Au cinéma ce mercredi: "La part des anges"

Entretien avec Paul Brannigan, un ancien petit délinquant devenu acteur dans "La part des anges", le nouveau film signé Ken Loach qui sort ce mercredi dans les salles romandes.

25 juil. 2012, 11:00
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Paul Brannigan doit à Ken Loach de lui avoir offert un rôle dans "La part des anges", une comédie sociale qui nous transporte dans les Highlands, récompensée par le Prix du Jury à Cannes. Sans expérience de comédien, le jeune Ecossais a ainsi saisi sa chance de tirer un trait sur son passé de petit délinquant. Rencontre.

Le rôle de Robbie, que vous jouez dans "La part des anges", renvoie à votre parcours personnel?

Absolument. Je viens d'un quartier de Glasgow où il y a beaucoup de "petits Robbie". J'ai maintenant 25 ans, mais quand j'étais gamin, j'ai été impliqué dans des gangs, sur fond de drogue et d'alcool. Et comme le personnage du film, je suis aussi papa d'un petit garçon. C'est un événement qui a été un tournant dans ma vie.

En quoi ce film vous a "sauvé la vie"?

J'ai fait trois ans de volontariat, d'abord en donnant des entraînements de football à des enfants de 5 à 12 ans. Puis, la police de Strathclyde m'a payé pendant un an pour participer à un projet de quartier destiné à réduire la violence. Je ressentais beaucoup de pression et me suis retrouvé au chômage à nouveau, pour des raisons que je qualifierais de "politiques". J'ai vécu cela comme un coup de poignard dans le dos. Je me sentais si démoralisé qu'il aurait été facile de me tourner à nouveau vers le deal ou le vol. Du coup, ce rôle dans un film m'a vraiment tiré d'une mauvaise passe. Et, grâce à la directrice de casting, j'ai même eu la chance d'enchaîner avec "Under the Skin" de Jonathan Glazer, un film de science-fiction avec Scarlett Johansson qui a été tourné à Glasgow.

Comment avez-vous rencontré Ken Loach?

Le scénariste Paul Laverty m'a connu alors que j'étais encore engagé dans la maison de quartier. Il a insisté pour me faire passer des auditions à Londres, à une époque où j'avais plutôt envie d'envoyer tout le monde au diable. Ken m'a simplement posé des questions sur ma vie. Je me suis exprimé en toute liberté, très détendu. Je connaissais déjà certains de ses films, comme "Sweet Sixteen" ou "My Name Is Joe". Ce que j'apprécie chez lui, c'est qu'il reste très calme et doux en toutes circonstances. Il vous permet de jouer quatre ou cinq variantes de ce qui est écrit sur le scénario.

Dans une scène marquante du film, votre personnage est confronté à l'une de ses anciennes victimes et écoute les détails de son agression sans rien dire. N'est-ce pas surprenant?

A ce moment, Robbie a tellement honte de lui qu'il ne peut même pas assumer le regard de sa victime. Il se rend compte de l'ordure qu'il était. Je me souviens avoir été agressé, il m'a été assez facile de pleurer en manipulant mes émotions.