Courrier des lecteurs

10.05.2021Un rien vaut mieux que deux...

Médecin en hôpital, j’ai pris en charge un patient d’origine extra-européenne, âgé de 31 ans. Il présente une insuffisance rénale terminale, diagnostiquée en Suisse il y a deux ans. Traitement? Trois dialyses (quatre heures à l’hôpital) par semaine. Cette intervention remplace le travail des reins endommagés, en filtrant le sang, afin de le nettoyer. Une transplantation est le seul moyen de guérir.

Ce patient est demandeur d’asile (permis N). J’apprends qu’en raison de sa situation administrative et malgré son âge, il n’est pas prioritaire pour une greffe, pour deux raisons:

1. Avant toute prise en charge, les équipes médicales attendent que le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM) se prononce sur la demande d’asile. En effet, une décision d’expulsion prononcée en cours d’évaluation serait un gaspillage de ressources, déjà très rares (le délai d’attente pour une transplantation est en moyenne de deux à quatre ans; selon Swisstransplant, 519 transplantations d’organes ont eu lieu en 2020, avec une liste d’attente de 1457 candidats).

2. Dans le passé, le SEM a prononcé des décisions de renvoi peu après une greffe. Depuis, on hésite à opérer des patients au statut incertain, vu le suivi post-opératoire intensif requis, pas toujours accessible dans le pays d’origine.

Cela fait, donc, deux raisons de ne pas élire un demandeur d’asile pour une greffe, ignorant d’autres critères (âge, autres maladies graves…). Il y a une difficulté pour les intervenants médicaux de se positionner clairement. Sans oublier la pénurie criante d’organes et le rôle du SEM, qui mérite d’être soumis au débat.

Zimmermann Marius, Genève
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