Courrier des lecteurs

24.09.2021Grand Conseil, tradition et loup

Le loup fait sans cesse l’objet d’interventions au Grand Conseil (voir «Le Nouvelliste» du 17 septembre). Rappelons-le: la grande anomalie, c’est l’absence du loup de nos contrées durant un siècle – à la suite de son extermination par les armes à feu et le poison – et non son actuelle présence, fruit d’une recolonisation naturelle de ses anciens bastions alpins. Le loup était déjà là dès la fin des glaciations, lorsque cerfs et chevreuils, ses principales proies, ont colonisé le territoire valaisan. Nous avons donc cohabité avec les loups durant au moins 120 siècles. 

Pourtant, certains invoquent sans cesse la tradition pour exiger son extermination. Or, la tradition pastorale, c’est la trilogie berger, chien de protection et enclos nocturne (ces cercles de pierre que l’on rencontre encore ici et là sur l’alpe) et non pas le troupeau vaquant sans gardiennage soutenu durant l’estive, pratique récente. Arrêtons donc d’invoquer la tradition pour justifier la prolongation de l’anomalie qu’est le pastoralisme ovin sans un gardiennage digne de ce nom.

Certains lobbies n’ont de cesse d’actionner leurs leviers parlementaires pour combattre les prédateurs dépeints comme de vils concurrents, alors qu’éleveurs, chasseurs et grands carnivores ont tous trois un droit légitime d’exploiter nos ressources naturelles. A ce titre, rappelons qu’un chevreuil ou un chamois valaisan a actuellement dix fois plus de risque de périr sous le fusil que sous les crocs d’un lynx. 

Le 28 novembre, nous voterons au sujet d’une initiative absurde intitulée «Pour un Valais sans grands prédateurs». On cherche ici clairement à amputer notre patrimoine naturel. «Sans» signifiant zéro, c’est leur éradication pure et simple que l’on vise! 350 000 Valaisan-ne-s peuvent cohabiter avec une dizaine de lynx, honteusement braconnés, et quelques dizaines de loups.

Raphaël Arlettaz, 1967 Bramois
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