courrier des lecteurs

Mauvais geste ou sacrilège?

13 mai 2012

La baffe de Sére Dié au ramasseur de balle aura fait couler beaucoup d'encre. C'est peut-être là qu'est le véritable phénomène dans cette affaire. Un adulte qui «pète les plombs» avec un enfant, ce n'est pas nouveau, ce qui l'est, c'est qu'aujourd'hui, une tel geste fasse la une de l'information. Soyons clair: le joueur n'avait pas à gifler ce gamin, son geste doit être sanctionné. On peut néanmoins se demander à quoi correspond cette levée de bouclier? Entre un adulte qui a le devoir de se contenir et un adulte auquel aucune erreur n'est pardonnée dès lors qu'il est en face d'un enfant, il y a une différence pour le psychologue dont le rôle est de veiller à ce que l'on ne «jette pas l'eau du bain et le bébé en même temps». On pense tout naturellement ici à toutes les personnes en charge d'éduquer des enfants, parents, enseignants ou éducateurs, et qui vont devoir de plus en plus se méfier d'eux-mêmes, au point de ne plus intervenir. Si cette indignation collective autour du geste de Séré Dié doit être mise sur le compte d'un sens accru des responsabilités des adultes, ce serait de la maturité. Mais si cette indignation doit être mise sur le compte de ce culte de l'enfant devenu intouchable que notre époque entretient, ce serait de la pédolâtrie dans laquelle l'enfant n'a rien à gagner. La question mérite d'être posée car aujourd'hui le doute n'est plus permis: c'est souvent cette importance qui est donnée à l'enfant qui met ce dernier dans le stress. Elle l'incite à «faire l'important» comme dise les vieux. Le problème sera encore plus grave lorsque, devenant un adulte, cette importance ne lui sera plus donnée à priori mais qu'il devra la gagner. Il ne lui restera plus qu'à afficher ses simagrées sur face book.
par Alain Valterio, psychologue, Sion