courrier des lecteurs

Le loup, un danger pour le tourisme?

27 juin 2013

Dans «Le Nouvelliste» du 27 mai dernier, le conseiller d'Etat Jacques Melly tire sur le loup: «De gros nuages planent sur la chasse! La réapparition du loup représente un danger manifeste pour notre tourisme. On doit réguler cette espèce sinon nous allons au-devant de gros problèmes». Dans l'édition du 14 juin, il dit la même chose du lynx! A la lecture de ces deux articles, la Société valaisanne de biologie de la faune, fauna.vs, s'est demandé en quoi la réapparition du loup pouvait bien représenter un danger pour le tourisme? Et quels pourraient bien être les gros problèmes auxquels M. Melly fait allusion en parlant du loup, et même du lynx? Rappelons que le loup est un animal plutôt craintif, notamment parce qu'il a été persécuté par l'homme durant des siècles. On peut toutefois l'apercevoir à proximité des villages, notamment en hiver, car le gibier dont il se nourrit se rapproche alors des habitations. Cependant, les chances de rencontrer un loup dans la nature sont infimes, d'autant plus que l'animal est de mœurs essentiellement nocturnes. En fait, les touristes n'ont aucun souci à se faire. D'une part, l'être humain ne représente pas une proie pour le loup qui a tendance à fuir l'homme, comme l'attestent les récentes observations de la vallée de Conches («Le Nouvelliste» du 25 mai): «Toutes les rencontres avec les humains ont été dues au hasard et se sont déroulées chaque fois selon le même schéma: le loup ne s'est pas montré agressif et s'est éloigné tranquillement». En fait, au contraire d'effrayer les touristes, le loup pourrait même représenter un atout pour cette industrie: en tant que super prédateur, le loup est en effet le symbole suprême d'une nature encore sauvage, ce que recherche de nombreux touristes. Dans son rapport au Conseil d'Etat, la commission cantonale «loup» (Fauna.vs y était représentée par le Dr Schnidrig, actuellement inspecteur fédéral de la chasse et le Prof. Arlettaz) avait d'ailleurs proposé d'étudier, via des interviews de touristes visitant le canton, l'intérêt ou le désintérêt que pourrait représenter le loup à leurs yeux. Malheureusement, cette étude n'a jamais été réalisée et l'on ne peut dès lors que spéculer sur le regard que nos touristes portent tant sur Maître Isengrin que sur l'attitude générale de nos autorités dans la gestion du loup. En ce qui concerne la chasse, il faut préciser d'emblée que la présence du loup est rendue possible par l'existence de populations abondantes d'ongulés sauvages, soit d'une faune alpine qui a été progressivement reconstituée à la suite des exterminations massives du XIXe siècle (cerf, bouquetin, gypaète, lynx, loup, etc.). Le loup a toujours été une composante majeure des écosystèmes alpins, c'est donc son absence durant plus d'un siècle qui représente une anomalie, pas son retour progressif. Par ailleurs, s'est-on jamais demandé, notamment dans les milieux cynégétiques, pourquoi les cerfs avaient de longues pattes? Pour éviter l'herbe qui les chatouille sous le ventre? Et de grandes oreilles? Pour écouter les concerts de cor des Alpes? En fait, les proies ongulées ont co-évolué durant des milliers sinon des millions d'années avec leurs principaux prédateurs, et cette relation prédateur-proie est nécessaire au maintien des processus évolutifs. Le loup exerce en fait une régulation salutaire des populations de gibier. En s'attaquant surtout aux animaux les plus faibles, les loups effectuent un véritable travail sanitaire. Celui-ci se répercute même dans la condition physique du gibier, avec par exemple des cerfs qui développent de plus beaux trophées en présence de prédation par le loup, comme attesté par des études espagnoles. Or, la présence de beaux trophées est justement ce qui attire de nombreux chasseurs qui en sont très friands! Il y a donc synergies entre le loup et le chasseur, et non concurrence. On remarquera que le loup chassant toute l'année, la pression de sélection qu'il exerce sur le gibier demeure constante, ce que la chasse, dont l'effet est limité dans le temps, ne peut obtenir. Il serait intéressant que M. Melly fasse la démonstration de ses allégations. Pour ce faire, le Conseil d'Etat pourrait enfin mettre sur pied l'enquête proposée en son temps par la commission loup. Une politique basée sur des faits scientifiques est toujours préférable aux allégations issues du sens commun, qui n'est que de l'intuition non étayée… Il est temps que la gestion de la faune sauvage valaisanne prenne le virage de la modernité!
par Fauna.vs