Coronavirus
 17.03.2020, 20:52

Coronavirus: le poste-frontière de Morgins fermé, les frontaliers trinquent

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Les véhicules ne peuvent plus franchir la frontière franco-suisse à Morgins.

Barricade A la suite de la décision du Conseil fédéral d’établir des contrôles aux frontières, les douanes secondaires sont fermées. Les travailleurs frontaliers essuient les conséquences.

Mardi matin, il a fallu deux heures à Christophe Cachat pour rejoindre son lieu de travail à Troistorrents. D’ordinaire, quarante-cinq minutes lui suffisent pour faire le trajet. La fermeture de la frontière franco-suisse entre Morgins et Châtel, annoncée dans la matinée, a contraint ce charpentier résidant en Haute-Savoie à un long détour par la douane de Saint-Gingolph.

Quarante-cinq minutes, c’est le temps qu’il a mis pour traverser le village, congestionné. La suppression par la CGN des liaisons par bateau a poussé nombre de frontaliers à prendre leur voiture pour se rendre à Lausanne. «Les douaniers contrôlaient chaque voiture», rapporte-t-il.

Fermeture de 130 postes-frontières

Depuis mardi minuit, seuls les citoyens suisses, les personnes en possession d’un permis de séjour ou devant voyager en Suisse pour des raisons professionnelles sont autorisées à entrer sur le territoire.

«Cette mesure vise à protéger la population suisse et à préserver les capacités du système suisse de santé», précise Donatella Del Vecchio, porte-parole pour la Suisse romande de l’Administration fédérale des douanes. «Pour pouvoir mener ces contrôles, il a été nécessaire de fermer environ 130 petits postes-frontières de manière à canaliser le trafic sur les douanes principales», explique-t-elle. Dont celui de Morgins.

Des déviations par Saint-Gingolph ont été mises en place. © Le Nouvelliste

Les incertitudes planent

Une mesure qui est lourde de conséquences pour certains travailleurs et qui déstabilise certains employeurs. «Nous ne sommes pas sûrs que les frontières vont rester ouvertes et n’obtenons pas de réponses de la part des autorités», déplore Stéphane Morisod, directeur de Morisod SA Constructions, à Troistorrents.

Plusieurs de ses employés sont touchés par ces nouvelles mesures. Pour leur permettre d’éviter les bouchons au passage de Saint-Gingolph, les horaires ont été adaptés et le travail commencera une heure plus tôt: à 6 heures au lieu de 7 heures.

Demi-tour obligatoire

Quatorze heures, Pas de Morgins, le camion transportant le matériel destiné à barrer la route arrive et l’installation commence. De part et d’autre, des véhicules se présentent, tous devront faire demi-tour. «Nous rentrons sur Strasbourg, le seul panneau indiquant la fermeture de la frontière est situé 100 mètres en aval», se plaint un automobiliste arrivant depuis Châtel.

Côté Suisse, des panneaux de déviation ont été mis en place aux principales intersections, «dans l’urgence», concède le voyer responsable du secteur. «Une frontière barrée, ça n’est pas arrivé depuis la Seconde Guerre mondiale», lâche un douanier à la retraite qui est venu observer la scène.

«Si cela est nécessaire, nous trouverons également des solutions pour loger le personnel à l’hôtel.»
Emmanuel Masson, directeur des ressources humaines à l’HRC

A l’Hôpital Riviera Chablais (HRC), 10% des collaborateurs sont des frontaliers, soit environ 200 personnes. «La plupart viennent de la région de Thonon et ne sont pas touchées par cette fermeture», explique Emmanuel Masson, directeur des ressources humaines à l’HRC. Mais elles subissent la congestion au passage de Saint-Gingolph. Dans ces circonstances particulières, l’HRC met gratuitement à disposition de son personnel frontalier 30 studios. Dix ont déjà trouvé preneur. «Si cela est nécessaire, nous trouverons également des solutions pour loger le personnel à l’hôtel», assure Emmanuel Masson.

Venant depuis Châtel ou Morgins, plusieurs véhicules ont dû faire demi-tour. © DR

«Doper la créativité»

Kévin Balavoine habite à la Chapelle d’Abondance, juste après la frontière, et travaille comme cuisinier à Champéry. Passer par Saint-Gingolph allongerait son trajet d’une heure et demie, sans compter l’attente à la douane. A l’annonce de la fermeture du poste-frontière de Morgins, il s’est arrangé avec son employeur: «Il me reste des congés à prendre avant la fin de la saison.» Sa compagne, qui travaille également à Champéry, a pu faire du télétravail. Pour la suite, elle avisera, car elle devrait bientôt bénéficier du chômage partiel.

Région Dents du Midi avait anticipé cette fermeture. Depuis deux jours, tous les collaborateurs font du télétravail. Deux petites cellules «marketing» et «animation» ont été créées avec les six collaborateurs établis sur sol français. «Nous comptons sur cette organisation provisoire pour doper la créativité», s’encourage son directeur, Sébastien Epiney.


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