-M-, ou La possibilité d'un "Îl"

Mathieu Chédid sort son sixième album le 12 novembre prochain. Un disque où s'affirme une troisième personne peut-être plus virile, à l'écoute de sa pulsion rock.

05 nov. 2012, 07:00
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Mathieu Chédid, virtuose de la six-corde, laborantin de studio surdoué, metteur en abyme de sa propre image... D'album en album, le personnage, l'alter-égo, se redessine selon l'inspiration du musicien, selon les teintes que prennent les paysages intérieurs qui l'habitent. Sur "Îl", -M- fait émerger d'une mer limpide, des petits mondes mélodiques aux couleurs délicieusement saturées. Surtout, il laisse vibrer pleinement sa fibre rock, comme en témoigne "Mojo", premier single dévastateur.

Il y a souvent un fil rouge, une unité de couleur à vos albums. Celui-ci a quelque chose d'un archipel, chaque chanson était une île en soi, mais toutes étant sous le même ciel...

Il y a quelque chose de ça. C'est très inconscient au départ, cette conceptualisation. Mais je me suis rendu compte que les morceaux étaient des petites saynètes, des univers. Un petit voyage, réaliste et surréaliste en même temps. Pour moi, le fil conducteur est aussi présent que sur les disques précédents, les chansons partageant une même énergie, une même intensité. Mais on a peut-être rendu plus spectaculaires les changements de styles musicaux. Mais il faut plusieurs écoutes pour percevoir pleinement cette cohérence.

Les prémisses de l'album se sont dessinés à Los Angeles. Cette ville a-t-elle eu une influence directe sur les climats du disque?

C'est vrai qu'"Îl" s'est créé avec des personnes que j'ai rencontrées à Los Angeles. Mais on l'a enregistré à Paris, dans mon petit studio. On était vraiment en huis-clos, Brad Thomas Ackley (basse, guitare), Dorion Fiszel (réalisation), Hocine Merbaret (textes) et moi. On a travaillé dans une énergie très anglophone, américaine, mais dans mon contexte, ma vie, mon rythme. Je me suis amusé avec Brad à jouer la plupart des instruments. C'était un processus ludique, assez artisanal et intime.

Votre studio, le Labo M, est un outil précieux pour cette recherche musicale...

C'est certain. C'est un petit labo en dessous de mon appartement. C'est une chance de pouvoir faire des disques à la maison. Je n'ai jamais enregistré un seul disque de M dans un "vrai" studio. J'ai du mal de concevoir le travail sur un album comme un job de bureau, avec des horaires précis. C'est trop professionnel. J'ai plutôt le sentiment d'être un éternel amateur...

Les musiciens avec qui vous avez collaboré, vous les avez rencontrés à Los Angeles sur l'album de Johnny Halliday auquel vous avez participé?

Il y a eu cette expérience, et aussi celle de la bande originale d'"Un monstre à Paris", qui a été enregistré là-bas. J'ai d'abord rencontré Dorion. Ç a a été un flash amical. Il fait de la musique, plutôt comme DJ. Il travaille avec Brad, qui est multi-instrumentiste. Ils fabriquaient à eux deux un univers sonore que j'aimais beaucoup. On a très naturellement commencé à travailler à Joshua Tree, dans le désert de Los Angeles. On a esquissé ce qui allait devenir "Mojo". La collaboration est venue de façon surprenante. Je ne cherchais pas forcément de "complices musicaux". C'est la vie, les circonstances qui ont favorisé cette rencontre.

Qu'ont-ils apporté à votre univers sonore?

Ils ont tout un "background", un savoir-faire, qui sont très différents de la tradition musicale française. C'était intéressant de s'inspirer de cette énergie-là. Au niveau vocal aussi, ça m'a donné l'envie de ne pas mettre le chant au premier plan ¬ à la française ¬ mais plutôt de l'utiliser comme un instrument. Les sonorités, le côté vibratoire priment sur l'aspect textuel. Qui est présent, mais qui se découvre dans un deuxième temps.

Ce disque retourne en somme à la source du rock, à la pulsion presque animale...

Oui. Je voulais sortir du cérébral. En France, on est beaucoup dans l'analyse, la maîtrise. Le rock est une musique animale. Le but était de privilégier l'instinct, tout en restant aussi profond et subtil que possible.

Vous serez au Caprices Festival en avril prochain. A quoi le public doit-il s'attendre?

En général, sur mes disques, les morceaux sont un peu plus intimes que sur scène. Sur "Îl", ce sont déjà des boulets d'énergie. Joués en trio, ça devrait être assez explosif. Après la dernière tournée, qui était très théâtralisée, où il se passait plein de choses, je voulais revenir à quelque chose de plus simple, mais pas forcément plus intimiste. A trois musiciens, le challenge est plus grand, mais le résultat plus intense... Ç a sera très rock'n'roll.