pour Isabelle Mayoraz, cette lueur d’espoir, c’est le vaccin. «Qu’on soit pour ou contre, il faut garder à l’esprit que les vaccins ont sauvé des gens depuis toujours. Si assez de gens sont immunisés, on s’en sortira.» Une position partagée par Pierre-Louis Abbet et Hervé Schnorkh. Ce dernier espère juste que le produit tienne le coup face à l’irruption de nouveaux variants. «A 80%, je vais le faire», lâche pour sa part Adriana D’Antonio qui a toutefois encore quelques doutes. Sa collègue du Haut-Valais est moins enthousiaste. «Normalement, avec notre position et notre travail, on devrait le faire.» 

Quand on voit quelqu’un remplacer un collègue un matin parce que celui-ci n’avait pas l’air d’aller bien, ça en dit long sur la collaboration et la flexibilité de chacun.

Myrtha Courtion, infirmière-cheffe de l’unité de soins en médecine interne à l’hôpital de Viège

Une cohésion renforcée entre les soignants

Tous sont d’avis que la crise sanitaire a permis de révéler une extraordinaire cohésion entre les soignants. «Avant c’était chaque équipe pour soi. Maintenant on comprend qu’on a besoin les uns des autres», résume Myrtha Courtion. «Quand on voit quelqu’un remplacer un collègue un matin parce que celui-ci n’avait pas l’air d’aller bien, ça en dit long sur la collaboration et la flexibilité de chacun.» Adriana D’Antonio gardera en mémoire notamment le coup de main des infirmiers de la clinique CIC quand son équipe était décimée par le Covid. «L’entraide a fait la différence.»

Dans son CMS, Hervé Schnorkh retiendra que «l’équipe a démontré de grosses capacités d’adaptation. Si nous n’étions pas autant au front que certains, tous ont mis toute leur énergie pour répondre aux besoins des patients à domicile. C’est totalement admirable.» En parlant de son équipe, Pierre-Louis Abbet complète: «Quand on traverse une crise, on subit mais on s’améliore aussi. Nous sommes meilleurs aujourd’hui.»

Quand on leur demande si la crise les a complètement changés? Tous assurent que non. Isabelle Mayoraz concède que cette période lui a donné des envies de changement. La fatigue et les heures supplémentaires ont fini par peser. «Je veux trouver un meilleur équilibre entre vie professionnelle et privée. J’adore les soins, j’adore mon métier, mais je veux plus profiter de ma vie.» Bon nombre de Valaisans seront peut-être dans le même cas quand ce satané virus ne sera plus qu’un mauvais souvenir. 

Ils rendent hommage à leurs anges gardiens

Ils ont été aux premières loges de la lutte des soignants pour la vie. Ces patients ou proches de patients valaisans leur disent merci.

Il est question de maladie. De mort. Et surtout de vie. Certains ont eu une sacrée frayeur. La pire de leur vie. D’autres ont perdu leur âme sœur. L’amour de leur vie. Pour cette vie justement, ces vies, tous ont été témoins de la bienveillance comme de l’obstination des chemises bleues ou blanches. Tous ont été témoins de leur énergie dans leur course contre la montre. Non, contre la mort. Ou plutôt pour la vie. Aujourd’hui, à ce personnel soignant qu’ils comparent à des anges gardiens, ils veulent dire merci. Un merci à vie.  

Un médecin de famille aux petits soins

Valérie Fournier a encore de la peine à souffler. Elle se sent fatiguée. Atteinte du Covid en octobre dernier, la Nendette retient surtout l’hyperdisponibilité de son médecin de famille. «Il me disait que je pouvais l’appeler en tout temps. Qu’il ne fallait surtout pas me gêner.» Cette mise à disposition fait que la patiente «n’a jamais la trouille». Malgré les nombreuses sollicitations de toutes parts, son médecin prend du temps pour elle. Rien que pour elle. «Le stress de la situation n’a jamais déteint sur moi.»

Et puis calmement, quand son état se détériore, il lui explique pourquoi il faut finalement qu’elle se rende à l’hôpital. Sur place, l’attente ne se fait pas trop ressentir comme le personnel hospitalier, visiblement occupé, vient fréquemment s’enquérir de sa santé. Les deux jours qu’elle passera à l’hôpital renforceront l’admiration de Valérie Fournier pour les soignants. «Franchement, à aucun moment je n’ai ressenti la pression ou la fatigue du personnel. Ils ont été exemplaires.»

Une centaine de soignants pour le remettre sur pied

Hervé Rotzetter en était arrivé à renoncer à sa vie. A 56 ans, les poumons pris par ce satané virus, il était incapable de respirer. C’était en mars dernier. Hospitalisé, le Martignerain n’en peut plus. La souffrance était trop grande. Les complications trop fréquentes. En face, les médecins lui demandent de s’accrocher. Ce sont eux qui lui redonnent l’envie de lutter. L’espoir de vivre. Intubé, il vivra un cauchemar. Mais se réveillera. Après cinq semaines. Rapatrié en soins continus, il devra tout réapprendre. A boire. A manger. A respirer. Pour tout cela il est accompagné.

Le témoignage d'un survivant du Covid

Hervé Rotzetter a pu compter sur le personnel soignant. Ce Martignerain de 56 ans a passé plusieurs semaines intubé en soins intensifs avant dix semaines de rééducation pour tout réapprendre. Vidéo et interview: Virginie Maret

Transféré à la Suva, il vivra dix semaines de rééducation. Neurologues, ergothérapeutes, infirmiers, médecins, physiothérapeutes, radiologues, pneumologues se relaient pour qu’il retrouve son quotidien d’avant. Tout ce monde pour un patient. «Je pense que cent personnes se sont occupées de moi.» Ce qu’il leur doit? «La vie. Et la chance de connaître mon petit-fils, né il y a quelques semaines.» Grâce à ces anges en blouse, Hervé Rotzetter peut de nouveau faire de la randonnée, de la raquette et du vélo. La semaine prochaine, après bientôt une année d’arrêt, l’homme retrouvera même le chemin du travail. «Et redevenir ce que j’étais avant, grâce à eux.»

Un téléphone quotidien qui fait du bien

«Zéro faute, sur toute la ligne.» A Granges, Ivana Mitrovic apprend que ses parents sont positifs au Covid la veille de Noël. Elle se dit que ça ira. Qu’il faut passer les sept-huit premiers jours et que le vent tournera. Mais le septième jour, ça ne va pas. Une semaine après c’est pire. Sa maman décide de retourner à l’hôpital. Son papa ne veut pas mais l’accompagne. C’est lui qui y restera plusieurs semaines.

Tous les jours, par téléphone ou par tablette, médecins et infirmiers donnent des nouvelles. Ils ne cachent rien de la situation, quand ça va bien et quand ça ne va pas. Le papa d’Ivana Mitrovic devra être intubé. Une visite à l’hôpital est permise. Pour faire ses adieux. Peu après sa maman est prise de panique, elle n’était pas préparée à ça. Ivana Mitrovic doit gérer sa propre peur et tenter de rassurer sa maman.

Au téléphone, les médecins s’excusent. On lui dit: «Ce n’est pas à la famille de devoir gérer ça» et l’oriente vers des lignes téléphoniques de soutien psychologique. Penser à l’autre. Toujours. «On a toujours été entendu», résume Ivana Mitrovic, «et rien que savoir qu’ils étaient à notre écoute, ça nous soulageait». La mère de famille n’ose pas imaginer à quel point c’est terrible d’être témoin de la détresse des familles. Mais, parfois, la détresse fait place à la liesse. Après deux semaines d’intubation, il y a quelques jours à peine, le papa d’Ivana Mitrovic a été libéré. Au téléphone, Ivana et sa maman jubilent. «Comme si on avait marqué un but.» A l’autre bout du fil, l’infirmière qui annonce la bonne nouvelle est elle aussi hilare. C’est aussi sa victoire.

Dans le deuil, la reconnaissance

Elle n’a pas pu se réjouir. Clara Morard a perdu son mari. Tombé malade le 13 mars, il entre à l’hôpital le 21 et il y décédera le 30. Sans crier gare. Sans que personne ne s’y prépare. «Mon mari a été hospitalisé en même temps que mon beau-frère», explique la Sédunoise. Alors parfois, les médecins s’emmêlent. Elle reçoit des nouvelles de son beau-frère. Sa belle-sœur reçoit des nouvelles de son mari. Peu importe.

Aujourd’hui, on dit que les mesures ne sont pas prises pour eux mais à cause d’eux. C’est incompréhensible. Tout ce qu’ils demandent, c’est qu’il n’y ait pas trop de monde à la fois. Vous imaginez la charge émotionnelle s’il faut commencer à trier les patients?

Hervé Rotzetter, survivant du coronavirus. Ce Martignerain de 56 ans a passé plusieurs semaines intubé en soins intensifs avant dix semaines de rééducation pour tout réapprendre.

Tous les soirs, sans exception, le téléphone résonne dans la maison. Au bout du fil, un médecin. Il évoque la maladie et son évolution. Il répond aux questions. «Ils ont été fabuleux. Merveilleux. Formidables. Ils faisaient vraiment tout ce qu’ils pouvaient.» Jusqu’au coup de téléphone qui sonne comme un coup de massue. Il n’y avait plus rien à faire. «On me l’a annoncé avec beaucoup de compassion et de gentillesse.» Clara Morard sera autorisée à l’hôpital pour dire au revoir.

Un manque de considération qui fâche

Alors quand ils voient les critiques assénées aux soignants, sur les réseaux ou dans la rue, Valérie, Hervé, Ivana et Clara s’énervent. «On les applaudissait et voilà qu’on les blâme. C’est affreux», remarque Clara Morard. Hervé Rotzetter parle même de rage. «Aujourd’hui, on dit que les mesures ne sont pas prises pour eux mais à cause d’eux. C’est incompréhensible. Tout ce qu’ils demandent, c’est qu’il n’y ait pas trop de monde à la fois. Vous imaginez la charge émotionnelle s’il faut commencer à trier les patients?»

Tous regrettent une méconnaissance de leurs conditions de travail. De l’énergie qu’ils dépensent. De la fatigue qu’ils passent sous silence. De la charge de travail supplémentaire. Le tout, sans pouvoir souffler. Sans pouvoir échanger avec les collègues.

De la nécessité de les épargner

Pour montrer leur soutien, Valérie, Hervé, Ivana, Clara et d’autres prennent la défense des soignants dans les conversations. Et puis il y a les petites attentions. Passionnée de pâtisserie, Ivana Mitrovic amenait tous les deux jours ses réalisations gourmandes à l’hôpital. Clara Morard opta pour une carte et une boîte de chocolats. Parce qu’un merci ne suffit pas. Parce qu’il ne traduit pas l’admiration pour toutes ces femmes et ces hommes qui se sont battus dans une lutte pour la vie. Souvent leur vie.

Le Covid, la raison de revaloriser la profession de soignants?

La crise sanitaire a mis leurs conditions de travail en lumière et pourrait aider les soignants à obtenir une revalorisation de leurs professions. Mais la pandémie a également des effets pervers sur les postes.

La crise sanitaire va-t-elle permettre de revaloriser leur profession? C’est en tout cas l’espoir de tout le personnel soignant. En Valais, ils sont quelques milliers à travailler dans les hôpitaux, en EMS et dans les centres médico-sociaux. Ils (elles) sont notamment infirmier(ère)s, assistant(e)s en santé et soins communautaires, aide-soignant(e)s ou exercent des métiers médico-techniques en radiologie ou en laboratoire. Une liste loin d’être exhaustive. En collaboration avec les médecins, ces personnes prennent soin de toutes les autres.

Le Covid a fait l’effet d’une douloureuse piqûre de rappel du rôle essentiel qu’ils endossent dans notre société tout en jetant une lumière crue sur leurs conditions de travail. Alors qu’une initiative fédérale pour des soins infirmiers forts est sur les rails, les syndicats comptent sur cette prise de conscience pour forcer des améliorations également au niveau cantonal. Mais la pandémie déploie aussi des effets pervers sur les postes de soignants, puisque certains EMS valaisans ont même dû procéder à des licenciements.

Les licenciements en EMS sont obligatoires car la dotation en personnel des établissements concernés dépassent largement le seuil légal.

Arnaud Schaller, directeur de l'association de homes valaisans (AVALEMS)

Des licenciements en EMS

«Il y a eu quelques licenciements notamment sur la région de Sierre», confirme Arnaud Schaller, directeur de l’Association valaisanne des homes (AVALEMS). Ces suppressions d’emploi ont de quoi choquer après les services rendus. Elles sont la conséquence d’une offre en lits supérieure à la demande, selon notre interlocuteur.

Une surcapacité temporaire elle-même causée par la pandémie. D’abord, de nombreux résidents d’EMS sont décédés ces derniers mois. Plus de la moitié des 675 morts attribuées au Covid en Valais ont eu lieu hors des hôpitaux. Sans compter que les gens hésitent à entrer ou à placer leurs proches dans un home dans la situation actuelle. L’optique de devoir se mettre en quarantaine à son arrivée ou d’être confiné sans visite a de quoi faire réfléchir.

«Les licenciements sont obligatoires car la dotation en personnel des établissements concernés dépassent largement le seuil légal. De plus, ils perdent de l’argent mois après mois et les EMS n’ont pas de garantie de déficit», explique Arnaud Schaller. Une perte de plusieurs millions par mois actuellement. «Les listes de patients arrivent, d’ici à quelques mois la confiance va revenir.» Reste que ce phénomène témoigne de l’économicité qui sous-tend l’ensemble du secteur de la santé.

Une économie aux dépens des employés n’est ni souhaitée ni possible.

Hugo Burgener, membre de la direction générale de l'Hôpital du Valais

Un nouveau système de salaire à l’hôpital

Le Covid a aussi paradoxalement fait perdre de l’argent à l’Hôpital du Valais. Mais le personnel n’en fera pas les frais. «Une économie aux dépens des employés n’est ni souhaitée ni possible. Des discussions constructives ont eu lieu entre le conseil d’administration de l’Hôpital du Valais et le gouvernement cantonal. Ce dernier soutiendra financièrement l’hôpital afin que ses activités et projets futurs ne soient pas prétérités ou mis en danger», répond le docteur Hugo Burgener, membre de la direction générale.

En décembre dernier, un document transmis par courrier à tous les employés avait néanmoins soulevé la crainte de baisses de salaires à venir pour les soignants. Ce flyer dévoile en primeur les «nouveaux systèmes d’évaluation des fonctions et de rémunération à l’Hôpital du Valais».

Les discussions avec les partenaires sociaux sur ce système prévu pour 2022 ont débuté ce lundi. La direction se veut rassurante et réfute la possibilité d’une baisse de rémunération déguisée. «Aucune réduction fondamentale des salaires n’est prévue. Au contraire même, selon les premiers calculs, les dépenses salariales augmenteront de plusieurs millions», indique Hugo Burgener.

Rémunérations insuffisantes...

«Encore au front face à la pandémie, le personnel est en attente d'un signal fort, une évolution de la qualité de vie professionnelle et de bonnes conditions salariales», lance Laurent Mabillard des Syndicats chrétiens du Valais. La crise sanitaire a mis sous pression le personnel soignant, mais elle n’a pas totalement chamboulé les revendications de leurs syndicats.

Pour Marco Volpi, président de la section valaisanne de l’Association suisse des infirmiers (ASI), «ce qui blesse vraiment, ce sont les salaires. Le Valais est en queue de peloton.» Un constat que font tous les représentants syndicaux de la branche. Marco Volpi ajoute : «quand un jeune compare les perspectives, pour un même niveau de formation HES, le choix de devenir prof ou infirmier est vite réglé. Et pourtant il faut parvenir à créer des vocations.»

Il faut une prise de conscience politique au niveau cantonal et fédéral que des moyens supplémentaires sont nécessaires pour un fonctionnement normal et optimal.

Laurent Mabillard, Syndicats chrétiens du Valais

Et sous-dotation en effectif

L’autre problème majeur dénoncé est celui d’une sous-dotation chronique en effectif. «Il faut une prise de conscience politique au niveau cantonal et fédéral que des moyens supplémentaires sont nécessaires pour un fonctionnement normal et optimal», appuie Laurent Mabillard. «La fatigue et le stress énorme qui en découlent sont une souffrance», commente Nathalie D’aoust Ribordy, secrétaire régionale du Syndicat des services publics valaisans. «Et la situation se détériore plus qu’elle ne s’améliore.»

Un manque d’effectif encore exacerbé ces derniers mois avec la propagation du coronavirus au cœur des équipes. Celui-ci implique des changements d’horaires fréquents et un turn-over important qui pourraient peser sur la qualité des soins. «C’est très démoralisant quand en peu de temps on devient le doyen d’un service», ajoute Marco Volpi. Pour eux, il en va de l’attractivité de ces professions.

En résumé, selon les syndicats, il est urgent de revoir les priorités et l’organisation du système sanitaire dans son ensemble.

Une initiative pour éviter la pénurie

Car la pénurie de soignants guette selon l’ASI. D'ici à 2030, 65 000 infirmières diplômées seront nécessaires. Pour changer la donne, elle a lancé l’initiative «Pour des soins infirmiers forts». Le texte vise notamment de meilleures rémunérations, des conditions de travail adaptées aux exigences ou encore un soutien à la formation. Un contre-projet est actuellement en discussion au Parlement.

«Si le contre-projet ne nous satisfait pas pleinement, on sait aujourd’hui qu’on a le soutien de la population», lance Marco Volpi. Les Suisses pourraient devoir voter sur cet objet en 2021.

Les autres ValaiStars du Covid

Près de 15% des nominés de l’année 2020 sont en lien avec la pandémie. Parce qu’ils y ont joué un rôle majeur. Parce qu’ils ont choisi d’aider les autres. Ou parce qu’ils ont su se réinventer. Chapeau à celles et ceux qui ont permis ces initiatives.

Ils ont été des acteurs majeurs

Daniel Koch: de visage de la pandémie à influenceur

Il aura été le visage incontournable de la pandémie et de la crise sanitaire dans le pays. Sa voix aussi. Au printemps dernier, lorsque la première vague frappait la Suisse et que quotidiennement il venait, chaque fois avec une nouvelle cravate, devant la presse répondre – avec flegme et calme – aux questions et aux inquiétudes. Longtemps il aura été rassurant, mais tout aussi cash, ce Haut-Valaisan d’origine. Aujourd’hui, en préretraite, il est devenu influenceur en postant des vidéos amusantes et de prévention, consultant des clubs sportifs et de la task force tourisme du Conseil d’Etat valaisan. Il persiste à dire qu’on sortira de cette crise courant 2021. SG

 

Jacques Fellay: le Valaisan de la task force scientifique qui évoque la sortie de crise

Membre de la task force scientifique, le chercheur et médecin de l’EPFL a livré à plusieurs reprises aux médias une analyse à la fois parfaitement vulgarisée et sans langue de bois de la situation de la pandémie. Récemment, il déclarait encore dans nos colonnes: «Le printemps 2021 ne sera pas un printemps normal. Et les semaines à venir seront difficiles.» Par contre, il évoque aussi l’existence d’un scénario de sortie de crise. Pour lui, «la vaccination de la population générale et l’arrivée des chaleurs estivales devraient permettre de retrouver progressivement une vie plus normale.» VF

ILS ONT CHOISI D’AIDER

La plateforme Local19: deux nouvelles communes intéressées

En juin 2020, cinq étudiants de la Team Academy de la HES-SO Valais lançaient la plateforme Local19.ch. Sept mois plus tard, ce sont près de 1,75 million de francs qui ont été redistribués via 4215 bons à faire valoir dans 182 commerces locaux de Conthey, de Sion et de Collombey-Muraz. «Bon nombre d’enseignes ont sans doute été aidées grâce à notre concept. Nous en sommes très fiers», explique Lucas Constantin, président de l’association Local19.ch. L’histoire ne semble pas près de s’arrêter: «Deux autres communes du Valais romand nous ont fait part de leur souhait d’intégrer notre plateforme. Des réflexions ont également été lancées avec d’autres acteurs afin d’optimiser davantage ce système.» FB

 

Margaret Papilloud: sa proposition d’aider les soignants tient toujours

Elle avait lancé un appel sur sa page Facebook le 5 novembre. Son idée: proposer au personnel hospitalier de repasser gratuitement son linge et d’ajouter, dans la corbeille, un repas. «C’était ma petite contribution pour les aider dans cette période harassante pour eux», explique Margaret Papilloud. Au début, une dizaine de personnes ont apporté leur linge. «Mais ensuite, plus personne n’est venu. Je crois qu’ici, les gens ont de la peine à demander de l’aide», confie la sexagénaire, élue ValaiStar de novembre. Elle ne renonce cependant pas à son action. «Chaque soignant est toujours le bienvenu.» ChSav

 

Les jeunesses valaisannes: moins de demandes durant la deuxième vague

Livraisons de courses à domicile, transports pour des rendez-vous médicaux: durant la première vague, la quasi-totalité des 50 sociétés de jeunesse du canton sont venues en aide aux personnes les plus à risque. «Nous sommes heureux de voir l’ampleur qu’ont pris ces démarches», explique Gwendoline Guérin, vice-présidente de la Fédération des jeunesses valaisannes. A l’entendre, la demande s’est révélée moins importante durant la deuxième vague, du fait que de nombreuses personnes à risque avaient pris leurs dispositions en amont. Quelques jeunesses ont toutefois mobilisé leurs membres, notamment à Nendaz, à Isérables et à Vionnaz. «Nous savons par ailleurs que des membres d’autres jeunesses ont indiqué à leurs communes respectives qu’ils étaient à disposition si besoin. Il y a donc de fortes chances que de nouvelles démarches de ce type reviennent sur le tapis à l’avenir.» FB

ILS ONT SU SE REINVENTER

Messes à domicile: prêtes en cas de troisième vague

«Une innovation imposée par les circonstances mais une belle expérience.» Le chanoine Jean-Pascal Genoud tire un bilan positif des messes à domicile initiées l’automne dernier en pleine pandémie par la paroisse de Martigny pour faire face à la limitation de l’accès aux lieux de culte. Il a officié une trentaine de fois jusqu’au 1er décembre et la décision du gouvernement d’autoriser la présence de 50 fidèles lors des messes en Valais. 

Le chanoine Jean-Pascal Genoud se dit cependant prêt à renouveler l’expérience si une 3e vague devait amener d’autres restrictions. «La formule présente certes le désavantage de limiter le nombre de fidèles. Mais elle offre une proximité fraternelle et des contacts humains exceptionnels.» PAG

 

Evolène Région: une montagne en feu qui unit la vallée 

Il fallait trouver un moyen de célébrer la fête nationale sans se réunir. Le 31 juillet dernier, Evolène Région Tourisme et ses partenaires décident de mettre le feu à la montagne. Symboliquement. Si Dylan Métrailler relève la présence médiatique internationale et les incroyables images qui resteront gravées dans la mémoire, le directeur d’Evolène Région retient surtout l’esprit de communauté. «Que tous les villages de la commune regardent dans la même direction au même moment a vraiment créé un lien entre les gens.» Du coup, pas impossible que l’expérience soit réitérée, on parle de l’hiver prochain déjà. NOF

 

Sierre-Zinal: reconduite si les restrictions demeurent

Contraints de s’adapter aux mesures liées à la crise sanitaire, les organisateurs de Sierre-Zinal avaient préféré opter pour un concept original, sur un mois, plutôt que de jeter l’éponge. «C’est un format que nous reconduirons en 2021 si les restrictions demeurent», explique Vincent Theyaz, président du comité d’organisation. «Mais nous avons hâte de retrouver Sierre-Zinal sur un jour et, surtout, la fête populaire qui a fait le succès de cet événement. Financièrement, grâce à la confiance et à la fidélité de nos partenaires, aux nombreux participants qui ont renoncé au remboursement de leur inscription, nous sommes parvenus à équilibrer les comptes sans puiser dans les réserves.» ChSpahr

 

Pompiers sédunois: une formule à renouveler pour le Téléthon

Face à la pandémie, il a fallu se réinventer. Exit donc la traditionnelle soupe et le vin chaud. «Je voulais recentrer l’événement. Faire du 100% pompier», explique le commandant David Vaquin qui a visiblement choisi de prendre de la hauteur par rapport à la crise sanitaire. Les pompiers de la capitale ont donc livré des peluches directement aux fenêtres et aux balcons. Camions, échelles, équipements, les petits Sédunois ont eu droit à un véritable spectacle. Et à un cadeau. «Certains enfants nous chantaient des chansons, d’autres applaudissaient. C’était une communion géniale.»  Au total, les hommes du feu auront livré 1000 peluches pour un gain de 30 000 francs en faveur du Téléthon. Un record. L’événement, lourd sur le plan organisationnel, pourrait être reconduit l’année prochaine sous une autre forme. DM

 

Fête-Dieu de Savièse: elle entre au musée grâce au Covid

 

Près de 100 représentations en carton des villageois avaient été réalisées pour animer la Fête-Dieu de Chandolin et de Vuisse.  Celle du banneret Emmanuel Reynard est entrée dans la postérité. Elle a en effet été intégrée dans les collections du Musée d’histoire du Valais pour documenter la période de pandémie. «J’ai donné mon effigie avec la bannière et j’ai gardé à la maison celle sur laquelle je figure avec ma femme», explique-t-il. Les autres défis générés par la crise sanitaire ont aussi été relevés. «Il a fallu tout réinventer, le bilan est globalement très positif.» CKE