courrier des lecteurs

Réseaux sociaux et intégrisme

2 févr. 2011

A l'école, on nous apprenait que le développement et la mort des idéologies et des religions se faisaient presque toujours à la pointe du fleuret, du fusil ou de la bombe. Il y eut bien des exceptions très remarquables, tels Gandhi et Mandela, mais là aussi les fusils n'étaient pas très loin. Or, depuis un demi-siècle, il semblerait que cette loi ne soit plus systématiquement respectée. Il est remarquable de constater entre autres choses que le communisme n'a pas été désavoué par les armes mais bien par la démocratie, la formation, les droits de l'homme et l'économie de marché! Les avantages que représente le mode de vie occidental sont tels que le système communiste a implosé sous l'envie de liberté de ses peuples. Parallèlement la colonisation a dû battre en retraite même si la force était manifestement du côté des colonisateurs. Depuis l'effondrement du communisme, les démocraties occidentales ont accepté et protéger d'infâmes dictatures à la seule condition que les intérêts des grandes puissances soient protégés. C'est ainsi que sous des prétextes faussement démocratiques des roitelets ont prospéré en Afrique et au Moyen-Orient alors que le poids de la dictature reculait en Amérique Latine. Ce manque de respect pour les peuples fraîchement libérés a suscité, dans les pays musulmans, l'émergence de l'intégrisme issu des écoles coraniques. Cet intégrisme et le terrorisme qu'il engendre provoque au XXIe siècle une inquiétude grandissante des pays occidentaux qui ne savent pas trop comment s'en protéger. Ce qui est en cours au Moyen- Orient montre que la vieille recette de la canonnière conduit difficilement à la pacification escomptée. Même la démocratie imposée de l'extérieur n'est plus une solution. Or, depuis peu, est apparue une nouvelle arme redoutable contre toute forme de dictature Ce sont les réseaux sociaux. Qui aurait pu penser en créant internet au CERN à Genève que cet outil viendrait bouleverser profondément nos civilisations. Le fait que l'information ne peut plus être manipulée librement au gré des gouvernants, prive les dictateurs, mais aussi les gouvernements et entreprises des pays démocratiques, du principal moyen de se donner bonne conscience en toute circonstance. Les vagues causées par les révélations de WikiLeaks en sont un exemple révélateur. La révolution tunisienne est certainement le premier changement de régime directement rendu possible grâce aux réseaux sociaux. Le haut degré d'alphabétisation d'une jeunesse désœuvrée et la corruption à tous les niveaux ont créé le terrain favorable. Jusqu'à maintenant on ne connaissait que l'armée pour abattre une dictature. La Tunisie montre que les réseaux sociaux sont actuellement bien plus efficaces et moins violents. Après la Tunisie, les autres dictatures arabes tremblent sur leur base devant leur incapacité de bloquer tout accès à l'internet et aux réseaux sociaux. A ce jour, il n'est pas encore certain que l'Egypte change ou non de régime sous les coups de boutoir de la révolte actuelle mais il est déjà prouvé que la population y est majoritairement favorable. Ici aussi l'appel de la liberté fait reculer l'intégrisme radical malgré le nombre élevé de vierges promises aux martyrs. Par contre, l'occupation étrangère reste le puissant creuset de l'intégrisme islamique. Toujours est-il qu'il en va du comportement des pays riches vis-à-vis des peuples en développement comme des actionnaires vis-à-vis des salariés, seuls le respect des droits de chacun ne conduit pas à l'impasse. Or, ces deux équilibres ont souvent failli, tant chez nous qu'ailleurs dans le monde, par la faute du libéralisme sauvage depuis sa victoire sur le communisme. Si les grandes puissances savaient se dégager du relent de colonialisme qu'elles traînent derrière elles, si les peuples opprimés ne craignaient plus d'être envahis par des puissances étrangères, alors les réseaux sociaux auraient la voie libre pour éradiquer l'intégrisme le plus radical. Et je prends le pari qu'ils y parviendraient en moins d'une génération.
par Hermann Moix, Vétroz