Coronavirus
 09.04.2020, 05:30

Coronavirus: l’école sur la table de la cuisine, une recette pas toujours facile à réussir

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La famille Theytaz, de Niouc. De gauche à droite, devant: Charlène, Elisa, Salomée et Manon. A l'arrière: les parents Georges-André et Aline Theytaz.

Confinement Le 13 mars dernier, le Conseil fédéral annonçait la fermeture des écoles pour limiter la propagation de l’épidémie. Quatre familles du canton témoignent de cette situation inédite.

L’école à la maison. Le principe était jusqu’ici réservé à quelques familles qui faisaient le choix de suivre leur propre chemin pour éduquer leurs enfants. Depuis le 13 mars dernier, le concept a fait le tour de la planète et tout le monde a dû s’y mettre. Avec plus ou moins de bonheur.

Entre visite à domicile des enseignants pour la livraison des fiches et des devoirs, communication Whatsapp, mise en ligne des cours et vidéoconférences, il fallait avoir les connexions et le cœur bien accrochés pour assurer le suivi. Surtout pour les parents qui télétravaillent et particulièrement dans les familles où les enfants sont scolarisés à des degrés différents.

Les beaux programmes des premiers jours sans école se sont sans doute un peu allégés et déstructurés pour coller à la réalité du confinement en famille. Immersion dans l’école à la maison. Quatre familles, quatre styles, quatre expériences.

 

Famille Theytaz à Niouc, des devoirs puissance quatre

© Héloïse Maret

Il y a de l’ambiance, chez les Theytaz de Niouc. Depuis près d’un mois, c’est dans la cuisine de la maison familiale que Charlène, Elisa, Salomée et Manon suivent leur formation scolaire. Les quatre sœurs fréquentent habituellement le centre scolaire d’Anniviers. Mais, sécurité oblige, elles ont dû repenser leur quotidien afin d’engranger le savoir loin des bancs d’école et de leurs enseignants. «Nous avons une bonne ambiance de travail. J’ai la chance de pouvoir demander conseils à mes grandes sœurs lorsque j’en ai besoin», glisse Manon, la cadette, scolarisée en 1H.

Concrètement, les filles reçoivent chaque jour des exercices à réaliser, en ligne ou sur papier, pour le lendemain. Elles effectuent toutes leurs tâches en matinée, généralement entre 8 h 30 et 11 h 00. «Je travaille la plupart du temps sur ordinateur. Lorsque mes sœurs font trop de bruit, j’utilise un Pamir ou m’isole dans ma chambre», indique Charlène, l’aînée, qui est en 7H. 

Des débuts compliqués

Si tout roule aujourd’hui, il a fallu quelques jours à la famille pour prendre le rythme. Car qui dit quatre enfants, dit quatre enseignants et tout autant de manières de procéder. «Au début, nous recevions les devoirs par e-mail, Whatsapp, Google Drive et OneDrive. C’était compliqué, mais à la suite d’un sondage réalisé auprès des parents, toutes les pratiques ont été uniformisées», note Aline, la maman.

Ces dernières semaines, la sage-femme a elle aussi réorganisé son emploi du temps. Elle ne se déplace plus que pour les urgences. «Les filles sont autonomes et la gestion de leurs devoirs fonctionne bien. Je peux aussi compter sur mon époux.»

Ils gardent le sourire

Georges-André Theytaz a en effet dû mettre une bonne partie de son activité d’orthodontiste entre parenthèses. Il n’exerce plus que le vendredi. «Le reste de la semaine, je profite de répondre aux e-mails de mes patients le matin, lorsque les filles travaillent.» Rondement menée, cette nouvelle organisation semble convenir à toute la famille. «Nous sommes loin d’être au bout du rouleau et préférons prendre la situation avec philosophie», ajoute le père de famille. Le sourire XXL de ses quatre filles en atteste.

 

Famille Follonier à Nendaz: une nouvelle routine appréciée

© Sacha Bittel

Ils se souviendront encore longtemps de ce vendredi 13. Théo et Nathan Follonier, tous les deux scolarisés au cycle de Basse-Nendaz, ont bien conscience du caractère historique de ce qu’ils vivent. Théo, 14 ans, était en cours de gym quand le directeur a interrompu la classe pour annoncer la nouvelle. Plus d’école jusqu’à nouvel avis. Avec Nathan, son petit frère âgé de 12 ans, ils se sont dit «youpie». Parce que même s’il y a du travail, l’école à la maison a aussi des airs de vacances.   

Trois heures de travail par jour

La première semaine a été la plus compliquée. Il fallait mettre en place une nouvelle routine, avoir à disposition les outils nécessaires, faire un nouveau programme. Ce dernier prévoit trois heures de travail par jour, selon les recommandations des professeurs, un peu de temps d’écran, des activités en plein air et la découverte de nouvelles choses. «Ils se sont essayés à la cuisine», confie Isabelle, la maman. «Leur capacité d’adaptation est incroyable», poursuit Alexandre, le papa. «En quelques jours, ils ont gagné en autonomie et en maturité.» 

Bien sûr, il y a eu quelques difficultés. Un besoin de contact avec les copains décuplé, surtout la première semaine. Mais pour le reste, Nathan et Théo ont trouvé leur rythme de croisière. «On peut avancer notre travail à notre rythme», apprécie Théo, qui commence toujours par les branches qu’il préfère. Nathan a une autre technique, il varie et son dicton, c’est «vite mais bien». En cas de difficulté, ils peuvent joindre leurs professeurs qui sont pour la plupart très réactifs et surtout créatifs. «On doit tenir un journal du confinement, écrire des lettres qui seront envoyées au home, c’est vraiment différent», expliquent les frères.  

Super pour la dynamique familiale

Ce nouveau quotidien a un impact appréciable sur l’ensemble de la dynamique familiale. Plus de temps ensemble, plus de partage. Il y a aussi plein de positif à tirer de l’école à la maison. «Il est évident que le système traditionnel a fait ses preuves, mais cette méthode, qui offre davantage de liberté, pourrait être un super complément», résument les parents. Et les deux garçons acquiescent.  
 

 

Famille Orlando à Muraz: grandir d’un coup

© Héloïse Maret

«C’est un peu difficile, je comprends que j’ai besoin d’un cadre scolaire», confie Camille. A 18 ans, elle est en 3e année à l’Ecole de commerce et de culture générale (ECCG) de Sion. Si elle s’inquiète un peu du flou qui plane autour des conditions de validation de son année et de l’obtention de son diplôme, l’école à la maison se passe plutôt bien.

«Le dimanche soir ou le lundi, nous recevons par e-mail les devoirs de la semaine que nous devons rendre pour vendredi midi. Ce qui me manque le plus, ce sont les échanges. Avec les profs et les gens de ma classe. Nous avons l’habitude de nous entraider, mais là, c’est plus compliqué: une explication qui prend quelques secondes en «live» peut vite prendre plusieurs minutes par téléphone», illustre-t-elle.

Horaires décalés

La famille vit dans une maison individuelle à Muraz (Collombey). Camille reconnaît qu’elle a de la chance de vivre dans une maison spacieuse. Toutefois, il lui est un peu compliqué de ne pas avoir d’espace de travail défini. «La chambre, c’est là où je dors, la cuisine, où je mange…» Charlotte, sa sœur jumelle, étudiante de 3e année au collège des Creusets a moins de peine à travailler un peu partout dans la maison.

Les horaires sont un peu décalés. Les filles profitent de se lever vers 9 heures et terminent leur journée d’étude un peu plus tard le soir. «Elles apprennent à gérer leur temps, je les trouve moins stressées, elles apprennent mieux et se responsabilisent», note Isabelle, leur maman. «J’ai l’impression que cela nous fait grandir», corrobore Camille.

Temps d’adaptation

Si les deux sœurs sont des élèves appliquées, il leur a fallu un temps d’adaptation. «D’être toujours à la maison, on se sentait en vacances», se rappelle Camille. Une fois le rythme trouvé, difficile de les arrêter. «Le week-end, je dois leur dire stop», relève leur maman.

Toutes deux étudiantes à Sion, l’école à la maison leur épargne plusieurs heures par jour dans les transports publics. Mais cela n’est pas forcément vu comme un avantage: «J’aime bien les trajets en train, j’en ai l’habitude», confie Charlotte.

 

Famille Darioly Cardinaux à Martigny, «Il faut se motiver pour travailler à la maison»

© Sacha Bittel

Au Collège de l’Abbaye de Saint-Maurice, la direction a sondé ses élèves après deux semaines d’école à la maison. Avec un retour très positif, se réjouit le recteur Alexandre Ineichen: «En un jour, 850 élèves sur 1100 ont répondu. Ils jouent bien le jeu et estiment que les contacts avec les professeurs sont aisés. Il n’y a pas de cours à distance mais un suivi régulier de leur travail.»

A Martigny, les deux sœurs Darioly, Mélissa (3e scientifique bilingue) et Solène (5e latin-anglais bilingue), confirment ce sentiment, après un nécessaire temps d’adaptation: «Au début, chaque professeur a géré la situation comme il l’entendait, par mail, par Skype et même en live, avec la possibilité de poser des questions. C’était expérimental, mais les enseignants ont pris cela au sérieux.» A noter que la pratique va s’unifier avec l’utilisation de l’application Teams.

L’inconnue de la maturité

Pratiquement, les deux sœurs étudient parfois ensemble à la table de la cuisine, mais plus souvent dans leur chambre, entre trois et quatre heures par jour. Pour Mélissa, le plus difficile est de se motiver pour travailler à la maison: «Il manque tout de même l’aspect humain et les échanges tant avec les profs qu’avec les autres étudiants.»

Solène, pour sa part, n’a pas le choix puisque la maturité arrive: «On ne sait pas comment cela va se passer, mais il faut la préparer, avec beaucoup de révisions au programme. Personnellement, je trouve que c’est pratique de pouvoir le faire à la maison. Mais il faut un minimum d’organisation et de rigueur.»

Espace réorganisé

Quant à leur maman, Myriam Cardinaux, psychologue et formatrice d’adultes, elle a aussi dû se mettre au télétravail: «Comme nous sommes désormais trois toute la journée à la maison, il a fallu réorganiser l’espace et instaurer un nouveau rythme de vie.» Sans oublier une touche d’autodiscipline: «Nous avons chacune assez à faire, mais c’est une expérience incroyable, d’autant que nous nous entendons bien. Espérons que cela durera jusqu’à la fin de la crise.»

 

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