Coronavirus: "La progression du nombre de cas est préoccupante."

Eric Bonvin, directeur de l'Hôpital du Valais évoque aujourd'hui les cas en soins intensifs, la comparaison avec l'Italie ou encore les effets de l'arrivée du printemps.
21 mars 2020, 18:40
/ Màj. le 23 mars 2020 à 10:47
Eric Bonvin, directeur général de l'Hôpital du Valais, annonce ce samedi six cas en soins intensifs.

Eric Bonvin, quelle est la situation au niveau des hôpitaux valaisans ce samedi ? 

Nous comptons aujourd’hui 362 cas diagnostiqués positifs en Valais. 45 patients positifs sont hospitalisés à l’Hôpital du Valais dont 6 aux soins intensifs, soit un de plus qu’hier.

Vous avez six personnes en soins intensifs. Connaissez-vous les chances de survie des personnes à ce stade-là ?

Les données actuelles nous indiquent qu’environ 6% des patients positifs au Covid-19 doivent être hospitalisés. 5% des patients hospitalisés peuvent nécessiter des soins intensifs, dont plus de 2% nécessitent une ventilation invasive, soit une intubation. Ces patients intubés ont alors un risque de mortalité de plus de 50%, ce qui est très élevé et justifie notre préoccupation. Il s’agit donc d’un très grand risque de mortalité mais pour une très petite proportion des personnes atteintes par le virus.

5% des patients hospitalisés peuvent nécessiter des soins intensifs, dont plus de 2% nécessitent une intubation. Ces patients intubés ont alors un risque de mortalité de plus de 50% ce qui est très élevé et justife notre préoccupation.

En Italie, on voit ces jours des centaines de morts par jour. Pourquoi cette situation n’arriverait pas chez nous vu que nous sommes tout proche ?

Certains évoquent le fait que l’Italie est le pays qui détient la plus grande proportion de personnes âgées dans sa pyramide des âges. Mais notre population est également assez âgée et nous ne sommes franchement pas à l’abri d’une situation identique à celle que connaît l’Italie. C’est la raison pour laquelle nous devons nous préparer à une telle éventualité. 

Un lecteur évoque votre interview du vendredi où vous parlez de situations catastrophiques en France et aux États-Unis? Pourtant en France le taux de cas par habitant est inférieur à la Suisse. Comment l’expliquez-vous ? 

Aucun de ces pays, pas même la Suisse, ne fait de dépistage systématique du Covid-19, si bien que nous ne connaissons pas la proportion réelle de cas positifs. Ce que l’on sait par contre c’est que la Suisse procède à nettement plus de tests par habitant que la France ou les Etats-Unis, elle a donc forcément davantage de cas par habitant.  Ce qui est par contre plus significatif, c’est la courbe de progression du nombre de cas d’un jour à l’autre quelle que soit la méthode utilisée. Nous constatons à ce stade des courbes de progressions préoccupantes pour chacun de ces pays, dont la Suisse.

Il n’existe aucune transmission du virus de la mère au foetus par le placenta. L’enfant ne risque donc pas d’être infecté durant la grossesse.

Une lectrice enceinte de 4 mois s’inquiète des conséquences que le virus peut avoir. En France les femmes enceintes sont considérées à risques, pourquoi n’est-ce pas le cas en Suisse ?

Il semble que cela soit surtout un principe de précaution car nous n’avons pas de donnée probante indiquant un risque particulier pour la mère comme pour l’enfant, s’ils ne sont pas porteurs d’une maladie associée. En outre, il n’existe pas de traitement spécifique de l’infection et il n’y a pour l’instant pas grand-chose à faire en dehors du respect des recommandations que nous connaissons. Il revient finalement au gynécologue d’apprécier chaque situation comme les éventuelles mesures à prendre. Ce que nous savons par contre c’est qu’il n’existe aucune transmission du virus de la mère au fœtus par le placenta. L’enfant ne risque donc pas d’être infecté durant la grossesse. 

Le printemps arrive,… Les gens allergiques au pollen, donc affaibli en partie par les poumons, vont être amoindris encore plus et passer pour des cas « à risque »   ?

C’est une très bonne question. A priori l’allergie saisonnière ne présente pas un réel risque mais il est, quoi qu’il en soit, plus prudent d’aborder cette question avec son médecin traitant et d’évaluer avec lui le traitement le plus approprié en la circonstance.

Vous pouvez poser vos questions à Eric Bonvin en écrivant à vincent.fragniere@lenouvelliste.ch

 

par Vincent Fragnière