courrier des lecteurs

La mort annoncée des médecins de famille

23 oct. 2008

Lettre au président de la Confédération: la mort annoncée des médecins de famille. Monsieur le Président de la Confédération, Dans votre tour d'ivoire du Palais fédéral vous observez les colonnes de chiffres que vos subalternes vous soumettent. Il y a des monticules rouges et d'autres noirs. Quelle joie infinie quand les petits tas noirs égalent ou dépassent les rouges! "Equilibrer les comptes." "Rationaliser les fonctionnements." "Règles d'économie d'entreprise." "Favoriser la concurrence." Vos soucis d'économie sont évidemment louables, mais j'aimerais parler à un véritable chef d'Etat, pas à un gestionnaire, conseiller fédéral technocrate obnubilé par les seuls bilans financiers, mais à un représentant du peuple (aussi le petit), qui aurait encore un peu le souci de ses concitoyens! C'est à cet homme que j'avais écrit pour lui dire ma grande inquiétude pour l'avenir de la profession de médecin de famille, pour celle d'assistante médicale et surtout pour la prise en charge de nos chers patients. Car vos services nous préparent une modification des prix des examens de laboratoire dès le 1er janvier 2009. Cette modification va sans doute entraîner la fermeture des laboratoires dans les cabinets médicaux à brève échéance. Nos patients devront se rendre dans un laboratoire de ville pour effectuer les contrôles de sang. Nous devrons les adresser plus souvent aux urgences des hôpitaux, fautes d'examens! Bonjour les économies, merci pour le petit peuple des montagnes... Monsieur le Président, vous n'avez évidemment pas daigné me répondre, laissant le soin à l'une de vos subalternes de la "division prestation"... de m'adresser quelques mots stéréotypés. Nous, médecins de famille de ce pays, sommes capables de gérer bon nombre de situations grâce à notre formation, grâce aussi aux infrastructures de nos cabinets (laboratoire, radiologie, électrocardiogramme). En voulant nous retirer sournoisement nos moyens diagnostiques, vous condamnez le "médecin de famille à la Suisse" à disparaître. Nous serons les égaux de nos collèges de France, d'Allemagne ou d'Italie: nous servirons essentiellement à signer des bons pour les spécialiste et des certificats pour les assurances. Monsieur le Président de la Confédération, les grands hommes d'Etat que l'histoire retient sont ceux dont le destin a eu un impact positif sur la société et nos pas les "bons gestionnaires". A défaut des médecins, écoutez la population d'Helvétie qui vous a clairement dit lors de récentes votations qu'elle ne voulait pas d'un système de santé à double vitesse soumis aux assureurs tout puissants! Mais c'est vrai que c'est tellement beau quand les p'tits tas noirs dépassent les p'tits tas rouges et que l'on peut triompher: bénéfices! Mais c'est tellement triste quand les châteaux de chiffres s'effondrent au gré des rois de ce monde, les mégalomanes de la finance. Bonne fin de séjour dans votre tour d'ivoire bernoise, Monsieur le président de la Confédération! Si à l'occasion vous en sortiez, c'est avec plaisir que je vous ferais visiter un cabinet médical, modèle "montagnes suisses" en vrai, pas uniquement en chiffres...
par Docteur Gilbert Darbellay, médecin de famille à Orsières-Entremont