courrier des lecteurs

Assurance-maladie: Diktats? Aucun des deux!

16 mai 2008

S'il est un diktat dont on parle aujourd'hui lorsque l'on évoque la politique de la santé, c'est du diktat des caisses-maladie, diktat que le peuple est invité à repousser le 1er juin prochain, dans le cadre de la modification de l'article constitutionnel. J'aimerais vous entretenir d'un diktat bien plus sournois encore, celui de l'Etat, Etat dont le rôle devient de plus en plus important au niveau de la médecine ambulatoire, lui qui règne déjà en maître autocrate au niveau de la médecine hospitalière valaisanne. Nous avons pu lire récemment dans la presse valaisanne que le RSV avait fait des bénéfices; si cela est exact au point de vue strictement des chiffres, cette affirmation reste tout à fait discutable lorsque l'on sait à quel point le RSV est subventionné par le citoyen. Mais voilà! La réussite d'une entreprise se mesure aux chiffres noirs: qu'importe la manière, pourvu que l'argent rentre! D'un Etat régulateur, planificateur dont on attendrait de la rigueur et qui devrait être l'arbitre, nous passons tranquillement vers un Etat capitaliste pour qui la santé est devenue une source de revenu, qui se met au même niveau que ceux dont il devrait régler les conflits et, pire, profite de son autorité pour imposer en dictateur ses volontés. Chacun s'accorde à dire que la planification hospitalière valaisanne a été une planification politique et qu'elle n'a pas amené les économies qu'une véritable restructuration aurait provoquées; il s'agit de tout entreprendre par conséquent pour sauver les apparences financières en occupant un créneau juteux et jusque-là destiné en général aux praticiens indépendants: l'ambulatoire. Il est vrai qu'au niveau politique, tout est entrepris pour démotiver le médecin de proximité dans son travail et pour semer d'embûches le chemin de celui qui se verrait destiné au métier de médecin; c'est une aubaine pour nos hôpitaux d'Etat qui exploitent à merveille le découragement et l'individualisme de médecins désabusés pour attirer dans leurs filets la masse si lucrative des consommateurs de médecine. Faut-il préciser encore que les coûts ambulatoires sont entièrement à la charge des caisses et que dès lors ils constituent une manne bienvenue pour le RSV? Il serait intéressant dès lors de connaître les chiffres de l'ambulatoire hospitalier et de les comparer avec ceux de l'ambulatoire privé; peut-être y verrait-on une explosion des coûts hospitaliers ambulatoires? Il serait alors souhaitable que les caisses-maladie et les politiques, si prompts lorsqu'il s'agit de clouer au pilori les coûts excessifs des praticiens, se retournent dans la direction de cet Etat dispendieux et lui demandant si la maîtrise des coûts de la santé n'est devenu pour lui qu'un slogan vidé de tout sens, lui qui donne l'impression non de vouloir faire des économies mais de tout faire pour remplir le tiroir caisse. Le 1er juin, je dirai non à l'article constitutionnel; je ne dirai pas non en me mettant du côté de l'Etat jaloux qui a peur qu'on lui enlève son pouvoir; je dirai non parce que l'arrogance et le manque de transparence des caisses-maladie m'exaspèrent. Quelle médecine veulent-elles au fond? Une médecine libérale travaillant en étroite collaboration avec les différents partenaires et en complémentarité avec les hôpitaux ou bien une médecine étatique chère, bureaucratique et autoritaire, dominée par les statistiques et surveillée par des fonctionnaires, médecine étatique faisant fuir vers les cliniques privées celles et ceux dont les moyens le permettent? J'ose espérer que pour elles, c'est la médecine libérale qu'elles préfèrent à moins que l'argent des hôpitaux privés soit un attrait bien plus séduisant.
par Pierre-Christian de Roten, médecin généraliste, Sion