Coronavirus
 28.04.2020, 12:00

Coronavirus: il complique la vie des parents séparés

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Le coronavirus fait des dégâts collatéraux sur les relations entre les parents séparés et leurs enfants.

Société Certains parents utilisent le coronavirus pour entraver les droits de visite de leur ex-conjoint. Et les Points rencontre ont réduit leurs heures d’ouverture, empêchant des pères ou des mères de garder un contact physique avec leurs enfants.

«La pandémie de Coronavirus ne modifie pas fondamentalement le droit de l’enfant à un contact adapté avec chacun de ses deux parents.» Depuis le début du semi-confinement, la Conférence en matière de protection des mineurs et des adultes (COPMA) a donné des consignes claires aux couples séparés: le parent non gardien doit toujours pouvoir être en contact avec son enfant, même en période de Covid-19. «C’est un droit pour lui et c’est un devoir du parent gardien de faire en sorte que son ex-conjoint ait des contacts avec son enfant», insiste Yvan Perraudin, président du Mouvement de la condition paternelle du Valais.

Certains parents utilisent cependant le prétexte du virus pour empêcher toute visite. «J’ai malheureusement eu connaissance de plusieurs situations de ce type avec des papas séparés», confie Yvan Perraudin. Et ce, même si la loi est du côté du parent non gardien. L’article 292 du Code pénal est clair. «Il précise noir sur blanc que la mère ou le père qui ne veut pas accorder le droit de visite comme décidé par l’autorité compétente sera amendé», ajoute Yvan Perraudin.

 

«L’excuse pour me priver de mes enfants»

«J’ai fêté mon anniversaire pendant le confinement et j’aurais rêvé d’avoir mes enfants ce jour-là. Ce que mon ex a refusé en prétextant le risque de coronavirus», explique Albert (prénom d’emprunt), papa de trois adolescents. Le Valaisan est d’autant plus remonté qu’il ne présentait aucun symptôme. «Il n’y avait aucune raison de craindre quelque chose.» Il a également été privé de ses enfants pendant les vacances de Pâques, période pourtant définie comme sa semaine de garde. «Mon fils avait un peu de fièvre d’après la mère de mes enfants. Elle les a donc tous gardés chez elle.» Albert est dépité. «Cette maladie est une excuse de plus pour m’empêcher de voir mes enfants. Or, moins je les vois, plus le fossé entre nous se creuse. C’est un cercle vicieux.»

 

Une famille pendant une heure maximum

Avant le semi-confinement, certains parents séparés, à la suite d’une décision de justice ou administrative, devaient se rendre aux Points rencontre à Sion et à Monthey pour voir leur enfant sous les yeux de professionnels. Ces lieux sont cependant restés fermés du 16 mars jusqu’au 4 avril. «Ce n’était pas possible d’accueillir plusieurs parents et enfants en même temps pendant trois heures, en maintenant les normes de sécurité sanitaire. Nous avons dû nous réorganiser», explique Sabrina Salamin Zanoli, coordinatrice des Points rencontre valaisans.

 

Je n’ai jamais vu un parent gardien qui ne respecte pas le droit de visite être amendé.
Yvan Perraudin, président du Mouvement valaisan de la condition paternelle

 

Des mesures ont ainsi été mises en place pour la réouverture de ces structures, mais avec des réductions du nombre de personnes présentes et du temps imparti au duo parent-enfant. Les visites sont désormais limitées à une famille à la fois pendant une heure maximum. «Certains papas n’ont donc plus vu leurs enfants depuis six semaines», regrette Yvan Perraudin.

Les «Points rencontre échanges» ont été maintenus, mais là aussi, moins de personnes qu’habituellement en bénéficient. Ils permettent au père ou à la mère de venir chercher l’enfant au Point rencontre, où une discussion avec un professionnel a lieu, puis le parent et l’enfant passent des heures ensemble hors de la structure, avant de revenir au Point rencontre pour un débriefing.

13 familles sur 41 aux Points rencontre Valais

Sur les 41 familles suivies par les Points rencontre avant le semi-confinement, 13 seulement peuvent continuer à bénéficier de ces visites. «Mais plusieurs parents ont décidé eux-mêmes de suspendre temporairement ces moments pour limiter les allers et retours», précise Sabrina Salamin Zanoli. Des pères ou mères ont maintenu le lien avec l’enfant par vidéoconférence ou WhatsApp. «Pour chaque situation suivie par l’Office de protection de l’enfant, l’APEA (Autorité de protection de l’enfant et de l’adulte) ou le tribunal ont été informés des modalités de visite prises durant la période de pandémie», explique Marc Rossier, chef de l’Office de protection de l’enfant (OPE). 

Si un parent non gardien peine à obtenir le maintien du lien, il peut contacter l’OPE. «Si une solution n’a pas été trouvée entre les parents avec notre aide, en dernier recours, c’est l’APEA ou le tribunal qui interviennent pour prendre une décision dans l’intérêt de l’enfant. Cette décision peut être assortie d’une menace de sanction au sens de l’art. 292 du Code pénal suisse», ajoute Marc Rossier.

Yvan Perraudin reste sceptique. «Je n’ai jamais vu un parent gardien qui ne respecte pas le droit de visite recevoir une amende. Au contraire, les choses traînent et au bout du compte, ce sont les enfants qui pâtissent de cela.»
 

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