Coronavirus
 27.04.2020, 18:35

Coronavirus: des fleurs aux ongles, la frénésie du premier «jour d’après» en Valais

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Ce lundi matin, le magasin Hornbach à Riddes a été pris d'assaut par les Valaisans en manque de fleurs et de produits de bricolage.

Déconfinement La première phase de déconfinement a démarré ce lundi. Magasins de bricolage, jardineries, services médicaux et esthétiques ont repris les affaires. Et pas qu’un peu. Récit d’un «jour 1» effervescent.

Lundi matin. Il est 9 h 15. Sur la route, on croirait presque – disons – à un samedi normal hors coronavirus. Nous quittons à peine l’autoroute à Riddes qu’il est déjà l’heure d’attendre. Quelques minutes de jonglage avec l’embrayage, la patience, les indications d’un agent de sécurité, le parcage. Aujourd’hui, Hornbach a des airs de Graal. Voire de paradis perdu et enfin retrouvé. Les clients affluent sans arrêt. Après la queue des véhicules, place à la file d’humains-à-caddies devant l’entrée du magasin de bricolage et de jardinage.
 

Photo: Sacha Bittel

Planter, retaper, arroser

Ici, on vend volontiers son temps de confiné. Mais pour acheter quoi? Des fleurs. Beaucoup de fleurs. Mais pas uniquement. «Une tondeuse!, raconte Samantha Bollis de Chamoson. La mienne m’a lâchée et on commence à avoir un champ devant la maison. Et j’ai aussi besoin de plants de tomates.»

Comme elle, les Valaisans semblent très attachés au bien-être de leurs jardins. Et ne veulent pas que le Coronavirus gâche, par-dessus le marché, la nature et leur main verte. Josefa Murciano attend son mari sur le parking. C’est lui, le passionné de la famille: «Il veut lancer le potager maintenant pour pas qu’il ne soit trop tard». Les planches, les barrières, les produits de rénovation ou de travaux trônent aussi dans les caddies des bricoleurs pas en pénurie d’huile de coude.

A lire aussi : Coronavirus: ça redémarre lundi pour les coiffeurs, dentistes et jardineries. Mais comment?

Deux fois plus de clients

Les clients sont parfois masqués, parfois gantés, parfois grisonnants. Ils sont tantôt très tranquilles, tantôt gagnés par l’appréhension d’une infection. Les règles sont claires, les lignes au sol bien visibles, les entrées limitées, la désinfection obligatoire. «Si on ne se colle pas les uns aux autres et qu’on respecte tout, ça va», lâche Léon, d’Arbaz, dont l’âge est «juste à la limite» de la catégorie des personnes à risque. Christian Sarbach, de Verbier, charge sa voiture avec une sérénité certaine: «J’ai déjà attrapé le coronavirus. Si je respecte bien évidemment les consignes, je suis quand même moins angoissé que d’autres.»

Le nombre de clients a doublé par rapport à un lundi matin normal.
Bertrand Mayoraz, directeur de Jumbo à Conthey

Nous reprenons le volant direction Conthey. Il est 11 heures, à Jumbo. Et si, ici, l’accès est fluide, la foule est bel et bien là à l’intérieur. Pour payer, les clients tissent une queue interminable à travers les étals.
 

Photo: Le Nouvelliste

Directeur du magasin de jardin et brico-loisirs, Bertrand Mayoraz estime: «Par rapport à un lundi matin normal, le nombre de clients a doublé. Nous étions préparés à plus et c’est amplement gérable.» Il relève aussi une atmosphère sans agressivité. En repartant, nous guignons vers le parking du Point Vert: bondé.

Chez le physio avec le sourire

Trêve de plantes. Ce lundi, la première phase du déconfinement rouvre aussi les portes des cabinets médicaux pour tout un chacun. A midi, nous faisons halte au centre de physiothérapie Medsport à Sion.
 

Photo: Sacha Bittel

Le sourire caché sous le masque, la secrétaire Fabienne Bétrisey relève la bonne humeur des patients. «Ils sont contents de continuer leur traitement et qu’on les ait tous contactés pour prendre de leurs nouvelles.»

Nous sommes à 30% de notre fonctionnement habituel. Et nos patients les plus âgés ont refusé de venir.
Blaise Roux, directeur des centres de physiothérapie Medsport

Le cabinet a réorganisé ses rendez-vous pour que les gens se croisent le moins possible. Un parcours a été mis en place et des mesures d’hygiène strictes sont édictées. «Nous sommes à 30% de notre fonctionnement habituel. Nos patients les plus âgés ont refusé de venir. Nous traitons surtout des personnes avec des besoins urgents ou des douleurs qui ont augmenté durant le confinement», explique le directeur Blaise Roux.

A la guerre aux poils

13 h 30, nous terminons notre tour du Valais qui se déconfine par la case beauté, au centre Tribeca à Conthey. On nous confirme une chose: après la chasse aux fleurs et la guerre aux douleurs, les Valaisans ont vite décidé d’en finir avec leurs poils et leurs longs ongles. «Tout le monde nous a appelés l’heure après l’annonce de la réouverture des salons», livrent les esthéticiennes Carolayne Gaillard et Laura Grassano.

Nous avons peur des clients qui prennent les choses à la légère et ne respectent pas les règles.
Carolayne Gaillard et Laura Grassano, esthéticiennes au centre Tribeca 

Dans un métier où garder 2 mètres de distance sociale est impossible, la motivation de revoir les têtes connues et de reprendre le travail est cernée par l’inquiétude. «Nous avons peur des clients qui prennent les choses à la légère et ne respectent pas les règles.»
 

Photo: Sacha Bittel

Si, ces premiers jours, l’agenda compile les épilations et rendez-vous ongulaires, ses cases sont déjà bien plus blanches dès la semaine prochaine. «Puisque nous ne prodiguons plus de soins du visage et de massages, nous allons perdre beaucoup d’argent.»

Le périple est terminé. Deux certitudes restent. A l’heure d’un semblant de retour à la normale pour un Valais refleuri, rien n’est vraiment normal. Et l’inconnu des demains pèse toujours aussi lourd pour les professionnels.
 

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