courrier des lecteurs

Les femmes et le service militaire

4 juin 2022

Un regrettable manque de reconnaissance! Mme Stéphanie Monay (lire l’article du «Nouvelliste», paru le 20 mai concernant les femmes et l’armée) n’a pas parlé du service citoyen des femmes en Suisse, qui font à 90%, déjà, fonctionner la société par leur travail de care (soin) gratuit et sans reconnaissance aucune auprès des assurances sociales. Elles le réalisent pour leurs enfants, leurs partenaires puis pour leurs parents vieillissants. L’ampleur de leurs tâches n’est plus à démontrer, puisque les données sont récoltées depuis plus de 40 ans. 

Cette quantité de labeur ne va pas aller decrescendo, car les proches vont constituer une ressource indispensable pour s’occuper des personnes en situation de dépendance. En lieu et place de rendre un service citoyen obligatoire, réglons d’abord les inégalités qui persistent envers les personnes qui réalisent entièrement ces activités de soin. Commençons plutôt par les rémunérer via la même bourse qui paie le service citoyen. 

Tous les ans en Suisse, 2,8 milliards d’heures de travail sont consacrées à la prise en charge des enfants et des proches nécessitant des soins. En salaires, conformes au marché, le travail de soin représente une valeur de 80 milliards de francs! Cette situation est une des causes principales de la pauvreté féminine, puisque tout ce bénévolat n’est pas reconnu. Ne vous étonnez donc pas si les femmes en Suisse doivent souvent recourir aux aides, une fois à la retraite. 

Comment peut-on encore continuer à mépriser à ce point le travail de soin non reconnu ni rémunéré des femmes et leur demander encore plus? Mais pourquoi donc les femmes seraient encore plus les dindons de cette mauvaise farce consistant à leur faire faire en plus un service militaire obligatoire alors qu’elles fournissent déjà tant de services gratuits à la communauté?

par Maurice Burnier, Saxon