Coronavirus
 24.04.2020, 20:00

Coronavirus: "un bouleversement du travail". Par Karin Perraudin

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Karin Perraudin, présidente du Groupe Mutuel.

Fenêtres sur crise Une douzaine de personnalités issues de générations, de milieux socio-professionnels différents livrent pour "Le Nouvelliste" leurs pensées sur l’impact social de l’expérience collective que nous vivons tous, et sur le temps d’après, quand la vie reprendra, sans doute différemment d’avant.

Il y a 6 semaines, je n’avais que rarement participé à un conseil d’administration par visioconférence. Depuis, je ne fais presque plus que ça. C’est fou la rapidité à laquelle nous nous sommes tous adaptés. Conférences téléphoniques à 5 par ci, vidéo à 20 par-là. Je passe la majorité de mes activités professionnelles, comme beaucoup, derrière mon écran d’ordinateur ou accrochée à mon téléphone. Ça fonctionne, mais c’est fade. 

Cette crise va profondément et durablement bouleverser la manière dont nous travaillons. De très nombreuses entreprises de services ont mis en place, en un temps record, la possibilité pour leurs collaboratrices et collaborateurs de travailler depuis la maison, chaque fois que c’était possible. Au Groupe Mutuel, par exemple, 90% des employés font actuellement du home office. C’est un véritable succès qui a permis à tout un pan de l’économie de pouvoir continuer à fonctionner plus ou moins normalement. C’est positif pour la flexibilité, pour l’équilibre vie privée et vie professionnelle, pour la mobilité. Cette crise a démontré que c’était possible de le faire et qu’en plus ça fonctionne. Reste à savoir comment les entreprises s’adapteront à ce nouveau mode de travail, ces prochains mois. Est-ce durable ou pas? L’avenir nous le dira. 

 

Ce qui me motive et me donne envie de me lever le matin, c’est la richesse des contacts humains, des interactions, des débats d’idées.
Karin Perraudin, présidente du Groupe Mutuel

 

Ces décisions prises rapidement auraient probablement pris des années sans la crise. Cette évolution ouvre ainsi de nouvelles perspectives de communication, de nouvelles perspectives d’affaires et même parfois des gains de productivité. C’est donc, jusque-là, très encourageant. 
Là où je commence à avoir quelques doutes, c’est sur la distanciation sociale ou physique. Je ne remets pas du tout en cause les mesures sanitaires prônées par l’OFSP, bien au contraire. Elles sont plus nécessaires que jamais pour tenter d’endiguer ce virus. Il ne faut pas relâcher nos efforts. Mais, franchement, je dois bien vous avouer, que prendre des décisions, lancer de nouveaux projets, négocier des partenariats, faire des affaires finalement, par écran interposé, ce n’est pas très enthousiasmant. 

Ce qui me motive et me donne envie de me lever le matin, c’est la richesse des contacts humains, des interactions, des débats d’idées. Avec ma famille proche, mes amis, mes relations d’affaires. Faire du business par Skype, c’est pratique mais aussi froid et impersonnel. Même si cela peut être efficace et même prometteur, il me faudra du temps pour m’y faire. 

Notre culture latine y est certainement pour quelque chose. La distance sociale est pratiquée depuis toujours dans d’autres cultures. Pour ma part, j’ai besoin de percevoir les réactions, de sentir les émotions, de voir mes interlocuteurs en vrai pour évaluer la situation, quelques fois à travers un regard, et mieux comprendre si j’ai l’attention voire l’adhésion de chacun. Pas seulement pour le café ou l’apéritif, encore que cette partie conviviale, si chère aux Valaisans, noue et dénoue des tas de problématiques, parfois plus facilement, qu’en séance officielle. 

En bref, mener un conseil d’administration par visio-conférence, c’est redoutablement efficace, mais c’est plus difficile à animer et plus long à organiser. Et nous perdons, à mon sens, beaucoup de ce qui fait la beauté de notre économie: le lien social. Faire du business sans émotion, ce n’est pas pour moi. J’aime la confrontation, le vrai débat, les échanges, même s’ils sont parfois vifs. Et tout cela commence à me manquer un peu.

Karin Perraudin, présidente du Groupe Mutuel, Saillon


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