Bande dessinée: Uderzo, le dessinateur d'Astérix, et sa fille mettent fin à leur bataille judiciaire

Albert Uderzo, le dessinateur d'Astérix et ses 352 millions d'albums, et sa fille Sylvie, ont enterré la hache de guerre. Ils abandonnent leurs nombreuses actions judiciaires mutuelles.
07 août 2015, 14:16
Uderzo, le papa d'Astérix et Obélix, et sa fille, disent vouloir faire table rase du passé.

Albert Uderzo et sa fille ont annoncé vendredi s'être réconciliés et mettre fin aux différentes batailles judiciaires qui les opposent. Le dessinateur d'Astérix était en guerre ouverte avec Sylvie depuis des années.

"Les époux Uderzo et leur fille sont à nouveau réunis et résolus à faire table rase réciproquement des griefs soulevés de part et d'autre. Ils souhaitent désormais profiter pleinement de leur bonheur retrouvé", déclarent-ils dans un communiqué commun.

Le conflit familial était aussi financier: le petit Gaulois est assis sur un tas d'or. Astérix est la BD française la plus vendue (plus de 352 millions d'albums) et la plus traduite (111 langues et dialectes) au monde.

Père et fille se désistent "de toute plainte, instance ou action en cours relatives aux contentieux qui les opposaient", est-il ajouté.

Pleine capacité à décider

Cette déclaration intervient alors que la cour d'appel de Versailles (région parisienne) a estimé vendredi, dans un arrêt rendu à huis clos, que le dessinateur n'est pas victime d'abus de faiblesse, contrairement à ce que soutenait jusque-là sa fille.

La cour confirme ainsi l'ordonnance de non-lieu rendue en décembre 2013 selon laquelle Albert Uderzo, 87 ans, est un homme "lucide", possédant "une pleine capacité à prendre des décisions".

La réconciliation intervient après des années de procédures judiciaires et de déclarations assassines par avocats et médias interposés. Le conflit durait depuis que Sylvie et son époux, Bernard de Choisy, ont été remerciés en 2007 par les éditions Albert René, en charge des albums d'Astérix conçus après le décès de René Goscinny en 1977.

L'année suivante, la société a été cédée à Hachette Livre. Mais la jeune femme s'est opposée à la transaction, ne comprenant pas que son père autorise l'éditeur du groupe Lagardère à poursuivre les aventures du Gaulois après sa mort.

"Trop c'est trop"

En 2011, Sylvie a finalement vendu ses parts à Hachette pour environ 13 millions d'euros (15,7 millions de francs). Mais elle a déposé plainte contre X, un mois plus tard, du chef d'"abus de faiblesse" au préjudice de ses parents.

Elle soupçonnait des proches d'Albert, notamment un notaire, un expert-comptable et un plombier devenu homme de confiance, d'avoir "tissé une toile" autour de lui pour tenter de s'accaparer sa fortune. Sylvie ouvrira par la suite d'autres fronts judiciaires contre l'entourage de son père.

"C'est une sorte de harcèlement. C'est douloureux (...) Trop c'est trop", avait réagi le dessinateur dans un entretien à l'AFP. Il porte plainte en décembre 2013 contre sa fille et son gendre pour "violences psychologiques". Un procès devait se tenir à Nanterre début janvier, il est désormais abandonné.

Relations fusionnelle

La relation entre le père et la fille a longtemps été fusionnelle. Sylvie n'a jamais cessé d'écrire à son père pendant toutes ces années, évoquant "son amour sans faille et sans limite" et son désir de "retrouver sa place de fille" aux côté de ses parents.

Pour autant, le conflit familial était aussi financier: le petit Gaulois est assis sur un tas d'or. Astérix est la BD française la plus vendue (plus de 352 millions d'albums) et la plus traduite (111 langues et dialectes) au monde. Le dernier opus, "Astérix chez les Pictes", le premier sans Uderzo, s'était hissé en à peine deux mois en tête des meilleures ventes de livres en 2013.

"Gardienne morale"

Sylvie Uderzo souhaitait notamment être "la gardienne morale" d'Astérix, estimant, après avoir travaillé pendant 20 ans avec son père, être "tout à fait légitime pour conserver un droit de regard" sur le personnage. Elle a assuré à plusieurs reprises que si cela lui était reconnu, elle arrêterait toutes les procédures.

Sollicités, les avocats des deux parties n'ont pas souhaité faire de commentaires vendredi. "On ne connaîtra sans doute jamais les dessous de cette réconciliation surprise. Mais il est fort probable que chacun y trouve son compte", relève une source judiciaire.