courrier des lecteurs

L'importance des rites communautaires

11 févr. 2013

À propos de l'article «L'adieu dans l'intimité», "Le Nouvelliste" du 9 février 2013. Dans son commentaire sur la croissance du nombre de célébrations funèbres dans l'intimité en Valais, la journaliste y voit «un retour aux vraies valeurs, à la vérité des sentiments, qui met à mort tout sens du paraître». Je ne suis vraiment pas sûr que la cérémonie de l'enterrement dans l'intimité soit «plus authentique et plus profonde», comme le dit encore l'article, même si je respecte totalement le choix des familles qui, pour différentes raisons, optent pour cette forme. D'une part, dans notre univers pluraliste, la grande majorité des personnes ne participent plus aux enterrements « juste pour se montrer», comme cela pouvait être parfois le cas autrefois, selon les propos de Bernard Crettaz. Durant mes dix années de ministère à Sierre et Noës, j'ai été régulièrement frappé par la profondeur, l'authenticité (et la foi) des assemblées funèbres venues dire au revoir à l'un(e) des leurs. D'autre part, ce n'est précisément pas «un retour à la vérité des sentiments de chacun», puisqu'avec l'intimité, beaucoup d'amis du défunt se trouvent privés de la possibilité de prendre congé de lui et en souffrent ainsi pendant des années. Ensuite, une personne décédée n'appartient pas à sa famille. Durant sa vie, elle est aussi membre d'un corps social (et ecclésial), de divers groupes et associations. Célébrer dans l'intimité de la famille, c'est donc mettre de côté une dimension essentielle de l'existence de tout être humain. Enfin, l'ensemble des sociologues et psychologues l'affirment, les rites funéraires, surtout s'ils sont déployés dans la beauté d'une communauté priante, sont d'une immense importance pour faciliter le travail de deuil. Les gestes posés, les paroles prononcées permettent d'exprimer les émotions et les sentiments. Empêcher de nombreux proches du défunt de participer à ses obsèques en présence de son corps, c'est ainsi renoncer aux vraies valeurs anthropologiques de la séparation naturelle entre personnes humaines.
par Abbé François-Xavier Amherdt, professeurs de théologie à l'Université de Fribourg, Villars-sur-Glâne