Coronavirus
 31.03.2020, 17:30

Comment les communautés étrangères vivent la crise du coronavirus en Valais

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La casa Gallego de Sion a été un des premiers centres à fermer ses portes à sa communauté.

Ils sont Italiens, Portugais, Espagnols et vivent en Valais. En pleine crise du coronavirus, la préoccupation pour leur famille laissée dans leurs pays d’origine s’ajoute à leurs soucis quotidiens.

Les communautés étrangères ne sont pas épargnées par le Coronavirus en Valais. Elles sont même souvent en première ligne sur les chantiers. Et aux malades déclarés ici en Valais s’ajoute une légitime préoccupation pour les parents laissés dans les pays d’origine.

Curé de la mission portugaise en Valais, à Sion, Jose Vilas Boas a connaissance de quatorze malades de tous les âges dans sa communauté. «Je leur téléphone tous les jours pour prendre de leurs nouvelles, mais je pense qu’ils sont plus nombreux encore.»

Nos ouvriers ne sont pas des bêtes.
Antonio Criniti, colonie italienne de Monthey

 

Et l’homme d’Eglise de relever un problème. «Des personnes n’ont pas pu obtenir d’être testées auprès de leur médecin, alors qu’elles sont malades. Je connais plusieurs cas, notamment une famille portugaise de trois personnes, toutes souffrantes.»

A défaut de pouvoir célébrer la messe, le curé Jose Vilas Boas téléphone chaque jour aux Portugais malades du coronavirus en Valais.

 

Mais surtout, dans sa communauté lusitanienne, comme dans celle d’Italie, des voix s’élèvent contre le maintien des chantiers de la construction. «Beaucoup de familles d’ouvriers ne comprennent pas ce choix», relaye Jose Vilas Boas.

A lire aussi : Coronavirus: face à «l’hypocrisie actuelle», des élus valaisans demandent la fermeture provisoire des chantiers

Antonio Criniti, âme de la colonie italienne de Monthey, est plus direct: «Dans le canton de Vaud, on a fermé. Pourquoi pas en Valais? Nos ouvriers ne sont pas des bêtes que l’on envoie à l’abattoir.»

Colonies fermées

«Aujourd’hui, les Espagnols sont bien moins nombreux qu’au siècle passé sur les chantiers valaisans», explique de son côté José Delgado. Ce membre du comité du centre espagnol Galego de Sion ajoute: «Notre souci était avant tout de protéger nos aînés. C’est pourquoi nous avons fermé notre centre dès le 13 mars.»

Un souci partagé par les communautés étrangères qui ne peuvent plus se réunir désormais dans leurs centres associatifs, lieux d’échanges importants. A Monthey, Antonio Criniti prend la chose avec philosophie. «Nous n’avions pas le choix, étant un lieu public. Et de toute façon, les groupes de plus de cinq personnes sont interdits. Même si nous pouvions ouvrir, étant donné que nous sommes déjà quatre à travailler sur place, nous n’aurions droit qu’à un client à la fois.»

Italiens du Sud inquiets

Membre du comité de la colonie montheysanne, Gianni Cutruzzolà jette quant à lui un regard inquiet sur son pays d’origine. «Dans le sud de notre péninsule, d’où proviennent de nombreux Italiens installés en Suisse, le coup de frein violent à l’activité économique du pays a des conséquences encore plus graves, à cause de la présence massive du travail au noir dans cette région. Car cela implique l’absence de couverture sociale.»

Aussi, des gens ne touchent plus un centime, ni de leur employeur ni de l’Etat, puisqu’ils ne cotisent pas à l’assurance chômage. «Cette précarité est telle que des ménages peinent déjà à remplir leur frigo.»

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Pour Gianni Cutruzzolà, «à cela vient s’ajouter le fait que le Sud compte de nombreuses personnes âgées, de nombreuses forces vives ayant émigré à l’étranger pour travailler. Sans parler de la mafia qui aura tôt fait de chercher à profiter de la crise pour en tirer profit, notamment lors de la distribution alimentaire d’urgence.»

A Sion, José Delgado est aussi inquiet pour l’Espagne. «La situation y est dramatique. Ce qui nous inquiète, c’est le nombre élevé de malades chez le personnel soignant. Là-bas, il a fallu introduire le confinement total, qui se révèle très dur à supporter à la longue. Si nous voulons éviter cette mesure extrême en Suisse, mieux vaut respecter les consignes du Conseil fédéral.»

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Dans l’enfer de Bergame
Fournisseur de vêtements pour de nombreux clubs sportifs en Suisse, l’Italien Serse Pedretti vit entre le Valais et Bergame, où il se trouve actuellement. «Cette ville italienne a l’impression d’être vraiment en guerre. Et ici, je n’ose même pas me faire livrer une pizza. Rien que dimanche, sept de mes amis sont morts, c’est terrible! On entend presque en permanence les sirènes des ambulances, de jour comme de nuit. La ville ne parvient plus à incinérer toutes les victimes. En deux jours, la province a comptabilisé 340 morts, contre moins de 30 habituellement.» Pourtant solide psychologiquement, Serse Pedretti est un peu perdu face à cette situation dramatique. «Je me sens impuissant, comme si je ne parvenais plus à réagir face à l’ampleur de cette tragédie. Je conjure mes amis en Valais de rester chez eux.»

Serse Pedretti à Bergame: «Rien que dimanche, sept de mes amis sont morts ici.»

 


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