Coronavirus
 11.06.2020, 13:45

«Les neuf cas de Martigny doivent constituer une piqûre de rappel» L’interview de Nicolas Troillet

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Le docteur Nicolas Troillet: "Les neuf cas de Martigny ne sont pas alarmants, car nous avons pu identifier rapidement les chaînes de contamination."

PANDÉMIE Médecin-chef du service des maladies infectieuses de l’Hôpital du Valais, Nicolas Troillet revient sur les neuf cas de Covid-19 décelés à Martigny qualifiés de foyer d’infection. Pour l’instant, il ne tire pas la sonnette d’alarme, mais rappelle que le virus circule toujours dans notre canton.

Nicolas Troillet, neuf cas appartenant à la même chaîne de transmission avec une soixantaine de personnes en quarantaine pendant dix jours dans la région de Martigny, c’est un grand ou un petit foyer? 

C’est encore un petit foyer, mais nous sommes très satisfaits d’avoir pu le contenir. Une personne en a d’abord infecté quatre autres, dont une qui a à son tour infecté quatre. Cela démontre que tout peut aller très vite. 

Le fait que cinq des neuf personnes infectées travaillent dans un hôpital change-t-il la donne par rapport aux mesures à prendre? 

Fondamentalement non, ce foyer aurait pu arriver dans n’importe quelle entreprise. Mais l’hôpital constitue un milieu particulier où se trouvent des personnes fragiles, à risque de complications. Nous avons donc procédé à une enquête plus étendue qu’habituellement afin de s’assurer au mieux d’interrompre la chaîne de transmission. Cet exemple démontre aussi que nous avons raison d’être stricts, pour l’instant, avec les différentes visites au sein de l’hôpital.

Vous tirez la sonnette d’alarme par rapport aux mesures à respecter? 

Ce nombre de cas n’est pas alarmant en soi, mais cela constitue une piqûre de rappel. Nous avions conscience que ce type de foyer peut réapparaître dans une phase de déconfinement. Mais à travers ce foyer de Martigny, les gens doivent surtout comprendre que le virus du Covid-19 est toujours là et qu’une contamination peut rapidement se faire et prendre de l’ampleur. Il faut respecter au maximum les gestes d’hygiène et de distanciation sociale encore en vigueur.

Théoriquement oui, mais, dans la pratique, vous voyez bien autour de vous qu’ils sont de moins en moins respectés. 

Cela dépend où l’on se trouve. Mardi soir, j’ai mangé dans un restaurant de Martigny qui respectait toutes les normes et où je me suis senti en confiance. 

«L’application va aider à remonter les chaînes de contamination, en particulier pour les personnes que le cas initial aurait côtoyées sans les connaître. Mais elle ne remplacera pas tout le travail de traçage qui reste indispensable.»

Mais vous avez aussi des établissements qui ne veulent pas jouer la police et tout n’est pas respecté. Récemment, dans un enterrement, des personnes s’embrassaient. Vous allez dans une grande surface et vous constatez que régulièrement les clients ne respectent pas la distance de deux mètres…

Ce sera aux autorités de décider à quel moment elles veulent se montrer de nouveau très fermes en matière de sanction. Si vous ne vous sentez pas à l’aise dans un environnement où ces règles ne sont pas respectées, c’est aussi votre libre choix de rester ou de partir. Mais une personne qui est en contact régulier avec une ou des personnes à risque devrait vraiment éviter ce genre de situation.

A quel moment, vous, comme infectiologue, allez-vous tirer la sonnette d’alarme? 

Si l’on constate une augmentation relativement importante des cas et qu’il devient difficile de procéder aux enquêtes visant à couper les chaînes d’infection. Pour l’instant, nous avons de la marge au niveau du personnel qui fait ce travail. Mais ça peut aussi aller très vite, car chaque personne qui a côtoyé à moins de deux mètres une personne infectée durant quinze minutes ou plus doit être appelée et mise en quarantaine pendant dix jours. Ces appels initiaux et le suivi des quarantaines prennent du temps.

A ce niveau, que va vous apporter la nouvelle application dont le Parlement fédéral a voté la base légale cette semaine et qui est aussi critiquée en matière de liberté personnelle ou de protection des données? 

Elle va aider à remonter les chaînes de contamination, en particulier pour les personnes que le cas initial aurait côtoyées sans les connaître. Mais elle ne va pas remplacer tout le travail de traçage qui reste indispensable.

Allez-vous la télécharger sur votre mobile? 

Oui, par principe et aussi pour voir comment elle fonctionne. Mais dans le milieu hospitalier où je travaille, je devrai aussi souvent la désactiver car il est probable que j’y sois en contact avec des cas, mais en étant protégé.


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