courrier des lecteurs

Architecture et écologie, une philosophie

22 mai 2009

L'architecture est de plus en plus associée à l'écologie. Mais, le plus souvent, de façon superfétatoire. Sans savoir de quoi l'on parle exactement. Cela est dû sans doute à une cause profonde: notre système de valeurs entretient des relations déficientes avec la nature. D'où crise entre économie et écologie. Au XXe siècle, l'architecture a été dominée et définie par l'économie et la technologie. Ce constat est partagé par nombre d'historiens et philosophes tel H. Skolimowski. Nul n'est besoin d'être expert, les ombres de l'architecture contemporaine sont si évidentes que même la société s'émeut et le grand public s'alarme. Rappelons que l'architecture est le reflet de la culture dont elle fait partie. Mais il faut être impartial pour juger. Dans le contexte actuel, bon nombre d'architectes résolus et talentueux sont empêchés de construire des environnements meilleurs; oui, le contexte d'aujourd'hui les en empêche; on ne leur donne pas les moyens d'agir résolument. La faute en est à la société technologique, axée sur la quantité. Nous avons créé une culture qui détruit systématiquement la qualité. Tout produit non conforme à "l'ethos" quantitatif est rejeté par notre société. Il faut donc refuser la planification, la pensée linéaire, géométrique, mécanistique, à dominance logique et économique en faveur de formes organiques, intuitives, décentralisées et qui protègent la vie. "La forme suit la fonction" a été le dogme de la première moitié du XXe siècle; de nos jours, la forme est: "La forme suit la culture". Soulevons-nous donc contre le triomphe technologique qui entraîne le désastre des hommes; il faut rejeter l'efficacité en faveur du spirituel, du sensible et de l'humain. Eloignons-nous du linéaire et du pseudo-rationnel pour nous rapprocher de l'écologie et de l'organique. Cette écophilosophie nous permettra de surmonter nos crises et d'engendrer un monde meilleur et équitable.
par Jean-Pierre Giuliani, Martigny