courrier des lecteurs

L'agonie silencieuse du vigneron valaisan

15 oct. 2013

L'article d'actualité publié sous l'excellente plume de France Massy («Le Nouvelliste» du 9 octobre) appelle cependant quelques commentaires. Elle cite les propos de plusieurs interlocuteurs. M. Claude Crittin, président de la Société des encaveurs valaisans affirme que les «volumes de 2009 et de 2011 ont généré 30 millions de revenus en plus pour les vignerons». Cette affirmation n'est pas exacte. En effet, en 2009 et 2011 les vignerons valaisans étaient déjà soumis à des quotas de production restrictifs. Ils ont donc recu une rémunération absolument conforme aux quantités autorisées et nullement «supplémentaire». L'exemple cité par M. Roland Vergères, directeur de Provins, d'une parcelle d'arvine à rendement limité qui aurait atteint 9Fr.41 le m2 constitue une exception de quelques centaines de m2 mais n'est en aucun cas représentative du rendement de la majorité des cépages. Certains vignerons, treize mois après la livraison du raisin, ont recu 1Fr.80 le kg de chasselas et attendent un hypothétique versement supplémentaire. La production a déjà consenti des efforts considérables et elle continue à le faire : en termes de maîtrise de récolte, de conditions culturales exigeantes, de réencépagement, même si celui-ci exige un investissement supérieur à 10 francs le m2. Faut-il rappeler que les conseils en matière de réencépagement varient presque aussi rapidement que la mode vestimentaire alors, qu'une vigne met 3 ans à produire! Changer de cépage implique des frais importants et un travail accru et ceci sans garantie de rémunération correcte à moyen terme! La nature est capricieuse et cette année le rendement d'une vigne d'excellent pinot noir pourrait être inférieur à 1Fr.50 le m2. Pas de quoi couvrir les frais de production! 2012 a déjà connu une faible récolte et 2013 sera encore plus faible. Seule consolation, la qualité est remarquable. Les œnologues élèvent de grands crus reconnus sur le plan international dont nous pouvons être fiers. Le problème, c'est la matière première: le raisin qui n'est pas rémunéré à sa juste valeur sauf par certains encaveurs dont la notoriété est reconnue et que les viticulteurs peuvent féliciter et remercier pour leur engagement. Le vigneron valaisan aura bu la coupe jusqu'à la lie. Sa mission d'entretien du paysage tient plus du sacerdoce que d'un revenu. Les anciens qui ont façonné ce paysage remarquable vont disparaître peu à peu, c'est inéluctable. Cependant, l'on doit s'inquiéter pour l'avenir des jeunes qui s'engagent avec enthousiasme dans cette voie et pour la préservation de notre patrimoine qui constitue un remarquable atout touristique. Bonnes vendanges, amis vignerons.
par Anne-Marie Sauthier Luyet, députée, Savièse