courrier des lecteurs

«Solar Impulse»: la honte

15 avr. 2013

Le Ministère public de la Confédération ouvre une enquête pénale contre inconnu au sujet de l'utilisation d'un hangar de l'aérodrome militaire de Dübendorf par l'équipe de «Solar Impulse», l'avion solaire d'André Borschberg et Bertrand Piccard. C'est bien la pire ignominie dont se soient rendus coupables depuis longtemps des services chargés en principe de poursuivre la grande criminalité. Encore plus troublant, il n'y a eu personne à ma connaissance, au Parlement pour s'indigner d'une telle démarche. «Solar Impulse», c'est quoi? C'est non seulement l'une des dernières grandes aventures terrestres mais aussi l'un des plus formidables défis technologique et humain. Et l'on voudrait mégoter sur l'aide apportée au projet? Si Ueli Maurer a donné son aval à l'aide minuscule (un hangar peu utilisé, des portes modernisées, au total moins d'un million de francs) dont a bénéficié Solar Impulse, c'est sans doute ce qu'il a fait de plus intelligent depuis qu'il est à la tête de son département. Le président Kennedy n'a pas lésiné dans les années 1960 sur les crédits alloués au programme Apollo, 25 milliards de l'époque. S'il avait regardé à la dépense, les Américains ne seraient pas allés sur la Lune. A Washington, le Smithsonian, le plus grand musée du monde, dédié aux grandes étapes de l'aviation et de la recherche spatiale, un seul engin suisse est exposé: la nacelle de l'«Orbiter 3», le ballon qui fit pour la première fois le tour du globe sans escale. Bertrand Piccard y a été accueilli en héros après son exploit et il est à juste titre considéré là-bas comme un pionnier qui fait reculer les frontières. Nul n'est prophète… A l'heure où l'image de la Suisse est écornée par toute sorte de scandales, «Solar Impulse» apporte un souffle nouveau et bienvenu, il est un atout dans la nécessaire contre-offensive. Il faudrait pour cela que toutes les forces de ce pays soutiennent cette idée enthousiasmante qui fait honneur à la Suisse. Que les hommes politiques et la presse n'aient pas encore compris cet enjeu est tout simplement sidérant.
par Jean-Bernard Desfayes, Crans-Montana